Il ne faut pas confondre une revendication politique et une pratique religieuse

Le paradoxe n’est pas banal. Sous couvert de sa conversion à la religion musulmane, une Québécoise revendique le droit du port d’un voile intégral sur son visage. Pourtant, des femmes issues de fortes traditions musulmanes dans certains pays d’Afrique du Nord se sont battues et ont obtenu le retrait de cette obligation visant à les maintenir dans un statut d’invisibilité, si ce n’est d’infériorité.

En fait, le caractère très médiatique du port du voile de cette femme ne fait pas de doute : il s’agit bien là d’une contestation à caractère strictement politique, à cent lieues de la foi religieuse qu’elle revendique. Et qui fait ainsi la démonstration éloquente de l’inadéquation du remplacement de l’implantation d’un cadre politique et juridique de laïcité de l’État par des mécanismes flous de reconnaissance de neutralité religieuse.

Ainsi, comment justifier l’insistance sur le port du voile pour les femmes comme un élément central du débat sur la laïcité et passer sous silence tous les signes séculaires distinctifs d’appartenance religieuse, et de revendication politique, faut-il le rappeler, tout aussi présents chez les hommes (soutane, turban ou kippa, à titre d’exemple).

Non seulement l’établissement de signes religieux distinctifs et les conditions de leur utilisation publique s’avèrent des terrains fertiles à toutes formes d’interprétation juridique, mais ils favorisent également le recours à la protection et à la primauté des droits individuels et interethniques pour contester toute mesure visant l’établissement de la laïcité de l’État.

Il convient pourtant de ne jamais perdre de vue qu’un tel débat s’inscrit dans les fondements historiques sociologiques spécifiques de la société québécoise. Il s’agit d’un cocktail composé de l’influence historique politique majeure des autorités religieuses, du développement tardif mais senti du discours politique féministe, d’un enchevêtrement de structures juridiques et politiques issues des traditions française et britannique.

Tous ces ingrédients sont donc réunis et accessibles à toute personne ou à tout organisme désirant contrer l’implantation de mesures visant à inscrire la laïcité comme l’un des fondements de l’État québécois.

7 commentaires
  • Diane Germain - Abonné 13 novembre 2017 09 h 12

    Merci

    Excellent texte que j'appuie totalement.

  • Marc Levesque - Inscrit 13 novembre 2017 09 h 33

    M. Genest

    "une Québécoise revendique le droit du port d’un voile intégral sur son visage. Pourtant, des femmes issues de fortes traditions musulmanes dans certains pays d’Afrique du Nord se sont battues et ont obtenu le retrait de cette obligation visant à les maintenir dans un statut d’invisibilité, si ce n’est d’infériorité."

    Il n'y a pas de "pourtant". Que des femmes se sont battues contre une obligation ne réduit pas la valeur de la femme qui revendique le droit de porter le voile.

    Pour prendre un autre exemple: tout comme il peut être légitime qu'une femme choisisse de rester à la maison, il est aussi légitime que d'autres femmes se sont battues pour que ce ne soit pas une obligation.

    • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 13 novembre 2017 12 h 32

      «Que des femmes se sont battues contre une obligation ne réduit pas la valeur de la femme qui revendique le droit de porter le voile.»

      Pardon?
      Et moi je dois accepter son fanatisme sans broncher?
      Pourquoi?
      Basé sur quoi?
      Hmmm?

    • Marc Levesque - Inscrit 13 novembre 2017 13 h 51

      M. Bélair-Plessis

      "Et moi je dois accepter son fanatisme sans broncher?"

      Je ne voulais pas dire que vous deviez acceptiez ou non son opinion.

      Je veux seulement suggérer qu'il n'y a pas de paradoxe.

    • Marc Therrien - Abonné 13 novembre 2017 20 h 04

      Dans un monde où l'humain est libre de volonté, personne n'est obligé de se conformer à une convention arbitraire s'il n'en n'a pas envie ou de se soumettre à la volonté d'autrui s'il n'est pas dans son intérêt de le faire. La bonne vieille dialectique hegelienne du sujet et de l'objet qui s'anime du rapport de force entres les consciences de l'Un et de l'Autre qui vise l'assujettissement de son vis-à-vis semble parfois indépassable. Dans l'impossibilité d'entreprendre un dialogue qui pourrait conduire à une synthèse intégrative, les personnes fatiguées du conflit pourraient opter pour une conclusion qui accepterait la coexistence de volontés mutuellement exclusives.

      Marc Therrien

  • Réjean Martin - Abonné 13 novembre 2017 15 h 15

    voici des choses dites par Kamel Daoud



    «À qui appartient le corps de la femme? À sa nation, sa famille, son mari, son frère aîné, son quartier, les enfants de son quartier, son père, et à l’État, la rue, ses ancêtres, sa culture nationale, ses interdits. À tous et à tout le monde, sauf à elle-même.»



    «L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme.» KAMEL DAOUD



    Le sexe est la plus grande misère dans le monde d’Allah (…) la femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée.

    • Marc Therrien - Abonné 13 novembre 2017 20 h 18

      Voilà bien le nihilisme de la vie naturelle que déplorait tant Nietzsche qu'on a mal interprété. Et de notre côté, du monde de la Bible, qu'il nous suffise de mentionner que notre séjour sur terre en attente du paradis se faisait dans la vallée de larmes.

      Marc Therrien