Une arène brutale

L’arène publique peut s’avérer brutale. Le Web a rendu visible ce qui était toujours vrai : toute sortie dans cette enceinte expose à la critique, à la moquerie, à l’irrespect. Dans une lettre publiée par Le Devoir, des professeurs de sciences sociales de l’Université Laval se plaignent de commentaires écrits en réaction à l’intervention d’un collègue. Ils « sollicitent » un geste non seulement du Conseil de presse, mais aussi du gouvernement.

Les chercheurs universitaires sont libres d’explorer leurs disciplines et l’État ne doit pas s’ingérer dans leurs travaux ni dans l’accueil que le public leur réserve. Si cet accueil n’est pas à la satisfaction des chercheurs, ils peuvent s’abstenir d’intervenir, ignorer les commentaires désobligeants ou y répondre. Pourquoi le long bras de l’État devrait-il être déployé pour corriger les voix discordantes du public ?

On ne saurait blâmer les signataires, habitués à un certain décorum universitaire, de réagir à des oppositions hostiles à leurs positions, voire à des déclarations horribles. Si des « propos […] menaçant la vie et la sécurité des chercheurs » ont été publiés ou communiqués, une plainte doit être déposée à la police sans tarder. Mais exiger que « leur voix » en tant que chercheurs « soit respectée » pousse à l’exagération leur statut déjà bien privilégié. C’est le droit de réplique qui doit être défendu et qui permet à chacun, justement, de répondre à ses détracteurs. Prétendre rapporter des conclusions scientifiques ne nous préserve d’aucune critique ni injure.

Pour le reste, mieux vaut en rire et accepter que toutes les classes sociales, que tous les publics n’ont pas à souscrire aux civilités et politesses de la sphère universitaire. Par ailleurs, comme l’histoire humaine l’atteste, le « vivre ensemble » a survécu à bien pire que des commentaires ignobles inscrits sur Facebook. Plutôt que de se faire alarmistes, les chercheurs gagneraient à montrer leur force de caractère.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 13 janvier 2018 09 h 22

    La liberté d'expression, on y tient


    Il n'y a pas de quoi fouetter un chat avec ces propos d'un citoyen:

    « Ces intellos gauche-caviar mériteraient juste qu'on les parachute en Syrie au beau milieu de ces fous d'Allah. Juste pour voir si leur beau discours de complaisance leur sauverait la vie... Ils la trouveraient pas mal moins drôle habillés en jaune orange et se faisant filmer pendant qu'on les décapiterait avec un petit couteau... »

    La liberté d'expression, ça vous dit quelque chose chercheur.es en sciences sociales de l'université Laval? SVP, relire Voltaire.