«Un premier programme public de psychothérapie», titre «Le Devoir». Vraiment?

Je salue l’immense contribution d’Alexandre Taillefer et de sa famille dans le débat sur le manque criant de ressources en santé mentale au Québec, état de fait maintes fois dénoncé, et ce, depuis plusieurs années, mais qui semble cette fois-ci pris au sérieux par le ministre Barrette. Toutefois, je garde des réserves, n’ayant habituellement aucune confiance dans les déclarations de ce ministre. Cette nouvelle annonce d’investissement soulève les questions suivantes.

Sa promesse toute récente (Le Devoir, 4 décembre), la veille de la projection du documentaire Bye à Radio-Canada, d’investir dans les services psychologiques peut être perçue comme un début de bonne nouvelle ; malheureusement, ces services seraient intégrés dans les groupes de médecine familiale (GMF) ou proviendraient des cabinets privés, ce qui consacrerait un financement public d’un mode de prestation privé de services dits essentiels. Alors, où se situeront les centres de réadaptation en toxicomanie et dépendances, de même que les CLSC, sans parler des ressources communautaires qui offrent déjà des services en santé mentale ?

Il faut rappeler que les GMF sont des cliniques financées par les fonds publics, liées par contrat au ministère de la Santé et des Services sociaux, mais dont la gouvernance est privée, de même que les modalités de prestation des services médicaux. Déjà, le ministre Barrette a forcé le déplacement de travailleurs sociaux des CLSC vers les GMF, sans toutefois les remplacer. Suivra dorénavant l’ajout de psychologues. Est-ce que ce sera de nouvelles ressources ou assisterons-nous à des déplacements de professionnels une fois de plus ? Mais la question principale se situe dans l’accessibilité de ces ressources. En effet, on peut présumer, dans le contexte du mode de prestation actuel des services médicaux, que seule la clientèle du GMF y aura accès. Il faut se rappeler que les GMF n’ont pas de territoire défini et qu’ils s’installent là où il y a une volonté des médecins de le faire. Enfin, la référence médicale sera-t-elle un préalable pour avoir accès aux ressources de psychothérapeutes, consolidant ainsi encore plus le contrôle médical sur les services psychosociaux, reproduisant bêtement le modèle hospitalier dans l’organisation de la première ligne ?

4 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 8 décembre 2017 06 h 54

    Excellent et nécessaire article

    Merci madame Dumais.

    Une réflexion sur la psychothérapie. Les interventions devront être faites avec plus d'efficience. Il y a des approches qui la favorisent?

    • Jean-François Bernard - Abonné 8 décembre 2017 17 h 04

      Est-ce à dire que vous évaluez les psychothérapies comme étant peu efficientes? Ce n'est pas ce que la recherche dit...

  • René Lachapelle - Abonné 8 décembre 2017 10 h 36

    Un enjeu fondamental

    Merci Hélène pour ce commentaire qui va au problème essentiel de ce virage du système de santé et de services sociaux vers la privatisation et surtout vers le modèle médical de services. Nous savons tous d'expérience que c'est ce modèle qui est le problème, alors quand on le met en place comme solution...

  • Pierre Fortin - Abonné 8 décembre 2017 11 h 00

    Question d'hygiène mentale


    Madame Dumais, je souhaite comme vous que les services de psychothérapie soient plus accessibles et plus efficaces. Je souhaite surtout qu'on s'attaque avant tout à la source des problèmes qui les rendent nécessaires.

    Puisque vous rappelez le travail de M. Taillefer au sujet du problème de cyberdépendance, ne pensez-vous pas qu'il appartient au premier chef aux parents d'inculquer à leurs enfants les règles d'une utilisation saine des objets branchés. La fascination qu'ils exercent fait qu'ils deviennent très vite indispensables, d'où la dépendance. On n'a qu'à constater la persistance du téléphone au volant, malgré les mesures répressives à son endroit et les appels à la raison, pour mesurer la profondeur de l'addiction et la difficulté de briser cette habitude compulsive.

    Ce n'est pas après que le mal est fait qu'il convient le mieux d'agir, mais à la source afin d'éviter qu'il s'installe.