La fondation de Montréal et les autochtones

En septembre 2017, le maire de Montréal, Denis Coderre, décide d’introduire dans les armoiries de Montréal, outre les quatre symboles floraux des « peuples fondateurs » (français, anglais, irlandais et écossais) un symbole autochtone en plein centre (le pin blanc). Cela doit marquer l’apport autochtone à la fondation de Montréal en cette année de 375e anniversaire de la fondation de la ville. Je n’ai rien contre, mais il faut quand même relativiser l’apport autochtone à la fondation de Montréal.

Je donne des faits relatés dans tous les manuels d’histoire ordinaires : par exemple, en 1645, Montréal est assiégé par les Iroquois et, selon l’historien Léo-Paul Desrosiers, « les habitants de Montréal, du fort Richelieu et des Trois-Rivières sont réduits à vivre dans les postes à l’intérieur des palissades. » En ces années-là, selon Jeanne-Mance, « l’Hôpital de Montréal est abandonné et transformé en ouvrage de défense avec garnison. […] Tout le monde était aux abois. On ne parlait que de quitter le pays, avec une grande peine et une angoisse de l’esprit. » Le chef de la garnison de Montréal, Dollier de Casson, écrit : « Les Iroquois commencèrent tout de bon à nous attaquer, mais avec une telle opiniâtreté qu’à peine nous laissaient-ils quelques jours sans alarmes. » En 1652, 18 Français furent tués au Long-Sault. Le massacre de Lachine est connu et des dizaines d’embuscades meurtrières sont relatées dans les documents d’époque. Autre exemple : en 1644, 200 Iroquois entourent le fort de la ville — alors village —, mais le gouverneur et ses hommes réunissent à repousser l’attaque. En fait, selon le « Canada-Québec synthèse historique », de Vaugeois-Lacoursière-Provencher, « le dixième de la population de la Nouvelle-France sera tué » dans ces guerres entre autochtones et Français, qui dureront près de 25 ans (1641-1666), avec Ville-Marie au premier rang de l’enjeu.

Bien sûr, ce sont de vieilles histoires, mais de là à célébrer l’apport autochtone à la fondation de Montréal, il y a une marge de crédibilité : en fait, tous les documents et témoignages concordent sur un point : les Iroquois voulaient détruire Ville-Marie et ils passèrent à deux doigts d’y parvenir. Je comprends que, ces temps-ci, le maire Coderre est dans un délire multiculturel, mais comme contribution à la fondation de Montréal, on repassera.

8 commentaires
  • André Beaudet - Abonné 19 septembre 2017 07 h 08

    La grande paix de 1701

    Voir cet article de Wikipedia pour voir l'importance de l'apport amérindien dans la vie non seulement de Montréal.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 septembre 2017 09 h 29

      Je soutiens d'ailleurs qu'il faudrait commémorer cette Grande Paix par un jour férié au début d'aout.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 19 septembre 2017 10 h 12

      Le lien sur Wiki, www.goo.gl/nnxqcB , fort intéressant !

      On y retrouve entre autres les signatures de ce traité. Elles sont a elles seules un sujet d'intérêt qui doit aider a comprendre les relations avec ces ''indiens'' qui n'en étaient pas. Il serait intéressant qu'on produise un documentaire sérieux sur ce traité.

      Les signatures, www.goo.gl/EExbcM

  • Bernard Terreault - Abonné 19 septembre 2017 07 h 53

    soi-disant peuples fondateurs

    Les Iroquois, même s'ils étaient les alliés des colons de Nouvelle-Angleterre et donc les ennemis des colons français de Nouvelle-France, peuvent quand même revendiquer d'avoir été là des siècles avant les Européens. Mais Anglais, Écossais et Irlandais ne sont en aucune façon des "peuples fondateurs" de Montréal, mais des conquérants arrivés 120 ans plus tard. Même en "banlieue", Boucherville, Longueuil, Laprairie étaient déjà de prospères villages agricoles deux générations avant que les Anglais arrivent. S'il faut absolument que Montréal arbore les symboles ethno-culturels de fondateurs, seuls les Améridiens et les Français devraient y figurer.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 septembre 2017 09 h 27

      Et faut-il garder la croix de saint Georges, patron de l'Angleterre?

      En passant, les premières armoiries n'avaient pas de symbole pour les Français, mais bien un castor, pour symboler ceux qu'on appelait alors les Canadiens.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 19 septembre 2017 12 h 52

      Comme sur le fleurdelisé.

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 19 septembre 2017 09 h 50

    Irlandais colonisateurs ?

    Je ne mettrais pas les Irlandais et les Ecossais dans le même sac que les colonisateurs britanniques. Les Irlandais et les Ecossaient ont toujours été des peuples qui résistaient (et résistent toujours comme on le voit en Écosse leur aspiration à l'indépendance au moyen de référendums) à l'empire british.Leur venue sur notre territoire était un phénomène migratoire car ils fuyaient la pauvreté et les maladies infectueuses dans leur pays et non pas une arrivée correspondant à la conquête britannique.

    De fait dans l'ancien drapeau de Montréal, trois des 4 symboles sont des symboles de peuples qui résistent aux anglais british : les Français, les Ecossais et les Irlandais. On y ajoute maintenant un symbole autochtone, et même si les mohawks ont été alliés des anglais, ils ne l'ont pas toujours été car lors de la grande paix de Montréal, ils avaient cessé leurs hostilités envers les français.

  • Serge Pelletier - Abonné 19 septembre 2017 14 h 38

    "Fondateurs"?

    Lors du premier passage de Jacques Cartier sur cette île, il notait qu'il y avait plusieurs petits villages "Iroquois" sur place, et un très gros (environ 2,000 à 3,000 habitants) dans l'Est de l'île. Implantations Iroquoiennes donnant suite à la victoire sur les abénaquis... qui eux-mêmes avaient détruit et anéantit leurs précédesseurs...

    75 ans plus tard, lors d'une deuxième incursion des navigateurs français, il ne restait plus âme qui vive sur l'île... Tout avait été détruit (ou disparu) suite aux guerres entre nations indiennes... Pire, un interprète signifia aux "français" que l'espérence de vie d'une personne se trouvant sur l'île était au maximum d'une heure trente minutes...
    Cela fait de bien drôles de fondateurs...