Les deux Corées se parlent

Il est rafraîchissant de lire l’éditorial de Guy Taillefer dans Le Devoir au sujet du sommet de Vancouver sur la Corée du Nord. Je suis d’accord avec ce qu’il écrit : « C’est avant tout à l’éclaircie intercoréenne que la diplomatie canadienne devrait consacrer ses efforts. »

Le sommet de Vancouver ne me semble pas pertinent. Pourquoi ? C’est qu’en épousant le militarisme véhiculé par la présidence américaine, on oublie une chose fondamentale. C’est que les populations ne sont pas monolithiques et il n’est pas dit que les Coréens du Nord se retrouvent dans les positions de leur leader. Pas plus que celles des États-Unis. Et les gens d’ici acceptent-ils tous les paroles militaristes que l’on entend, justifiant l’approche de force américaine ? Les sociétés évoluent par des avancées et des ressacs. Et les leaders autocrates ne représentent pas les sentiments de tous leurs concitoyens, ni le sens de l’évolution de leur société.

Qui fréquente des Coréens sait que l’aspiration à la réunification est vivante dans la population et depuis longtemps. C’est mon cas, et depuis longtemps. J’ai souvent ressenti chez eux cette douleur de la séparation et l’espoir de changements.

La construction de la paix est le fait de la volonté des humains qui y travaillent de toutes leurs forces. La contribution des artistes est précieuse, car elle y apporte la créativité essentielle à la vie.

Les Jeux olympiques et paralympiques canalisent tant de ressources financières, d’organisations et rassemblent des athlètes de tous les pays, dont ceux de la République de Corée et ceux de la République populaire démocratique de Corée. Aussi, en ce temps de trêve, pensons plutôt à ce que représentent les patineurs artistiques de la Corée du Nord entraînés par le Québécois Bruno Marcotte et sa soeur, la chorégraphe Julie Marcotte, et laissons-nous bercer par la musique de notre Ginette Reno nationale qui accompagne leurs pas avec : « Je ne suis qu’une chanson… » et avec « Un peu plus haut, un peu plus loin ».

2 commentaires
  • Gilbert Troutet - Abonné 22 janvier 2018 03 h 55

    Déclarer la paix

    Merci pour votre réflexion. Vous avez raison de dire que « les leaders autocrates ne représentent pas les sentiments de tous leurs concitoyens, ni le sens de l’évolution de leur société ».

    C'est une bonne nouvelle que les deux États de Corée s'assoient à la même table, sans que des puissances étrangères viennent se mêler de leurs échanges. Même avec la propagande insidieuse pour préparer l'opinion, je ne suis pas sûr que la population aux États-Unis ait envie d'une autre guerre. Les marchands d'armes, eux, sont toujours aux aguets.

    Déjà, au début du siècle dernier, les classes dirigeantes se drapaient dans de dignes motivations de paix, de démocratie et de liberté pour convaincre le peuple qu’il fallait faire la guerre. Or, les leaders de l'époque la voulaient, cette guerre, pour s'approprier des colonies et étouffer les idées révolutionnaires qui gagnaient de plus en plus toute l'Europe. Bilan : 14 millions de morts.

    Nos dirigeants canadiens feraient bien, pour leur part, de prendre leurs distances à l'égard du militarisme américain. L'auteur français Tristan Bernard plaisantait à peine quand il écrivait : « Un jour, on va nous déclarer la paix, et nous ne serons pas prêts ».

  • Bernard Terreault - Abonné 22 janvier 2018 08 h 22

    Bruno Marcotte et sa soeur

    J'ai l'impression que, pour des États-Uniens, entraîner des Nord-Coréens serait considéré comme de la haute trahison et qu'ils seraient à jamais ostracisés par toute la société.