Les braillants discours de nos nouveaux historiens

Que le premier ministre canadien et, plus récemment, le maire de Montréal s’indignent du passé peu reluisant de plusieurs personnages historiques qui ont marqué l’établissement de notre « beau et grand pays » sur ce continent, soit. Ils ne sont malheureusement pas les seuls à être affligés de cette myopie contextuelle. Cependant, ce n’est pas en changeant le nom d’un édifice ou d’une rue et en maquillant des armoiries que ces funestes actions seront corrigées. Nos « nouveaux historiens » ont beau se draper dans leurs braillants discours d’excuses, ces coups médiatiques puent l’entreprise de relations publiques primaire. D’ailleurs, les représentants des communautés spoliées — qui en ont vu bien d’autres — ont accueilli plutôt tièdement ces confessions aussi tardives qu’opportunistes. En ce sens, ils attendent maintenant, avec raison, de voir quel impact ces déclarations jovialistes auront réellement sur le terrain des inégalités, des comportements et des attitudes souvent séculaires.

Les perdants de l’Histoire ont rarement voix au chapitre. Ils passent maintenant, au mieux, d’adversaires ou d’indésirables à victimes, ayant ainsi droit à des excuses aussi plates qu’officielles. Nos élus devraient s’appliquer à faire l’Histoire actuelle par des actions concrètes qui iront au-delà de l’image, plutôt que de se donner bonne conscience — y récoltant au passage certains avantages politiques — en gommant certains passages jugés aujourd’hui incorrects. Garder et préserver le passé en mémoire, avec une vision critique et une analyse contemporaine pour éviter de le reproduire et, surtout, s’en servir pour apporter les correctifs qui s’imposent à notre époque. Voilà un beau programme qui aurait le mérite, lui, de passer… à l’Histoire !

9 commentaires
  • Loraine King - Abonnée 15 septembre 2017 01 h 12

    Les honneurs

    Ériger un monument, nommer un édifice ou une rue pour honorer un personnage est une affaire bien délicate. L'histoire est aussi faite de monuments détruits, parfois violemment. Ce n'est pas taire l'histoire de détruire, disons la colonne Nelson à Dublin, c'est écrire l'histoire. Changer le nom d'une rue est un bien petit geste. Il faudra faire beaucoup plus.

    Préserver l'histoire c'est préserver la correspondance d'Amherst concernant la transmission du virus de la variole, ou un lieu comme Auschwitz, etc.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 septembre 2017 14 h 02

      Je me souviens du sens de cette citation, j'en oublié qui en est l'auteur - il s'agit d'un politique important, j'oublie même de quelle époque. L'idée (j'ai aussi oublié le verbatim) était la suivante:

      Le personnage ne voulait pas qu'on érige de statue de représentant et lorsqu'on lui a demandé pourquoi il a répondu:

      "Je préfère que l'on se demande pourquoi il n'y a pas de statue de moi plutôt que de se demander pourquoi il y en a une."

    • Robert Beauchamp - Abonné 15 septembre 2017 18 h 43

      Quarante millions ont servi au nouvel éclairage du Pont Jacques-Cartier qui ont plus d'effet sur une carte postale que dans la réalité. Il aurait été préférable de consacrer ces 40 millions en-dessous du pont que sur le dessus, c.a.d. en faveur des itinérants dont plus de 10% d'entre eux sont autochtones et qui trouvent refuge dans ce secteur.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 septembre 2017 22 h 55

      3ème coquille: enlever le dernier mot "une".

      Ha! Aller trop vite avec l'instantané de l'électronique, une tentation - c'est si facile - généralement j'arrive à me discipliner - relire, prendre son temps, réfléchir plus avant d'appuyer sur le fatal "envoyer" pour répandre ce message que peut-être quelqu'un pourra repêcher dix ans plus tard et utiliser contre moi si je veux un jour faire de la politique, mais il m'arrive quelquefois d'aller quand même trop vite.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 15 septembre 2017 09 h 18

    Excellente perception de la situation.
    Finalement on a les politiciens qu'on mérite et finalement très peu de femmes ou d'hommes d'État.
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 15 septembre 2017 11 h 40

    Que d'Iberville ait refusé de respecter les obligations de sa paternité, que Claude Jutras ait été pédophile, que Jean Talon ronflait au lit ou que Champlain ne se brossait pas les dents, tout cela n'a aucune importance.

    Ce qu'on honore, c'est leur œuvre. Pas l'être humain. On honore ce qu'ils ont fait de bon ou de bien pour nous tous.

    Cette commémoration sert nous dire 'voilà comment des gens issus de cette nation peuvent être grands'. Bref, c'est un appel au dépassement.

    D'autre part, qu'on oblitère les noms de nos conquérants (Amherst, Wolfe, etc.), cela est la moindre des choses pour tout peuple qui se respecte.

    Leur place est exclusivement dans nos manuels d'histoire, où leurs actions seront mis en perspective.

    • Loraine King - Abonnée 15 septembre 2017 13 h 31

      On peut trop souvent n'honorer qu'un aspect de leur oeuvre, celui qui fait dire 'voilà comment des gens issus de cette nation peuvent être grands'. CBC-Radio (As It Happens) nous en offre un parfait exemple avec cet entrevue de Shashi Tharoor, député du parlement indien et auteur d"Inglorious Empire: What the British Did to India".

      http://www.cbc.ca/radio/asithappens/as-it-happens-


      Winston Churchill a fait de grandes choses pour lesquelles il est bien connu. Mais peu de personnes savent que Churchill était raciste, qu'il ne s'émeuvait pas du fait que ses décisions contribuaient à des famines coûtant la vie à 4,3 millions d'Indiens lors de la Grande Famine du Bengal (1943-44). Qu'en prenant connaissance des rapports montrant l'ampleur de cette catastrophe il a écrit dans la marge 'Pourquoi Gandhi n'a-t-il pas périt?'

      On n'enseigne pas l'histoire des catastrophes causées par l'impérialisme britannique au Royaume-Uni, pas une ligne, mais les Britanniques adorent les belles paroles de Churchill. Il est un des plus grands de l'histoire de ce pays.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 15 septembre 2017 14 h 46

      Merci Mme King, pour cet excellent commentaire.

      Puisque vous vous intéressez à la brutalité de la colonisation anglaise, permettrez-moi de vous suggérer la lecture du texte "L’époque troublée du premier Irlandais au Canada".

      Il s'agit d'un simple colon arrivé au Canada en 1661, soit quatre ans avant mon propre ancêtre (Honoré Martel). Le texte porte exclusivement sur les raisons qui l'ont amené au Canada (justement, fuir la sauvagerie des armées anglaises, pire en Irlande qu'en Inde).

      Sa vie à Montréal (dont je n'ai pas parlé) est toute aussi intéressante et symbolise le courage extraordinaire de nos ancêtres.

      Si j'étais ministre le l'éducation, je demanderais qu'on consacre à ce celte francisé tout un chapitre de notre histoire.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 15 septembre 2017 17 h 12

    Le Livre noir

    Oui, les perdants de l’Histoire ont rarement voix au chapitre. Mais surtout ils goûtent à la médecine des vainqueurs pendant des siècles. En ce qui concerne en particulier le sort des francophones du Canada depuis 1763, lire la trilogie « Le Livre noir du Canada anglais » de Normand Lester. Vous en sortirez dégoûtés.