Philosophie ou profession de foi?

Commentaires sur « Le Jésus du professeur Guillemin » de Louis Cornellier, proposé comme Devoir de Philo en date du 23 décembre 2017.

À chaque période des Fêtes, Le Devoir publie un texte sur la dimension religieuse de la fête de Noël. Même en étant un sceptique non croyant, je tolère que mon journal accueille le discours religieux dans ses pages d’opinion. Cependant, cette année, le texte qui joue ce rôle nous est proposé comme leçon de philosophie. Donc, contrairement à mes habitudes de respecter les croyances de mes concitoyens, je dois réagir pour contester les affirmations que Cornellier emprunte à Guillemin et qu’il qualifie « d’irrécusables ».

D’abord, si la philosophie a continué d’être enseignée dans nos établissements d’enseignement supérieur, c’est, entre autres, parce qu’elle permet de développer des habiletés pour produire un discours raisonné. Mais, c’est ici que le bât blesse, comment avoir un discours raisonné si, d’entrée de jeu, la proposition devant servir de prémisse, soit la croyance dans la résurrection de Jésus de Nazareth, est déclarée irrécusable ? Voilà ! Le discours philosophique prend fin. Il s’agit désormais de théologie où chacun peut faire état de sa foi. Mais croire en quoi ? Au christianisme, bien sûr. Mais sous quelle mouture ? Là aussi, pour Guillemin et Cornellier, c’est l’Église catholique qui détient la vérité.

Et que doivent faire les autres lecteurs du Devoir ? Repartir bredouilles ? Je doute que c’eût été une solution retenue par Laurendeau, qui, sans afficher son agnosticisme avoué en fin de vie, respectait celui de ses lecteurs.

Enfin, que dire des lecteurs d’autres sectes chrétiennes, des juifs, des musulmans, des bouddhistes, etc. ? Sans doute qu’ils ont, selon la logique de Cornellier, droit à leurs propres vérités irrécusables. Il semble dire que l’important, c’est de croire. Selon lui, il n’y a rien de pire que celui qui se limite à l’approche scientifique pour faire la distinction entre le vrai et le faux.

Par ailleurs, l’événement de l’année, que tous les citoyens de bonne foi peuvent accepter sans problème, est de nature scientifique. Il s’agit bien sûr de la collision de deux étoiles à neutrons, un événement qui s’est produit il y a plusieurs milliards d’années et dont l’information vient de nous parvenir sous forme d’ondes gravitationnelles. Voilà une vérité scientifique qui ne se réclame pas d’être certaine. Seulement, d’être crédible dans la mesure de l’acceptabilité de la preuve transparente sur laquelle elle est fondée. Et contrairement à l’affirmation voulant que Jésus de Nazareth soit ressuscité, elle ne se réclame pas d’être irrécusable. Seulement probable.

Réponse du chroniqueur

Ce qui est irrécusable, selon Guillemin, ce n’est pas la résurrection de Jésus, c’est la métamorphose des apôtres, qui sont passés de l’abattement à la joie en croyant avoir retrouvé Jésus vivant ; c’est leur foi en la résurrection et non cette dernière comme telle. Guillemin, de plus, ne dit pas, comme l’écrit M. Blanchard, que « c’est l’Église catholique qui détient la vérité ». Très critique envers l’institution, il affirme plutôt croire à la valeur du message évangélique. Le regretté professeur, enfin, ne dévalorise jamais la science. Il dit simplement qu’il ne s’agit pas du seul type de connaissance valable et que la poésie et la musique « disent aussi des choses essentielles » sur la vie, tout comme le christianisme en matière de morale. Que M. Blanchard se rassure : le Devoir de philo n’a pas pour mandat d’incarner la ligne éditoriale du Devoir, mais de nourrir la réflexion des lecteurs, en présentant des points de vue inspirés par de grands penseurs. Que doivent faire ceux qui ne partagent pas les idées défendues dans mon récent Devoir de philo ? Ce qu’ils veulent, évidemment. Comme Guillemin, je crois à la liberté de conscience. Louis Cornellier
18 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 décembre 2017 00 h 21

    et,oui, il va bien falloir continuer a vivre et bien j'aimerais vous parler de Tao, mais ce sera pour une autre fois

    peut-être un peu des deux, peut être que l'un ne va pas sans l'autre, ce qui est fascinant c'est l'humour que veut introduire Donalds Trump en politique étrangère, pourquoi pas puisque nous sommes en un tournant,

    • Yves Mercure - Abonné 29 décembre 2017 14 h 00

      En effet, toutes les religions proposent des voies souriantes pour l'âme. Le problème survient immanquablement de mêmes manières : la bête humaine en recherche de pouvoir s'empare du soulagement qu'elles apportent et le bain de sang vient invariablement. La science ne fait pas mieux avec ses technologies de tueries. Bref, la connaissance, qu'elle soit du domaine de l'exactitude ou des territoires nébuleux, reste perfectile. Comme l'affirmation de Blanchard qui date l'observation de la célèbre collision d'étoiles à neutrons de milliards d'années, alors qu'il faudrait probablement parler de 130 millions d'années. Comme quoi, écrire l'histoire demeure une activité qui doit être object de falsification.

    • Marc Therrien - Abonné 29 décembre 2017 16 h 39

      Vous avez bien fait de ne pas nous parler ici du Tao, car il est fort possible qu’on se soit alors perdu en chemin «sur la voie» où il n’y a aucune question à poser et aucune réponse à donner en présence de l’ineffable et de l’indescriptible; ce Tao qui, dans son même souffle, nous a conduit jusqu’au tournant du monde selon Trump, un symbole de l’idéal taoïste d’insouciance, de spontanéité et de liberté individuelle.

      Marc Therrien

  • Sylvie Rochon - Abonné 29 décembre 2017 07 h 52

    Parler de tout, sauf de religion!

    La religion, l'une des formes les plus anciennes du discours humain, est souvent la cible de critiques qui se fondent sur les actions humaines (inhumaines si nous donnons à l'humanité un sens noble) qui la discréditent. Le paradoxe qui se crée entre la religion comme discours et les personnes qui s'en servent pour justifier leur autorité ou leur idéologie est tout de même intéressant dans ce qu'il laisse voir de la valeur que nous accordons à la religion, même lorsque nous sommes agnostiques ou athées. En effet, nous voudrions que la religion dise la vérité, toute la vérité sur le sens de la vie. Nous la voudrions pure de toute affiliation intéressée. Nous la discréditons (je parle ici de la religion comme discours, peu importe la forme qu'elle prend à travers l'histoire et les sociétés) lorsque des actes immoraux y sont associés. Nous la discréditons parce que la science (un autre discours inventé par les humains) dit avoir la vérité. Pourquoi en demandons-nous davantage à la religion qu'à toutes les autres formes de discours? Des gestes immoraux faits au nom de la science, n'en trouve-t-on pas également à travers l'histoire? Est-ce la religion ou la science qui rend possible l'usage d'armes terribles qui tuent des populations entières? La destruction d'écosystèmes est-elle due à la religion ou à la science et à la politique? Je suis professeure de philosophie et lorsque j'enseigne certains philosophes, il est primordial que je passe par leur analyse de la religion pour faire comprendre le sens même de leur conception de l'humanité. Peut-on parler de l'infini de Lévinas sans parler de sa conception de l'idée de dieu? Peut-on parler de Camus sans traiter de la question du désespoir face à l'absence de sens que nous attendons tous et qui se cache à la conscience humaine? Et peut-on taire la méfiance de Camus envers la science et son respect, malgré son athéisme, de la dimension religieuse qui habite le monde de la connaissance humaine?

  • François Beaulé - Abonné 29 décembre 2017 08 h 34

    Le Christ est l'Unité dans l'Amour

    L'Homme est une dualité personnelle et sociale. Pas de société sans personnes, évidemment. Mais pas de personne humaine sans relation de l'individu à la société.

    Or dans une société, l'individu se heurte au pouvoir de l'autre et aux hiérarchies qui limitent sa liberté.

    L'invitation de Jésus de Nazareth est celle d'un monde imaginé où le lien social est entièrement et uniquement constitué d'amour. De la dualité humaine fondamentale peut alors émaner une unité de la personne et de la société qui se réalise sans répression. La proposition de Jésus est formidablement séduisante et a séduit des milliards de personnes depuis deux mille ans. Elle nous permet de consentir librement à une recherche de l'Unité.

    Contrairement à la croyance libérale en la liberté absolue de l'individu et à la conception individualiste de l'Homme qui en résulte, l'individu ne possède pas cette liberté, il y aspire. La liberté de l'individu existe mais elle est toujours relative. La Liberté est un absolu au même titre que la Vérité et l'Amour. Ce que le Christ me fait comprendre est que l'Amour, la Vérité et la Liberté coïncident dans l'absolu. Ils sont Un.

  • Claude Therrien - Abonné 29 décembre 2017 09 h 09

    Ce qui est irrécusable, selon Guillemin, ce n’est pas la résurrection de Jésus, c’est la métamorphose des apôtres, qui sont passés de l’abattement à la joie en croyant avoir retrouvé Jésus vivant ; c’est leur foi en la résurrection et non cette dernière comme telle.

    Cette argument à la base de la théologie existentialiste envoie le reste du message à la filière 13. Ne retenir que l'expérience d'un individu comme valeur sûre en théologie et en philosophie est un échapatoir savant laissant le lecteur en quête de spiritualité encore plus perplexe. C'est un peu comme définir de succès et la réussite de l'ensemble des recettes de Jehanne Benoît à une pincée de sel et une cuillèrée de poudre à pâte...

    • Michel Lapointe - Abonné 29 décembre 2017 13 h 17

      Il est effectivement irrecusable que Mme Benoit utilisait du sel et de la poudre à pâte. Une fois qu'on a dit ca, on a effectivement pas dit grand'chose. Merci, Je crois que vous avez fait le tour de la dscussion.

  • Michel Lapointe - Abonné 29 décembre 2017 10 h 04

    D’accord avec M. Blanchard

    J’ai effectivement le souvenir d’avoir interrompu la lecture de l’article au 1er tiers avec la desagreable impression d’avoir été floué. Autant j’apprecie la chronique philosophique que je sois d’accord ou pas avec les arguments, autant j’avais l,impression de lire un bon vieux monologue religieux sans argumentation. Désolé M. Cornellier, mais votre replique ne m’a pas convaincu d’y retourner.