Pardon

Mon ami,

Vendredi dernier, on s’est payé, toi et moi, une querelle de chiffonniers devant l’entrée du CHUM. Tu trouvais que je prenais trop de temps à dégager alors que je te trouvais agressif avec tes coups de klaxon répétés. Quand tu es venu cogner à ma vitre pour me pousser à dégager au plus vite, ma mince couche de vernis de civilisation s’est écaillée et, entre un vigoureux échange de doigts d’honneur, je t’ai invité à retourner dans ton pays. Je n’aurais pas dû et je te demande pardon. J’ai vu et lu dans ton regard une tristesse résignée : pas encore un autre ! J’aurais dû être plus sensible à la situation : peut-être étais-tu un de ces chauffeurs de taxi surdiplômés dont je retardais le gagne-pain. Peut-être étais-tu, tout comme moi, exaspéré par la circulation pénible dans les rues du centre-ville abandonnées au verglas par les autorités. Peut-être était-ce seulement une mauvaise journée. Je regrette d’autant plus ma « rage » au volant que, le même jour, de nombreuses autres personnes de bonne volonté tentaient de rétablir des ponts entre les communautés à l’occasion de la commémoration de la tuerie à la grande mosquée de Québec. Reste avec nous, tu as pleinement mérité qu’on puisse parfois s’engueuler… fraternellement.

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