Maire? Plutôt mairesse!

Je réagis à la lettre d’Armande Saint-Jean du 9 novembre intitulée « Mairesse ? Plutôt maire ! », dans laquelle elle demande à remplacer le terme « mairesse » par « maire ». Le grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française privilégie pourtant « mairesse » […].

C’est une maladie au Québec. On remplace de très vieux mots comme « poétesse », « doctoresse », « chasseresse », « Suissesse » ou encore « maîtresse » (enseignante à l’école primaire) par « poète », « docteure », « Suisse », « chasseuse » et « institutrice ». Dans le Multidictionnaire de la langue française, on peut lire la note sémantique suivante sous « poétesse » (un mot créé au XVIe siècle) : « Ce nom peut avoir une connotation péjorative, un sens restrictif. On emploie plutôt le nom poète ».

Mais dans Le Petit Larousse illustré 2018, rien de tel, sinon la définition attendue : « Écrivaine qui pratique la poésie. » Si un mot féminin renferme une connotation péjorative, c’est contre la connotation qu’il faut lutter, pas contre le mot, pardi !

Pendant que des mots féminins existant depuis longtemps disparaissent du vocabulaire courant, d’autres mots sont féminisés, de manière parfois très contestable. C’est à y perdre son latin. Mme Valérie Plante, de grâce, continuez à vous faire appeler « mairesse ».

4 commentaires
  • Martin Ferron - Abonné 11 novembre 2017 06 h 22

    "Mme la mairesse" ou "Mme la maire" ?

    Québécois exilé en France (depuis 9 ans), oeuvrant dans le domaine culturel et médiatique (je crée et anime notamment Microphone francophone, 1 500 000 auditeurs dans 12 pays), il est bon de savoir que "mairesse" désigne plutôt ici "la femme du maire" (...). Anne Hidalgo, élue à la tête de Paris en 2014, comme la plupart des femmes qui exercent cette fonction hors Québec, se fait appeler "Mme la maire". https://www.paris.fr/municipalite/la-maire-et-les-elus Je me réjouis de l'élection de ces femmes, mais quand viendra Valérie Plante en France (Montréal est notamment "jumelée" avec Lyon), l'appelation "mairesse" ne pourra pas être employé au risque de lui être plutôt défavorable (mairesse = la femme du maire)... "Mme la maire" de ma ville française a changé de visage quand je l'ai salué d'un "enchanté de vous rencontrer Mme la mairesse", lors de notre première rencontre... Si je suis d'accord que c’est contre la connotation qu’il faut lutter, pas contre le mot, reste qu'un même mot peut avoir un sens très différent selon les pays de la francophonie. Ceci appelle ouvertures et nuances notamment. De plus, au-delà des mots, il y a le sens et le contenu plutôt que la forme, il me semble. Que Montréal devienne une ville verte, créative en solidarités, en altérité, en habitats pour tous, en sens, en pérennités, en interculturalisme, (...), un phare pour le monde (...). Peu importe qu'à sa tête il y ait "Mme la mairesse" ou "Mme la maire" voir "la Mère de Montréal"... Tout de bon à tous.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 novembre 2017 09 h 31

      M. Martin Ferron,

      On peut lire les définitions suivantes dans «Le Petit Larousse illustré 2018» à l'entrée «mairesse» (p. 693): «n.f. Vieilli. 1. Femme d'un maire. 2. Femme exerçant les fonctions de maire.» La remarque «vieilli» s'applique-t-elle aux 2 définitions ou à la seule 1re? Il est curieux que la femme d'un maire se fasse appeler «mairesse» en France. À Montréal, va-t-on appeler le mari de Valérie Plante «monsieur le maire»? Il n'a pourtant pas été élu.

      On peut lire dans le grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française: «L'emploi de la forme régulière mairesse est préférable à celui de maire, au féminin, même si les deux formes sont disponibles.»

      http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche

    • Jacques Tremblay - Inscrit 13 novembre 2017 08 h 44

      Je suppose qu’aujourd’hui à Paris on dit Mme la maire et M. le mairesse!

      Le sens « conjoint de l’autre » est un archaïsme social qui n’a plus sa place au XXIe siècle.

      Jacques Tremblay
      Sainte-Luce, Qc

  • Bernard Terreault - Abonné 11 novembre 2017 08 h 56

    Réinventons le genre neutre

    L'ensemble de langues apparentées dites langues indo-européennes avaient trois genres, masculin, féminin et neutre. Les langues latines ont malheureusement laissé tomber le neutre. Il aurait fallu le garder ce qui nous éviterait d'avoir à utiliser des formulations maladroites et encombrantes comme "les citoyens et les citoyennes", "les maires et les mairesses", "les musiciens et les musiciennes", ou pour être plus égalitaires écrire, exactement la moitié du temps, "citoyennes et citoyens". Remarquez que d'autres langues, non indo-européennes, n'ont pas de genre grammatical. On note que l'Anglais l'a laissé en partie tomber: s'il reste encore des "men" et des "women", il n'y a que des "citizens", des "doctors" et des "writers" et, surtout, les adjectifs sont neutres, on est "beautiful" quel que son sexe. La règle tant décriée et bêtement nommée "prédominance du masculin" allait dans ce sens. On note que les mots féminisés comme "citoyenne" sont plus longs que leur pendant masculin et en sont dérivés. Inutile. Changeons simplement la terminologie et disons qu'il y a le genre neutre ou masculin, et quand c'est absolument nécessaire pour la clarté, des mots explicitement féminins comme "mère" ou "jument".