Revenu minimum garanti: une occasion manquée

Je suis une personne assistée sociale ayant plusieurs contraintes à l’emploi. Je suis de ceux dont le marché du travail ne veut pas, parce que les emplois ne sont pas adaptés à nos besoins ou à cause des préjugés véhiculés à notre égard.

Mais malgré ma situation de pauvreté extrême, je refuse de baisser les bras en étant utile à la société à ma façon et à l’intérieur de mes limites. Contrairement à la croyance populaire, et malgré l’anxiété quotidienne reliée à ma situation de pauvreté qui affecte ma santé, j’apporte une contribution à la société en m’impliquant bénévolement dans un organisme communautaire.

Pour moi, l’idée d’un revenu minimum garanti inconditionnel couvrant l’ensemble des besoins de base suscite, malgré plusieurs doutes sur la forme qu’il pourrait prendre, l’espoir d’une sortie de la misère, mais aussi d’une reconnaissance de la contribution des personnes en situation de pauvreté. L’espoir que nous soyons reconnus comme des citoyens et citoyennes à part entière et non, contrairement au préjugé entretenu, comme des personnes qui ne font rien et préfèrent vivre aux crochets de la société.

Pour nous, ce préjugé est un des plus lourds à porter. Reconnaître notre contribution en nous permettant « de passer le mois » en assurant la couverture des besoins de base améliorerait notre santé, notre estime de nous-mêmes et notre capacité d’agir et d’être utiles.

Malheureusement, il semble qu’il est plus important pour nos décideurs politiques de maintenir en place un système qui accroît les inégalités en permettant l’évasion fiscale que de reconnaître, par un revenu décent et inconditionnel, la contribution de ceux d’entre nous qui sont exclus. Malgré le discours qui dit qu’il faut créer la richesse avant de la redistribuer, jamais dans l’histoire de l’humanité autant de richesse n’a été concentrée dans les mains de si peu de personnes. Et le Québec ne fait pas exception à cette règle.

Dans une société qui refuse de créer des emplois adaptés et qui discrimine sur la base des préjugés, un véritable plan d’action contre la pauvreté ne doit laisser personne en arrière. Un revenu minimum garanti et inconditionnel à la hauteur des besoins de base est possible sans sacrifier nos services sociaux pour le mieux-être de tous. Nous en avons les moyens.

5 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 20 novembre 2017 07 h 19

    Ce ne sont que des mots.

    Affirmer que le gouvernement devrait couvrir tous les besoins de base, c'est ce qu'il fait déjà. La loi sur l'aide sociale stipule déjà que:

    «5. Les besoins d’une famille ou d’une personne seule sont ordinaires ou spéciaux.
    Sont des besoins ordinaires la nourriture, le vêtement, les nécessités domestiques et personnelles ainsi que les autres frais afférents à l’habitation d’une maison ou d’un logement.
    Tous les autres besoins sont des besoins spéciaux.


    6. L’aide sociale comble les besoins ordinaires et spéciaux d’une famille ou personne seule qui est privée de moyens de subsistance.»

    De plus, vous semblez confondre RMG et revenu de citoyenneté (ou allocation universelle). Comme je l'ai déjà écrit dan mon blogue:

    «Appelée revenu de citoyenneté, allocation universelle ou revenu de base, le RC (pour faire court) consiste à verser à tous les citoyens (ou habitants?) d'un pays une certaine somme mensuelle, de manière inconditionnelle, somme qui remplacera les programmes sociaux, ou en tout cas certains d'entre eux. Le principe reste simple, mais les détails sont diablement importants. Il ne faut pas confondre l'allocation universelle avec le revenu minimum garanti [...] Le RMG, en fait, c'est le bien-être social (ou ce que devrait être le bien-être social). C'est un revenu versé à ceux qui gagnent moins qu'une certaine somme. Pour le recevoir, il faut pouvoir montrer qu'on gagne peu ou qu'on ne gagne rien, remplir des papiers, se désinscrire si l'on trouve du travail, et ainsi de suite. On hésite souvent à faire la correspondance entre le BES et le RMG, surtout à cause de la suspicion entretenue envers les assistés sociaux et de la faiblesse des sommes versées, mais rien ne dit que ce serait différent avec un autre nom.»

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 novembre 2017 15 h 30

      À Sylvain Auclair,

      "Affirmer que le gouvernement devrait couvrir tous les besoins de base, c'est ce qu'il fait déjà." - Sylvain Auclair

      Alors apprenez que l'aide sociale n'accorde que 626$ par mois, soit 52% des besoins de base.

      Et que peu importe comment on l'appelle: Revenu de citoyenneté.. Aide sociale.. etc.. L'idée est que toute personne sous le seuil de la pauvreté ait au moins la "Mesure du Panier de Consommation (MPC).

      Christian Montmarquette

  • Bernard Terreault - Abonné 20 novembre 2017 08 h 24

    On se demande

    Je suis certain que nombres de lecteurs vont se poser la question: comment se fait-il qu'une personne qui écrit aussi bien que M. Caron ne puisse obtenir un emploi rémunéré décent? Problèmes de santé?

    • Clermont Domingue - Abonné 20 novembre 2017 17 h 40

      Je connais des personnes qui n'obtiennent pas d'emploi parce que par leur intelligence, leur personnalité et leur CV; elles font ombrage à l'employeur.Pour se sentir utiles et contribuer à la société, ces personnes font du bénévolat et achètent les vivres passés la date de péremption.Je parie que c'est le cas de monsieur Caron. Je lui dis mon admiration et lui souhaite bon courage.

  • Monique Bisson - Abonné 20 novembre 2017 09 h 32

    Occasion manquée, en effet!

    Merci M. Caron pour ce texte et vos gestes courageux empreints de justice sociale qui, espérons-le, devront nous faire passer à l’action pour combattre les racines de la pauvreté comme exposées dans la chronique de Jean-François Nadeau.

    Monique Bisson, Gatineau