Le mieux est l’ennemi du bien

Messieurs Brault et Loft, du Conseil des arts du Canada, reconnaissent que la libre appropriation a joué un rôle essentiel dans le développement des arts. Mais à la vue des torts historiques que les migrants européens ont fait subir aux nations autochtones dans ce qui est aujourd’hui le Canada, ils estiment souhaitable de faire exception à la libre appropriation en ce qui concerne les codes artistiques des Premières Nations. Tout projet d’appropriation devrait être soumis au regard des communautés concernées, à leur approbation plus ou moins explicite.

Je crains que ces bonnes intentions aient un effet contraire à celui recherché. Les artistes non autochtones ne voudront plus aborder des formes ou des thèmes qui touchent aux Premières Nations. Ou alors ils se censureront de façon subtile. Ainsi verra-t-on se perpétuer l’étanchéité des codes et l’absence de confrontation artistique dynamique. Le mieux est ici l’ennemi du bien.

Si les codes artistiques prennent naissance dans une culture, ils n’en prétendent pas moins à l’universalité. L’histoire abonde en exemples de transferts de codes artistiques : la sculpture égyptienne réinterprétée par les Grecs ; les règles de la sculpture classique empruntées par les Romains au Grec Polyclète ; la fresque de la Renaissance empruntée aux Romains ; l’Inde et son architecture venue du Moyen-Orient ; les créations sur porcelaine passées des Chinois aux Européens ; les estampes japonaises comme influence des impressionnistes ; la figuration africaine dans l’art de Picasso ; le jazz, musique africaine transformée à l’américaine ; la bande dessinée japonaise aux racines européennes ; l’art contemporain chinois aux allures occidentales. Aucun artiste n’a demandé la permission d’opérer ces transferts.

2 commentaires
  • Gilbert Turp - Abonné 14 septembre 2017 07 h 31

    Bravo pour la nuance

    S'approprier la culture amérindienne après s'être approprié leur territoire et avoir fait interdire leurs langues est bien sûr indéfendable, mais comme vous, j'ai un malaise face à l'idée de priver des créateurs de leur liberté de créer comme ils veulent. C'est très délicat et c'est pourquoi je dis bravo à votre nuance.

    Enfin, le cas le plus patent d'appropriation culturelle actuel est bien celui des netflix et Spotify de ce monde qui volent littéralement le travail des artistes et ne rendent rien en retour pour assurer l'épanouissement des cultures.

  • Céline Delorme - Abonnée 14 septembre 2017 09 h 41

    Bravo

    Je suis bien d'accord avec M Aubin: cette censure du conseil des Arts est ridicule.
    En plus des excellents exemples cités par M Aubin, on pense à la grande peintre Emily Carr, qui verrait ses oeuvres interdites aujourd'hui?
    On pense aussi à l'écrivaine Nancy Houston, dans son oeuvre "Cantiques des plaines" (prix du gouverneur général) qui décrit le personnage d'une amérindienne qui pratique "l'amour libre" personnage touchant et lumineux. Ce personnage serait probablement censuré par un comité gouvernemental...
    Aussi le film: "Rumble" actuellement à l'affiche qui décrit la contribution des autochtones aux débuts du jazz et rock, ce film est-il autorisé par toutes les communautés mentionnées? .....
    Les exemples d'oeuvres magnifiques qui seraient censurées aujourd'hui sont très nombreuses.