C’est la traduction simultanée qui irrite

Dans sa chronique intitulée « Le ridicule ne tue pas », Mme Francine Pelletier traite de l’utilisation du mot anglais « hi » au centre-ville de Montréal et critique la mobilisation de l’Assemblée nationale en faveur de son interdiction.

Pour être exact, la motion adoptée n’est pas impérative ; elle ne fait qu’inviter les commerçants et tous les salariés à accueillir chaleureusement leur clientèle locale et internationale avec le mot « bonjour » seul, plutôt qu’en conjugaison avec le mot « hi », comme dans la locution « bonjour-hi », qui est maintenant largement répandue, du moins à Montréal, où j’habite.

C’est la traduction simultanée et généralisée qui est irritante. Ceci nous ramène aux années 1970 et au combat de Gaston Miron contre ce qu’il a appelé le bilinguisme de naissance ou le bilinguisme colonial. Le Québec alors était le royaume du traduit, comme on trouve encore dans tous les bureaux, parcs et autres endroits publics sous juridiction du gouvernement fédéral : door/porte, poussez/push, pont/bridge, péage/toll, men/hommes, adresse/address, ou bienvenue/welcome ; Comme si le français ne suffit pas dans l’espace public, parce que ce n’est que la langue domestique, propre aux rapports personnels mais pas au commerce.

J’accepte volontiers qu’un commerçant s’adresse à un client qu’il sait anglophone par la salutation « hi ». Mais je n’aime pas qu’on s’adresse de plus en plus à moi par deux mots qui se chevauchent alors qu’un seul suffit, au cas où il y aurait une anglophone dans la file d’attente qui me mène à la caisse.

Les égards dus à nos visiteurs anglophones (et pas à ceux dont la première langue n’est pas l’anglais) ne doivent pas nous mener au retour du bilinguisme généralisé du Québec, d’autant plus qu’ils ne nous le demandent pas. La pratique spontanée et généralisée du « bonjour-hi » n’est pas de la sociabilité, c’est une autre marque d’effacement volontaire du colonisé.

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