L’indécente valse des millions

Lettre à MM. Chatigny, Héroux, Larose et Tremblay,

Je suis tout à fait d’accord avec votre appréciation des salaires faramineux de certains sportifs qui illustrent, dites-vous, « une certaine décadence de notre civilisation ». Et vous situez bien cette dérive dans le contexte plus large du « capitalisme sauvage ». Mais quelle ne fut pas ma surprise de voir que les mêmes effets de ce capitalisme sauvage sur les salaires des grands dirigeants trouvaient grâce à vos yeux !

Comment ne pas constater que les deux phénomènes partent de la même dérive ? Comment expliquez-vous que ces hauts dirigeants qui gagnaient 50 fois le salaire moyen des Canadiens, il y a une trentaine d’années, touchent maintenant près de 150 fois ce même salaire moyen ?

Vous dites qu’ils créent des entreprises et des emplois. Certains oui, mais la majorité non. Ce sont des gestionnaires qui prennent la direction d’organisations qui sont solides avant leur arrivée et qu’ils dirigent avec compétence sans doute, mais sans mériter ces émoluments que le capitalisme sauvage leur accorde.

Combien d’emplois pensez-vous que les présidents des grandes banques, y compris Desjardins, ont créés ces dernières années ? Aucun. C’est plutôt le contraire qui s’est produit. C’est pourtant dans les grandes entreprises que le capitalisme que vous qualifiez de sauvage fait les plus grands dégâts qui mènent aux inégalités croissantes que l’on voit partout en Occident. Il n’y a que quelques grands sportifs qui gagnent des salaires excessifs. Il y a des milliers de grands dirigeants dont les salaires ont explosé ces dernières décennies.

Et quelle idée de mettre dans le même panier les présidents des banques, les infirmières, les employés d’usine, les préposés, etc., sous prétexte qu’ils assument tous des responsabilités personnelles. La question n’est pas là.

La question est de savoir pourquoi les 7 dirigeants des grandes banques canadiennes gagnaient un total de 67,4 millions en 2016 alors que sept infirmières gagnaient un total de 350 000 $ ! Petite différence qui aurait dû vous empêcher de faire ces rapprochements.

Je suis d’accord sur le fait que la valse des millions de certains sportifs est indécente. Mais je suis surpris que la même indécence des salaires de nos grands patrons n’ait pas fait résonner la moindre petite musique à vos oreilles.

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6 commentaires
  • Isabelle Demers - Abonné 7 août 2017 08 h 33

    Solution ?

    Moi, ce que je me demande, c'est quelle est la solution au scandale, si scandale il y a, de la valse des millions versés aux sportifs. L'industrie du sport génère des millards en revenus, grâce à la popularité des différents sports-spectacles. L'industrie du sport est privée. Ces millards s'en vont donc dans les poches de quelqu'un. Les millions versés au joueurs resteraient autrement dans les poches des propriétaires des équipes. Serait-ce moins scandaleux ? Ne peut-on pas considérer que les joueurs ont droit à leur part, puisque c'est eux que le donnent le spectacle, après tout ? S'il y a scandale, et je ne suis pas certain qu'il y ait scandale, il réside peut-être dans les milliards que collectivement, nos sociétés versent dans le sport ?
    Jacques Hardy
    Québec

  • Colette Pagé - Inscrite 7 août 2017 08 h 50

    Et le salaire minimum à 15 $

    De façon surprenante lorsque que l'augmentation du salaire minimum est évoquée nombre d'économistes poussent des cris d'orfraies en prétendant que l'économie en souffrirait et que le nombre d'emplois diminuerait tout en banalisant les salaires faramineux versés à ces dirigeants dotés de pensées et de talents magiques qui se croient irremplaçables.

    Peu nombreux sont les économistes qui proposent de revenir au gros bon sens et de diminuer l'écart entre les plus et les moins payés de façon à réduire ce scandaleux déséquilibre.

    Et si l'on se posait la question qui tue : le dirigeant d'une banque est-il plus utilse à la société qu'une infirmière ? Poser la question, c'est y répondre et cela démontre que dans notre échelle des valeurs, les priorités ne sont pas à la bonne place.

    Si rien n'est fait notre société ressemblerait de plua en plus à la société américaine modèle d'une société à ne pas suivre en regard du capitalisme sauvage, de la recherche de la célébrités et de l'argent qui a produit l'élection d'un Président dont les Pères fondateurs n'auraient jamais imaginé la présence à la tête de l'État.

  • Jean Duchesneau - Abonné 7 août 2017 09 h 17

    Salaire des sportifs vs dirigeants: ne pas confondre!

    Concernant les sportifs, il est erronné de parler de salaire puisque ceux-ci ne sont pas des "employés" devant s'acquiter d'une tâche; ce sont eux "le produit" qui remplit les stades. À l'époque de Maurice Richard, ce qui était scandaleux, c'est que les propriétaires d'équipes et la ligne nationale faisaient des milliards sur le dos des joueurs. La négociation d'un contrat de sportif ne suit rien d'autre que la loi de l'offre et la demande. En période de sécheresse, les fraises coûtent cher car plus rare. C'est la rareté du produit vs la demande qui fixe le prix. C'est cette logique qu'il faut appliquer aux sportifs.

  • René Pigeon - Abonné 7 août 2017 11 h 25

    Si les joueurs acceptent des salaires moindres, où iront les couts épargnés ?

    Si les joueurs acceptent des salaires moindres, est-ce que le prix des billets vont baisser ou est-ce que les propriétaires vont augmenter leurs profits ? Les revenus de télévision ne vont pas être négocier à la baisse en tout cas. Les amateurs de sports acceptent de payer des prix exhorbitants.

    La seule façon de corriger la situation dans l'intérêt public serait que la Ville de Montréal augmente sa "taxe d'amusement" à un niveau permettant de récupérer une partie du gain exhorbitant. Je suppose que la Ville hésitera pour diverses raisons comme ne pas nuire à la ville de Québec qui désire faire transférer un club malgré la résistance du commissaire Betman (voir l'article récent de L'actualité).

    Des professeurs spécialisés dans l'économie des sports commerciaux ont probablement traité cette question.

  • Pierre Raymond - Abonné 7 août 2017 12 h 20

    Parlons aussi de compétence...

    Et si on introduit dans l'équation le facteur COMPÉTENCE, le scandale de ces rémunérations n'en est que plus choquant car les conseils d'administration et de direction de ces entreprises sont parfois le refuge qui sert à récompenser des députés battus à la dernière élection.

    Cette récompense aux p'tits amis est-elle toujours à l'avantage de l'entreprise et de ses actionnaires ? Poser la question...