Marcel Proust et les fausses nouvelles

Au moment où le concept de « fausses nouvelles » faisait son apparition dans l’actualité, je commençais la lecture d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Quelques mois plus tard, en commençant Le temps retrouvé, le septième et dernier tome dont le début se passe pendant la Première Guerre mondiale, je découvre que Trump n’a pas, comme il le prétend, inventé l’expression « fausse nouvelles », pas plus que Bush, à l’époque de l’Axe du mal, la politique du « qui n’est pas pour nous est contre nous ».

Dans Le temps retrouvé (Folio, p. 84), le narrateur dit : « La guerre se prolongeait indéfiniment et ceux qui avaient annoncé de source sûre, il y avait déjà plusieurs années, que les pourparlers de paix étaient commencés, spécifiant les clauses du traité, ne prenaient pas la peine, quand ils causaient avec vous, de s’excuser de leurs fausses nouvelles. Ils les avaient oubliées et étaient prêts à en propager sincèrement d’autres, qu’ils oublieraient aussi vite. »

Un peu plus loin (p. 105), le baron Charlus fait remarquer : « L’Allemagne emploie tellement les mêmes expressions que la France que c’est à croire qu’elle la cite, elle ne se lasse pas de dire qu’elle “lutte pour l’existence”.Quand je lis : […] “qui n’est pas pour nous est contre nous”, je ne sais pas si cette phrase est de l’empereur Guillaume ou de M. Poincaré, car ils l’ont, à quelques variantes près, prononcée vingt fois l’un et l’autre, bien qu’à vrai dire je doive confesser que l’empereur ait été en ce cas l’imitateur du président de la République. »

Et dans cette même édition Folio (p. 400), une note de bas de page nous rappelle qui fut le premier à lancer cette imprécation, quoiqu’à la première personne du singulier. Dans Matthieu XII.30, Jésus dit : « Qui n’est pas avec moi est contre moi. »

En lisant cela, je suis resté pantois…