#EtMaintenant, les modérées!

Ouf ! Je ne serais pas toute seule à penser que certaines parties du manifeste de Catherine Deneuve et Cie sont intéressantes. En effet, dans Le Devoir, concernant le désormais célèbre texte des Françaises, la chroniqueuse Odile Tremblay soulignait « que tout n’était pas faux dans leur missive ».

J’ai 53 ans. Suis-je déjà trop vieille pour m’exprimer ? Voilà entre autres ce qu’on a reproché à l’icône du septième art.

Bien que je participe souvent à des manifestations visant à dénoncer les injustices subies par les femmes, j’avoue que le statut de victime m’indispose parfois. Tout comme la justice expéditive me procure un fort malaise. Oui, je suis favorable à #MoiAussi, par contre, j’insiste pour que les victimes portent plainte afin qu’une condamnation officielle soit prononcée par les tribunaux. Accepterions-nous que notre père, notre frère, notre amoureux, notre fils soit détruit ainsi sur la place publique sans aucune possibilité de se défendre ? Finalement, il y a le domaine des arts sur lequel la censure semble s’abattre. Je peins. Je fréquente les musées et je vais au cinéma. En plus de travailler dans une salle de spectacles depuis 20 ans. Vive les arts libres ! Je refuse un paysage culturel qui ressemblerait à une réalisation de l’équipe de… Passe-Partout !Modérées du monde entier, exprimez-vous !

21 commentaires
  • Yves Gingras - Abonné 23 janvier 2018 03 h 54

    Bravo!

    Bravo. Tout est dit ici en eu de mots!

    • Johanne St-Amour - Inscrite 23 janvier 2018 11 h 01

      Mais Martine Lacroix accepterait-elle que sa fille, sa soeur, ses meilleures amies, ses cousines soient victimes de harcèlement, d'agressions et même de viols? On voit une envie de protéger tous les hommes sans aucune volonté de dénoncer les agresseurs et les harceleurs.

      Dans une chronique aujourd'hui, Michèle Ouimet exprime bien ce que j'en pense:

      « J'ai rarement lu pareilles sornettes, écrites par des «femmes dinosaures», pour reprendre l'expression de la journaliste Francine Pelletier.

      Le collectif féminin a tout mis dans le même panier : le badinage, la drague, les agressions et le droit des hommes d'importuner les femmes, un droit, précisent-elles, «indispensable à la liberté sexuelle». Indispensable. Vraiment?

      En quoi est-ce acceptable d'importuner? Et si c'étaient les femmes qui mettaient leur main sur les fesses des hommes et revendiquaient le droit de se frotter contre eux dans le métro au nom de la sacro-sainte liberté sexuelle? Ridicule, j'en conviens. C'est plus évident quand on inverse les rôles, non?

      «La drague insistante et maladroite n'est pas un délit», écrivent-elles. C'est vrai, mais j'aurais aimé qu'elles définissent le mot «insistante». L'homme peut insister combien de fois avant de verser dans le harcèlement?

      Le collectif crie au puritanisme parce que les hommes doivent éviter les blagues douteuses et les mains baladeuses. Un puritanisme, disent-elles, qui transforme les femmes en «éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l'emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie».

      Phallocrates, démons, sorcellerie. N'importe quoi. Il n'a jamais été question de dire non à la drague et de courir au premier poste de police venu dès qu'un homme nous regarde avec concupiscence.»

      http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/michele-o

    • Johanne St-Amour - Inscrite 23 janvier 2018 11 h 06

      Et il est intéressant de constater que des hommes comme Richard Poulin, professeur associé à l'UQAM et Francis Lagacé, écrivain et militant des droits sociaux ont initié une déclaration en appui au mouvement #Etmaintenant. Les hommes peuvent ajouteur leur signature en écrivant à: poulin@uottawa.ca

      Il est dit, entre autres, dans ce manifeste: « Dans les sociétés capitalistes patriarcales, les sexualités masculines hégémoniques fonctionnent en grande partie au moyen d’un désir univoque. C’est aussi très souvent un appel à une consommation rapide. Le temps des relations sexuelles est généralement déterminé par l’éjaculation, qui marque l’objectif et la fin de la relation sexuelle. Dans cette consommation, il y a survalorisation de la place et de la fonction du pénis. Cette sexualité se présente comme réductionniste et fonctionnelle, si ce n’est utilitariste et contingentée (limitée). Elle est également dissociée (sexe et sentiments). Ce qui nourrit les industries du sexe : prostitution, pornographie, tourisme de prostitution, traite des femmes et des enfants…

      Tant que nous n’aurons pas appris à vivre humainement nos rapports sexuels, il ne sera pas question de fermer les volets sur la souffrance imposée par les rapports de pouvoir, notamment les rapports de genre.

      C’est pourquoi il est important comme hommes de donner un soutien ferme et indéfectible à la parole qui se libère, à la résistance aux agressions, à la renégociation de rapports basés sur le consentement et non sur la prédation ou la domination.»

    • Jean Richard - Abonné 23 janvier 2018 13 h 23

      @Mme Saint-Amour

      « Et si c'étaient les femmes qui mettaient leur main sur les fesses des hommes et revendiquaient le droit de se frotter contre eux dans le métro »

      Êtes-vous certaine que ça n'existe pas ? Se pourrait-il que les femmes n'aient qu'un rôle passif et qu'elles n'aient jamais envie de l'autre ? Se pourrait-il que toutes les femmes n'aient aucun désir ?

      Se pourrait-il par ailleurs que ce qu'on voit plus ou moins souvent au cinéma existe aussi dans la vraie vie, c'est-à-dire profiter du désir masculin pour se donner une sorte d'autorité abusive et contrôler l'autre à sa guise ? Le chantage est une forme de harcèlement.

      Allons un peu plus loin... Imaginez un groupe d'hommes décidant de jouer les victimes et de dénoncer le chantage qu'ils ont subit de la part de femmes en situation d'autorité – en incluant l'adolescence, car la vie ne commence pas à 25 ans. Imaginez les hauts cris qui se feraient entendre si des hommes victimes de chantage se promenaient avec des pancartes sur lesquelles ont pourrait lire : « Balance ta truie ! » La culture masculine de notre époque est telle qu'il y a là un scénario assez peu probable – et au fond, c'est sans doute mieux ainsi. On ne répond pas au mépris par le mépris.

      Le harcèlement des femmes par les hommes existe, on ne va pas le nier. Mais la réciproque existe aussi, même si elle n'emploie pas tout-à-fait la même méthode.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 23 janvier 2018 14 h 18

      Je remets ici ces statistiques transmises pas Richard Poulin, signataire de la déclaration des hommes en appui à #Etmaintenant:

      «« On aurait tort de croire que les agressions sexuelles et les harcèlements sont le fait de quelques dérives individuelles. Au Québec, une femme sur trois a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans. Cependant, les infractions sexuelles sont plus fréquentes (53 % des cas) chez les moins de 18 ans, surtout chez les filles, mais aussi chez les garçons. On peut donc en conclure que le nombre d’agresseurs sexuels est très important, qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal, limité à quelques individus prédateurs. L'enquête ESSIMU au Québec a révélé que près de 37 % des universitaires (employéEs, étudiantEs, professeurEs) ont subi une forme de violence sexuelle (harcèlement sexuel, comportement sexuel non désiré, coercition sexuelle). De 40 à 50 % des femmes des pays de l’Union européenne auraient subi des avances sexuelles non désirées, des contacts physiques ou d’autres formes de harcèlement sexuel au travail. Aux États-Unis, 83 % des filles âgées de 12 à 16 ans auraient subi une forme ou une autre de harcèlement sexuel dans les écoles publiques. Les harceleurs sont donc très nombreux.»»

    • Solange Bolduc - Inscrite 23 janvier 2018 15 h 19

      Mme Saint-Amour, excusez-la, mais ce que bien des hommes font aux femmes: les importuner ou leur mettre la main sur les femmes, ne dédaigneraient pas qu'on leur fasse, j'en suis convaincue!

      Mais enfin, la culture masculine et la culture féminine demanderait bien plus que le «Rt miantenant» pour la changer: une éducation à temps plein juste sur le cirvisme et l'art de la conversation !

  • Sylvain Lévesque - Abonné 23 janvier 2018 07 h 25

    âgisme

    Depuis le début de ces dénonciations étalées sur la place publique avec fracas, j'ai l'impression qu'il y a une bonne dose d'âgisme qui est impliquée. Ce qui nous apparaît "laid" dans les comportements reprochés, est à peu près toujours le fait d'un homme qui a passablement flétri.

  • Jean-François Trottier - Abonné 23 janvier 2018 08 h 08

    Pour le moment ça va

    C,est pourquoi il est important, et c'est ce qui s'est passé, que les dénonciations de #moiaussi aient été personnelles.

    J'ai vécu l'époque de "tous les hommes sont des violeurs", ce slogan qui a fait un tort immense au féminisme. Par la suite il est réellement devenu ringuard d'être féministe. On a vu des ministres libérales s'en distancier, c'est dire, étant donné la force des analyses de marché des Libéraux.

    Maintenant ce ne sont pas des femmes qui victimisent mais bien des individus qui disent ce qu'elles ont vécu et pointent le responsable allégué(pour le moment), ensemble quoiqu'elles aient été bien seules au moment des événements. Je trouve que #moiaussi est une réussite parce qu'il n'y a pas eu de généralisation, seulement des témoignages précis.

    Évidemment ça risque de ne pas durer. Je suis bien content que des femmes comme vous servent des avertissements pour que tout ce qui va suivre reste respectueux comme il l'est jusqu'à maintenant et ne tombe pas dans la généralisation ou la fausse morale.

    Merci.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 23 janvier 2018 11 h 13

      Quand même surréaliste, car depuis la nuit des temps on fait des mises en garde contre les prétendus dérapages des féministes, mais les dérapages réels ceux-là des agresseurs, harceleurs, violeurs trouvent rarement critique auprès de certains hommes qui préfèrent affirmer que les femmes, les féministes mettent tous les hommes dans le même panier.

      Heureusement, il y a ces hommes comme Francis Lagacé, écrivain et militant des droits sociaux et Richard Poulin, éditeur, prof émérite (Université d’Ottawa) et prof associé (IREF-UQAM) qui viennent d'écrire une déclaration appuyant le mouvement #Etmaintenant et qui appellent à des relations réellement plus égalitaires entre les femmes et les femmes. D'ailleurs, ils écrivent:

      « On aurait tort de croire que les agressions sexuelles et les harcèlements sont le fait de quelques dérives individuelles. Au Québec, une femme sur trois a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans. Cependant, les infractions sexuelles sont plus fréquentes (53 % des cas) chez les moins de 18 ans, surtout chez les filles, mais aussi chez les garçons. On peut donc en conclure que le nombre d’agresseurs sexuels est très important, qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal, limité à quelques individus prédateurs. L'enquête ESSIMU au Québec a révélé que près de 37 % des universitaires (employéEs, étudiantEs, professeurEs) ont subi une forme de violence sexuelle (harcèlement sexuel, comportement sexuel non désiré, coercition sexuelle). De 40 à 50 % des femmes des pays de l’Union européenne auraient subi des avances sexuelles non désirées, des contacts physiques ou d’autres formes de harcèlement sexuel au travail. Aux États-Unis, 83 % des filles âgées de 12 à 16 ans auraient subi une forme ou une autre de harcèlement sexuel dans les écoles publiques. Les harceleurs sont donc très nombreux.»

    • Johanne St-Amour - Inscrite 23 janvier 2018 11 h 14

      Richard Poulin et Francis Lagacé disent aussi dans cette déclaration:

      « La culture du viol et de l’agression ne relève donc pas de l’épiphénomène ni de la misère sexuelle réelle ou présumée des hommes, mais s’inscrit dans des structures sociales (et par le fait même mentales) de nos sociétés.

      L’agression sexuelle est d’abord et avant tout un abus de pouvoir. C’est parce que l’agresseur se sent autorisé qu’il impose ses volontés à une personne réduite au rang d’objet sexuel ou de jouet de son désir de pouvoir sur autrui. Les structures de pouvoir hiérarchiques sont déterminantes dans ce cas. Y résister n’est pas chose facile. On sait le sort que connaissaient autrefois les victimes d’agresseurs puissants et bien placés dans la société : elles étaient condamnées sans appel, et les agresseurs jouissaient d’une impunité quasi totale. Toute structure hiérarchique, qui voue un culte à la suprématie mâle, favorise ces abus : églises, sectes, armées, clubs sportifs, clans, familles, monde des affaires, etc. Ce sont surtout les femmes qui en font les frais, mais pas seulement les femmes : les enfants certes, filles et garçons, mais aussi des hommes.»

  • Gilbert Bournival - Abonné 23 janvier 2018 09 h 09

    «Tout est permis, tout n'est pas profitable»

    Tout ce qui est fait dans le respect est profitable à tous et à l'environnement.

    Le contraire détruit.

    «Aime et fait ce que tu voudras»
    Ces citations des saints Paul et Augustin sont encore des mots de sagesse pour notre temps.

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 23 janvier 2018 09 h 27

    L'attrait du consensus ?

    Je partage, en grande partie, le point de vue de M Lacroix mais je suis surpris que, au nom de la modération et du consensus, on semble de plus en plus souvent oublier, comme dans le texte de M Lacroix, que dans le "manifeste" signé, entre autres, par C Deneuve il était mis en exergue le droit de soutenir l'idée " d'un droit d'importuner une personne au non de la liberté d'expression sexuelle" !
    Même s'il est important de demander que les victimes portent plainte, l'idée qu'un tel droit puisse être revendiqué est d'un autre ordre d'importance et c'est avant tout contre cette conception de la pratique de la liberté sexuelle que le mouvement # Moi aussi s'insurge avec raison. Il me semble que ce refus d'accorder le droit d'importuner une personne, pour n'importe quelle raison d'ailleurs, n'est pas négociable.

    Pierre Leyraud