Formule E: un rappel à l’ordre établi

Même électrique, un char reste un char, et des chars, il y en a trop dans nos rues. Alors pourquoi une nouvelle course automobile, en plein centre-ville de Montréal de surcroît ? Le sport automobile est une activité désuète qu’on n’a plus aucune raison d’encourager, et on peut se demander quelle mouche a piqué l’homme d’affaires Alexandre Taillefer d’accepter d’en être le porte-parole.

S’il fallait absolument qu’il ait lieu, l’événement aurait pu être tenu au circuit Gilles-Villeneuve. S’agissait-il de rappeler la primauté de l’automobile sur les résidants ? Alors qu’on réduit les limites de vitesse sur les boulevards et dans les quartiers résidentiels, qu’on crée des ruelles vertes, qu’on planifie des rues piétonnes et que plusieurs se prennent à rêver d’une ville où la majorité se déplace à vélo, il était sans doute nécessaire de nous rappeler que l’automobile ne cédera pas sa place si facilement.

En cette année électorale, il sera opportun de s’assurer de la cohérence des promesses faites à l’endroit des divers modes de transport. Pour l’instant, on a plutôt tendance à promettre plus de tout : plus de transport collectif, plus de vélos et, si on sait lire entre les lignes, plus d’autos, car on se refuse à toute réduction de l’espace et de l’importance qu’on lui accorde. Cette Formule E tant voulue par notre bon maire est là pour nous le rappeler.

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6 commentaires
  • Guy Mathieu - Abonné 25 juillet 2017 06 h 13

    23 millions de dollars

    Une des seules villes du circuit à y mettre de l'argent.

  • Jacques Morissette - Inscrit 25 juillet 2017 06 h 35

    Arrive en ville...

    Faut croire que ça manque de classe, alors que certains pensent que de faire cet événement en «ville», va donner de la prestance internationale. À moins que ce soit plutôt le contraire qui arrive? Et ne faire que dévoiler un petit côté abject de coloniser.

  • Jean Richard - Abonné 25 juillet 2017 09 h 43

    Peut-on être optimiste ?

    La folie mystérieuse qui s'empare de certains dirigeants, municipaux et provinciaux, quand il est question de bagnoles à batterie est de plus en plus remise en question, même si on tente de mettre les bouchées doubles pour nous faire avaler ce messie de l'environnement, ce sauveur de la planète.

    Il y a encore, mais peut-être de moins en moins, des gens qui croient que tout le discours et les mesures gouvernementales pour promouvoir le char à batterie est alimentée par la vertu, par le souci de l'environnement. C'est qu'il y a des gens qui commencent à comprendre le véritable enjeu de l'opération. Nos dirigeants se sont fait berner par des investisseurs et ils voient déjà le Québec comme le nouveau Detroit de la voiture électrique, comme l'Alberta de l'électricité, sans parler des mines de lithium et de métaux rares largement utilisés dans les polluantes batteries. À leur tour nos dirigeants tentent de berner la population, mais d'une autre façon. La course de chars à batterie, la formule E, fait partie de cette tentative de séduction de la population. Mais soyons optimistes : les billets ne se vendent pas très bien.

    Et le prestige de Montréal ? M. Coderre voit déjà des caméras de télé qui rediffuseront à travers la planète des images saisissantes qui mettront Montréal sur la carte. Bémol : la formule E n'est pas connue (contrairement à la formule 1) et les images qu'on pourra voir à l'étranger seront celles d'une ville des années 50, une ville dédiée à l'autonomobile, une ville qui fait l'éloge du tapage (car ces voitures à batteries émettent un bruit très fort et strident, ce qui sera amplifié par la proximité des murs, une ville sexiste (comme en formule 1, il y aura de jolies dames blondes comme fond de décor), une ville enclavée par l'automobile, bref, tout sauf une métropole moderne et avant-gardiste.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 25 juillet 2017 11 h 49

    100 % d'accord !

    Aucun lien de parenté avec Luc, malheureusement.

  • René Pigeon - Abonné 25 juillet 2017 12 h 26

    Que dira le juge ...

    ... lorsque la police lui demandera d’interdire une manifestation pour le bien commun, avec ou sans trajet déclaré, parce qu’elle cause blocages et retards à la libre circulation des citoyens et travailleurs, si on a toléré les blocages et retards causés par une course inutile ?