L’entêtement et l’orgueil mal placé du ministre François Blais

Dans son éditorial du 21 septembre sur la réforme de l’aide sociale, Brian Myles s’interroge sur la pertinence des pénalités pour les personnes qui ne participeront pas au programme Objectif emploi d’une façon jugée satisfaisante. Et il termine en se questionnant sur les motivations du porteur de la réforme, le ministre François Blais.

Voici une piste de réponse : le ministre sait fort bien que les pénalités sont inefficaces et il maintient la ligne dure seulement par orgueil et par électoralisme.

Dans son livre Un revenu garanti pour tous : introduction aux principes de l’allocation universelle, publié en 2001, le professeur de science politique François Blais dénonçait « la stigmatisation associée aux programmes conditionnels d’aide » (p. 25) et le fait que « plus de conditionnalité n’aboutirait qu’à appauvrir et à exclure davantage » (p. 31).

À la page 76, le professeur François Blais en rajoutait : « Le seul remède que nos gouvernants aient trouvé ces dernières années pour s’attaquer à l’inertie de certains prestataires fut le recours à la coercition ou à “l’activation”, mais cette stratégie ne donne pas les résultats escomptés simplement parce qu’elle repose sur une conception simpliste et tout aussi bureaucratique de l’activité humaine » (p. 76).

Les pénalités sont inutiles et contre-productives, voire dangereuses, le ministre le sait et c’est ce que lui ont rappelé, au cours des derniers mois, 300 anciens collègues professeurs et chargés de cours universitaires, 600 intervenants en santé, des centaines d’organismes communautaires, les centrales syndicales du Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, la protectrice du citoyen, les directeurs de santé publique de Montréal et de Montérégie, etc.

Seul un orgueil mal placé peut expliquer que le ministre ignore et dans certains cas méprise les avis de toutes ces personnes et organisations. Le statut de politicien a manifestement fait perdre toute ouverture d’esprit et tout esprit critique à l’ancien professeur.

Et pourquoi un tel acharnement ? Parce qu’il est malheureusement encore payant au Québec, en 2017, de casser du sucre sur le dos des personnes assistées sociales. (Il suffit d’écouter les « radios de Québec » pour s’en convaincre.) Ce n’est pas pour rien que le gouvernement a déjà deux réformes de l’aide sociale à son actif au cours du présent mandat, chacune comportant de graves reculs pour les droits des personnes assistées sociales.

Bien sûr, François Blais n’est pas le premier à verser dans l’électoralisme en s’attaquant à ces personnes. Mais il va plus loin que ses prédécesseurs en menaçant de couper du tiers une prestation d’aide de dernier recours déjà nettement insuffisante. Nous espérons maintenant qu’il est prêt à assumer les conséquences de son entêtement et de son orgueil mal placé.

5 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 22 septembre 2017 01 h 04

    L'idéologie néolibérale utilise toujours les pauvres comme cobaye!

    L'idéologie néolibérale des élites utilise toujours les pauvres et les plus démunis comme cobaye pour cacher leur propre cupidité, qui est responsable de la misère et les inégalités généralisées.
    Malheureusement, les médias répètent ce mythe ad nauseam au détriment du bien commun. Au lieu de couper les prestations déjà insuffisantes des pauvres, pourquoi ne pas couper les échappatoires fiscales et les subventions aux riches et fermer les paradis fiscaux qui privent les coffres de l'état de milliards de dollars?

    • Jean Jacques Roy - Abonné 22 septembre 2017 10 h 22

      Vous résumez bien la triste réalité sociale dans laquelle nous vivons et de l'idéologie qui l'accompagne.

      Nos élites se gargarisent du discours sur l'égalité, sur la dignité, sur la qualité de vie, sur la justice et du respects de tous les droits... Mais, dans la vie réelle cette élite économique, politique, intellectuelle, journalistique s'est bâti un monde séparé sur le dos des "autres".
      Cette élite, devant ses enfants et à l'école verse des larmes sur "la pauvreté". Mais est-il question d'augmenter le salaire minimum que déjà c'est la tollé! Et c'est le silence approbateur quand les gouvernements de passage coupent et re-coupent la maigre pitance des assisté.es sociaux...

      Cette élite, tout comme Justin Trudeau, a "honte" du sort que le Canada réserve aux peuples autochtones avec son système d'apartheid... Mais pas question d'admettre que l'État applique une telle politique et de mettre fin à cet apartheid. On veut bien bonifier le paternalisme d'État, mais pas question de reconnaître dans les faits les droits collectifs des premières nations... jusqu'à celui de reconnaître leur droit d'exercer leur auto-détermination.

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 septembre 2017 14 h 21

      À Nadia Alexan,

      "Pourquoi ne pas couper les échappatoires fiscales et les subventions aux riches et fermer les paradis fiscaux.." - Nadia Alexan

      Parce que c'est justement ces riches et ces entreprises privées qui reçoivent lesdites subventions et qui utilisent ces échappatoires fiscales et ces paradis fiscaux qui corrompent les partis néolibéraux comme le PQ, le PLQ et la CAQ et contrôlent nos gouvernements.

      Au niveau fédéral, ne prenons que l'exemple de Paul Martin qui avait légalisé l'évasion fiscale dans le but de favoriser son entreprise de navigation «Canada Steamship Lines» et conséquemment permettre la fuite légalisée de plus de 230 milliards par année (chiffres de 2017) de capitaux canadiens dans des compagnies offshore.

      Christian Montmarquette

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  • Denis Miron - Abonné 22 septembre 2017 04 h 26

    F. Blais professeur, F.Blais politicien, lequel préférez-vous?

    Quelle belle mise à nu de la double personnalité du personnage François Blais. À sa place je me sentirais déculotté. Rien dans un tel comportement pour rehausser la stature moral du politicien.

  • Anne-Louise Genest - Abonnée 22 septembre 2017 09 h 35

    Orgueil ou ligne de parti?

    Il y a fort à parier que, comme nombre d'hommes et femmes politiques, M. Blais a dû laisser ses convictions et son expérience passées au vestiaire au nom de la ligne de parti, cette "stratégie" électoraliste destinée à garder le pouvoir. Honte à nous de les laisser faire!