«Infoman» au service des politiciens

La revue de l’année d’Infoman m’a laissé une curieuse impression, qui se renforce d’année en année : cette émission me semble de moins en moins satirique et corrosive, de moins en moins du côté de l’humour noir, et de plus en plus au service de la campagne d’image des hommes et femmes politiques qui, à l’évidence, font des pieds et des mains pour y apparaître.

L’humour ne nourrit plus la distance, il permet plutôt le rapprochement, la connivence, en révélant la part humaine, sympathique, du pouvoir, le plus souvent au mépris des politiques réelles, de décisions et d’orientations qui peuvent être délétères : Dufort rigole moins aux dépens de tel premier ministre, de tel ou telle ministre, qu’avec eux, comme s’il était passé de leur côté, était devenu leur ami intime : Mélanie Joly, la patronne de Radio-Canada, ouvrant l’émission par une autoparodie gentillette, Philippe Couillard visitant l’animateur dans ses bureaux (un déplacement symbolique révélateur : c’est le roi qui rend visite au fou, et non l’inverse), Julie Payette marchant sur des oeufs avec son aide galante sans même une allusion au pouvoir monarchique qu’elle contribue à légitimer, Justin Trudeau commentant chaque paire de bas reçue en vantant son goût et son jugement, et ainsi de suite.

La palme revient sans doute à une séquence où les députés de l’Assemblée nationale se racontent des blagues les uns aux autres : ici, non seulement le rire abolit momentanément les frontières et les clivages et célèbre l’unanimité, mais ce sont les représentants du pouvoir qui rient plutôt que d’être l’objet du rire, les représentants du pouvoir qui sont du côté du rire (comme la vice-première ministre Anglade il y a quelques semaines à Tout le monde en parle, entourée d’une dizaine d’humoristes) plutôt que d’en faire les frais.

Évidemment, rien n’interdit à Jean-René Dufort de jouer le rôle de l’ami du pouvoir, et rien n’interdit que des politiciens rigolent avec un animateur, mais il faudrait alors renoncer à l’image du superhéros justicier, car je ne vois plus guère de différence entre lui et les supposés « vilains » qu’il est censé combattre.

31 commentaires
  • Jacques-Olivier Brassard - Abonné 4 janvier 2018 01 h 23

    Les cancres heureux

    Jadis, à l’époque de mon adolescence, il était de bon aloi de mettre les cancres en évidence en leur offrant la tribune habituellement réservée aux plus délurés d’entre nous. Lesdits cancres étaient alors la risée de tout le monde.

    La recette de J.-R. Dufort me semble être de cet ordre, et les cancres qui s’y sont prêtés semblent avoir joui du même type de gloriole que nos cancres d’antan.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 janvier 2018 08 h 19

      Puante condescendance dans ce commentraire...

    • Josée Duplessis - Abonnée 4 janvier 2018 10 h 19

      C'est que les cancres d'Infoman n'ont pas été la risée de tous. Ils ont eu une image presque angélique.

  • Gaston Bourdages - Abonné 4 janvier 2018 04 h 58

    Merci monsieur Bélisle pour cette réfléchie analyse.

    Merci d'avoir ainsi cogné à la porte de ma conscience. J'épouse votre conclusion. Il nous reste, à nous, téléspectateurs la liberté de continuer ou non à regarder « l'ami du pouvoir » et ainsi « renoncer à l'image du superhéros justicier ». J'y réfléchis. En finale, de me demander si monsieur Dufort n'est pas tombé dans un si subtil piège du « rapprochemment », de la « connivence » ?
    Gaston Bourdages

    • S. A. Samson - Abonnée 4 janvier 2018 12 h 31

      Il répond, comme ses nombreux confrères et consoeurs de diverses émissions surtout sur RDI, aux exigences radio-canadiennes de promouvoir l'Unité canadienne... Ca c'est réel aussi..

  • Solange Bolduc - Abonnée 4 janvier 2018 05 h 32

    Ce constat, je l'ai fait depuis longtemps !

    Il y a quelques années, j'aimais bien l'animateur d'Infoman , Jean-René Dufort, hélas vous mettez le doigt sur le bobo: trop complaisant avec les politiciens, et je vais vous dire très franchement: je ne le regarde même plus, quelques minutes, peur-être, mais...Il tombe dans la facilité: se faire aimer des politiciens ! Petit vendu, va!

    • Cyril Dionne - Abonné 4 janvier 2018 09 h 17

      Vous avez raison Mme Bolduc. Notre cher Infoman travaille pour Radio-Pravda et le multiculturalisme qui se conjugue seulement dans la langue de Shakespeare. Les politiciens québécois ne sont que les gérants d'une succursale où le vrai pouvoir est à Ottawa pour ne pas dire Toronto.

      Alors, pour garder son emploi comme bien d'autres font à Radio-Canada, il flattera les politiciens en leur donnant une estrade pour se produire afin de les faire bien paraître et les humaniser.

      Relire la pédagogie des opprimés de Paolo Freire pour comprendre la situation des minorités linguistiques au Canada.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 4 janvier 2018 09 h 57

      Où trouvez-vous de la complaisance? Il a un style qui demande de l'attention et la présence de Couillard nous montrait son incompétence flagrante. Je persiste à dire que c'était la meilleure émission de la soirée.
      J'écoute tous les jeudis à 7heures et trente Infoman avec une grande satisfaction.

    • Solange Bolduc - Abonnée 4 janvier 2018 12 h 32

      @Chantale Desjardins

      Permettez-moi, Madame, d'avoir une perception et un goût différents de vous, ayant autres choses à regarder qui me réjouissent davantage!

      J'ai aimé un temps Infoman, mais plus du tout maintenant: oui sa complaisance m'énerve, en effet!

      Ce n'est pas une obligation d'apprécier Infoman, comme il m'arrive souvent de ne pas apprécier G.D Laflaque de Chapleau, que j'écoute de moins en moins tellement il est biaisé, et ridiculisant Céline Galipeau(et je me demande pourquoi il ne le fait pas pour A.M. Dussault: une vraie caricature en elle-même? Et avant c'était PKP qu'il faisait culbuter , avec l'aide de sa femme (désir des patrons de Chapleau?)!

      Ce dernier se ridiculise souvent lui-même, même si parfois il réussit à nous offrir quelque chose de vraiment réfléchi et drôle, mais en général, il se ridiculise lui-même, et surtout en se pavanant en premier plan à l'écran: plus narcissique que ça, tu meurs !

      La finesse d'esprit manque trop souvent dans les deux cas ! L'habitude de devoir faire rire ou être drôle à tout prix, ne fait plus rire à la fin, mais devient plus que «platte», stupide !

      Moi, ça me lasse à la fin de devoir me poster devant la télévision, comme si je n'avais rien d'autres à faire ou à rire!

      Et tant mieux si Infoman continue de vous amuser, Madame ! Moi je passe à autre chose sollicitant davantage mon imagination, et bien d'autres choses ! Je déteste m'ennuyer avec les gens qu'on nous impose !

  • Jacques Lamarche - Abonné 4 janvier 2018 06 h 19

    Au service du pouvoir établi!

    Jean René Dufort est un des hommes forts de Radio-Canada! Le superhéros justicier n'est plus tant il a abattu ce qui était à abattre! Les forces du changement sont rendus à bout de souffle, le nationalisme québécois s'épuise, le poids de sa langue s'amenuise.

    Les menaces étant tombées, il a beau jeu de rigoler avec ceux qui ont gagné, de les conforter, de leur donner des airs remplis d'empathie et de sympathie!! Infoman a compris combien il était pour l'ordre établi un précieux outil! Radio-Canada aussi!

    Et alors, comment se surprendre que la fierté et l'identité québécoise se soient tant étiolées!

  • Hugo Tremblay - Abonné 4 janvier 2018 06 h 47

    Depuis longtemps

    J'aime bien cette émission, mais cette mise en valeur des politiciens me dérange beaucoup depuis plusieurs années.
    C'est comme s'il voulait marquer une pause dans ses critiques du reste de l'année, mais ces mêmes critiques sont beaucoup trop douces tout le reste de l'année comparée à sa promotion gratuite.