Les maux de l’été

L’été qui s’achève aura été pénible au Montréalais. Cônes orange, déviations, congestion, bruit, poussière, lenteur sont quelques-uns des mots qui décrivent notre misère citoyenne des dernières semaines. Nous sommes restés impuissants à la faire entendre et à la bannir. Mais quand la réalité exagère, le langage s’enrichit. C’est ainsi qu’ont commencé à circuler sur l’île et ses abords certaines expressions exutoires. En voici quelques-unes :

Donner les clés de la ville. L’expression fait référence à l’impression générale que le maire a livré la ville à la Construction, avec pleine liberté. Dans la vie courante, on a de plus en plus recours chez nous à elle pour dire que quelqu’un a donné de façon irréfléchie. Entendu dans l’autobus 55 : « Il était tellement fou de sa voisine qu’il lui a donné les clés de la ville. »

S’ennuyer de ses cônes. Expression qui tend à remplacer « s’ennuyer de sa mère », tombée en désuétude, qui se disait même quand la mère en question n’évoquait rien d’attachant ou de réel. Être perturbé. Entendu dans le métro, ligne orange : « Elle passait de longues heures chez le coiffeur, à s’ennuyer de ses cônes. »

Voir des pépines partout. Allusion au trop grand nombre d’excavatrices qui ont envahi les rues montréalaises. Au figuré, l’expression dénonce toute forme d’obsession ou d’abus. Entendu au marché Jean-Talon : « Son patron lui fait voir des pépines partout. »

Chercher son trou. Allusion aux innombrables chantiers vacants. Ne pas avancer. Entendu à la radio : « Le dossier des salles d’attente cherche son trou. »

Ne pas compter les détours. Variante moderne de « ne pas compter les tours », utilisée autrefois quand on se visitait sans manière. Prise au propre, l’expression vise dérisoirement la circulation dans les rues de la ville, mais au propre elle donne espoir. Persister. Entendu au parc Lafontaine : « C’est un tremble centenaire. Il n’a pas compté les détours. »

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