Les ennemis de mes ennemis...

J’ai été assez estomaquée ce matin de voir que Le Devoir a soudain rejoint le festival médiatique « spontané » de célébration de la droite vénézuélienne. Influence de l’Agence France-Presse à la source de laquelle il s’abreuve un peu trop ? Les échecs et les dérives dangereuses de Maduro semblent avoir effacé d’un coup de baguette magique ceux de l’opposition politique locale, une bande certainement pas moins vautours ni moins corrompue et mafieuse que le gouvernement qu’elle pourfend devant une communauté internationale attendrie aux larmes par la violence faite au libre marché — et certes, accessoirement, à la population locale.

Le Devoir aurait-il rapporté ainsi, sans aucune distance critique, les propos d’une femme déplorant des politiques ayant « installé des désirs de revanche parmi les plus pauvres » si l’interviewée avait été une représentante, même modérée, du Parti républicain américain ? Je supplie mon journal de rester un peu mieux fidèle aux idéaux de justice et d’objectivité dont je le crois toujours habité.

Réponse de la journaliste

 

Dans sa couverture de l’actualité vénézuélienne au cours des trois derniers mois, Le Devoir s’est adressé à une multitude d’intervenants, d’horizons divers. Devant une réalité hautement polarisée, il va de soi que les propos que nous rapportons ne font pas l’unanimité. Dans l’entrevue en question, nous laissons une figure de l’opposition vénézuélienne commenter des faits. Nous n’avons pas manqué de situer cette personne sur l’échiquier politique ni de mentionner la controverse dont elle a fait l’objet. Votre liberté de lectrice de ne pas être d’accord avec ses propos — et de le faire savoir — demeure fondamentale. Notre devoir de journaliste en est un d’honnêteté, nous ne croyons pas y avoir ici manqué.

 

Sophie Mangado
Le 11 août 2017
3 commentaires
  • Pierre Fortin - Abonné 12 août 2017 10 h 56

    Madame Mandago,


    Je ne doute aucunement de votre intégrité ni de votre volonté de bien informer les lecteurs du Devoir sur le dossier chaud du Venezuela. Je partage cependant l'opinion de Madame Dion en ce qui concerne l'usage abusif que fait le Devoir des lignes de presse des agences, dont l'AFP qui s'avère très sélective dans ses choix de publication. Plusieurs informations de grande importance ne convenant pas à son orientation idéologique y sont tout simplement absentes. Je serais même heureux d'en fournir des exemples sur demande.

    La grandeur et la réputation du Devoir depuis sa fondation reposent en très bonne part sur son indépendance, fondement du soutien populaire à son endroit. Je me permets donc de vous suggérer l'audition de l'entrevue qu'a faite la chaîne Telesur de Joan Garcés (ancien conseiller du président Salvador Allende) qui décrit intelligemment le parallèle existant entre la situation actuelle au Venezuela et le contexte de guerre de déstabilisation qui prévalait avant le coup d'état du général Pinochet au Chili avec le soutien de la CIA.

    Joan Garcés est avocat, Prix Nobel alternatif (Suède, 1999) et officier de l'Ordre du Mérite de France (2000) pour ses contributions au droit international dans la lutte contre l'impunité des dictatures. Il a aussi été chercheur titulaire à la Fondation Nationale des Sciences Politiques de Paris, assesseur du Directeur général de l'Unesco et Visiting-Fellow de l'Institute for Policy Studies de Washington D.C.

    Je crois que Monsieur Garcés est hautement crédible et que son point de vue, exprimé le deux mai dernier, mérite une écoute attentive même si l'AFP n'a pas su nous en informer.

    Source : https://www.youtube.com/watch?v=8MYSRuTB1_A

  • Pierre Fortin - Abonné 12 août 2017 11 h 05

    Désolé Madame Mangado

    Pardonnez-moi d'avoir charcuté votre patronyme.

  • Marc Beaudoin - Abonné 12 août 2017 12 h 50

    a/s Sophie Mangado

    Vous devriez lire de temps à autre des médias de gauche comme l'Humanité et écouter des intervenants qui donnent un autre son de cloche des évènements au Vénézuela tels que le journaliste Michel Collon. Le Devoir participe bel et bien à la propagande anti-Maduro depuis plusieurs mois. Le devoir d'honnêteté incite à regarder les 2 côtés d'une médaille...

    Marc Beaudoin
    Val-D'Or, Qc