Sombre matin

Deuxième matin de la semaine assombri par un hurluberlu angle Berri et Sainte-Catherine. Pas n’importe quel hurluberlu : un sexagénaire vêtu d’une toge et faisant l’homme-sandwich en pleine heure de pointe à deux pas de l’UQAM. Il tient une croix d’un bon mètre de haut et porte le message suivant : « Enceinte et inquiète ? On peut vous aider. » Le panneau qui couvre son dos porte un message encore plus dérangeant : Sauvons des vies, ou un truc du genre, encadré de quelques images de foetus. Les badauds passent, prêtent plus ou moins attention à l’homme qui, le visage complètement fermé, piétine son coin de rue, apparemment imperméable à l’animation du Quartier latin un mardi matin. Et à quoi d’autre ? Au Québec du XXIe siècle ? ! Suis-je la seule consternée par cette manifestation d’un conservatisme catholique machiste qui, de manière presque provocante, apparaît à proximité d’un haut lieu du savoir et du militantisme ? Il m’apparaît intolérable qu’un homme ignorant de ma vie, de mes combats, des enjeux auxquels une jeune femme fait face tous les jours, se permette de m’adresser directement un tel message. À l’heure où le Parti conservateur nomme, en toute connaissance de cause, une députée pro-vie, tout ce que je peux espérer, c’est que mon hurluberlu aura demain matin changé de coin de rue.

11 commentaires
  • Eric Vallée - Inscrit 5 octobre 2017 01 h 00

    Safe space qu'ils demandent

    Les gens de l'UQAM, ce "haut lieu du savoir et du militantisme" n'aiment pas la liberté d'expression. Il lui apparaît intolérable qu'on adresse un tel message, dit l'auteure. Ces militants à temps plein, veulent leur safe space qui les protège de ce qu'ils appelent des micro-agressions.

    Moi je trouve intolérable de lire son texte à matin! Comment elle ose cette hurluberlue penser autrement que moi?

    Ils sont toujours choqués ces militants, bien ancrés dans leurs certitudes sectaires. Eux seuls doivent pouvoir s'exprimer, eux seuls ont le monopole de la vertu, eux seuls savent ce qui est bon et que nous sommes juste des ignorants, des racistes, des machistes, etc.

    • Marc Therrien - Abonné 5 octobre 2017 19 h 20

      D'ailleurs, on remarque facilement dans les 5 dernières lignes de cette lettre que le moi et ses dérivés abondent. Il s'agit donc d'une opinion toute personnelle à faible portée ou impact social. Enfin, a-t-elle pensé qu'elle a aussi l'option de changer son trajet pour éviter que sa conscience soit heurtée par une autre conscience qui veut avoir le même droit d'exister.

      Marc Therrien

  • Michel Lebel - Abonné 5 octobre 2017 03 h 33

    La libre expression

    En démocratie, la liberté d'expression existe, que cette expression nous plaise ou pas. Et cette même liberté permet d'écrire ''Sombre matin'' et d'être publié. C'est bien ici et c'est la beauté de vivre dans un pays libre.

    M.L.

  • Réal Boivin - Inscrit 5 octobre 2017 05 h 54

    Le retour du religieux est un retour en arrière

    J'ai vu sur ce coin de rue un homme en soutane tenant une énorme croix accompagné par un couple dans la soixantaine et la pancarte que vous décrivez. Avec le retour du religieux poussé par le multiculturalisme, nous devrions voir de plus en plus de manifestation de ce genre qui est un retour dans un sombre passé. En instaurant le cour d'étique et de cultures religieuses dans nos écoles au lieu d'enseigner Darwin et le big bang, nos gouvernements donnent la parole à des arrièrés au détriment de la science. Réveillons-nous!

  • Sylvain Auclair - Abonné 5 octobre 2017 06 h 57

    Il y a quelques années

    on en avait tous les jour dans le parc en face de la clinique médicale de l'Est. Combat d'arrière-garde.

  • Bernard Terreault - Abonné 5 octobre 2017 08 h 18

    Et puis ?

    Athée, marxiste-léniniste, tiers-mondiste, Trumpiste, bouddhiste ou catholique, même raciste ou anti-féministe, il a droit de s'exprimer tannt qu'il n'agresse ou ne menace personne.