Remplacer l’ALENA par une nouvelle entente

Alors que Donald Trump annonce qu’il a l’intention d’obtenir d’énormes concessions de la part de ses partenaires canadiens et mexicains, les organisations sociales et les syndicats québécois et canadiens envoient des messages très clairs à la ministre Chrystia Freeland. Pour le Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC), qui représente une quinzaine d’organisations de la société civile au Québec, l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) n’a pas vraiment rempli ses promesses et le gouvernement canadien ne doit pas s’engager dans une renégociation traditionnelle de cet accord. Une nouvelle approche doit être développée en réponse à Donald Trump.

Depuis la mise en place de l’ALENA en 1993, la croissance économique a surtout profité aux multinationales et aux mieux nantis de nos sociétés. Le RQIC propose de remplacer l’ALENA par une nouvelle entente économique et commerciale soucieuse des droits sociaux et de l’environnement. Une telle entente doit viser l’amélioration des conditions de vie de la majorité.

L’ALENA a été un accord qui a fait école en favorisant la déréglementation de pans entiers de l’économie. Il a créé des déséquilibres en matière de pouvoir, rendant les États frileux à l’idée d’adopter des mesures pour protéger leur population et l’environnement, de crainte d’être poursuivis.

Un nouvel accord devrait assurer une plus grande protection des droits syndicaux et des droits de la personne. Le chapitre xi et son mode de règlement des différends entre investisseurs et État doivent être abrogés. On doit exclure des négociations les services publics (santé, éducation, sécurité sociale, énergie, eau, marchés publics), les entreprises publiques, la culture et l’agriculture.

Il ne s’agit pas de s’opposer en principe aux échanges commerciaux. Le RQIC n’est pas pour la fermeture des frontières. Toutefois, nous nous dissocions clairement des positions de Donald Trump, qui utilise le mécontentement de la population laborieuse américaine à l’endroit de l’ALENA pour réduire les droits sociaux et s’en prendre au monde du travail.

De véritables débats publics doivent se faire au Canada et au Québec avant l’adoption de l’ALENA. Les consultations en cours ne sont pas suffisantes. La consultation de la société civile et le débat public tout au long des négociations est une condition essentielle de la renégociation de l’ALENA.

5 commentaires
  • Pierre Deschênes - Abonné 24 juillet 2017 06 h 14

    Élargir le cercle - ou le carré de jeu

    Parfaitement d'accord avec vous, Monsieur Cameron, que le débat public et la consultation de la société civile soient parties prenantes des négociations entourant ces accords. En tout respect pour le premier ministre du Canada et son entourage, il n'en demeure pas moins inacceptable qu'une poignée de personnes désignées prennent à elles seules des décisions d'importance dont les impacts vont être ressentis par les citoyens d'un pays entier pendant des décennies.

  • Michel Thériault - Abonné 24 juillet 2017 07 h 12

    Je souscris à cette approche...

    Je souscris à cette approche

  • Michel Thériault - Abonné 24 juillet 2017 07 h 21

    Je souscris à cette approche...

    Je souscris à cette approche car, une intensification des droits et privilèges accordés aux financiers et au commerce ne peuvent qu'accroitre le déséquilibre, déjà trop grand, entre les intérêts de l'infime minorité de super riches et ceux des citoyens travailleurs. Le paragigme trompeur en vertu duquel il faut créer de la richesse pour pouvoir la distribuer, est un sophisme pervers et mensonger. La richesse, elle est là. C'est maintenant qu'il faut la partager.

    L'économie doit être au service des gens et non l'inverse.

    Michel A. Thériault

  • Jean-François Trottier - Abonné 24 juillet 2017 09 h 20

    Un accord de paresseux sans imagination

    L'ALENA, et toute autre entente globale que pourront pondre des négociateurs déjà vendus à une certaine vision du libre-échange, est nettement faity pour détruire la notion de pays et de frontière.
    Ne reste au bout du compte que les susceptibilités des électeurs, que les politiciens respectent en autant que ça rapporte des votes. "On" ne veut pas être américain et va-t-en-guerre ou "on" ne veut pas être une "moumoune canadienne", donc les frontières sont là pour faire plaisir... et faire peur aux vacanciers une fois ou deux par année.

    Reste la culture... mon oeil! Si ce n'était du fait que beauoup de québécois parlent français, isolation naturelle qui s'effrite d'heure en heure, tout ce petit monde conjugue plus facilement Frozen ou Hunger games que n'importe quelle oeuvre canadienne.
    La gestion de l'offre, elle, est un dernier bastion, disons une bataille d'arrière-garde et un symbole que les politiciens aiment bien nous mettre sous le nez pour cacher leur démission devant leurs propres responsabilités.

    Toute entente d'échange libre ou non doit absolument permettre de favoriser l'autarcie économique et politique de chaque région, ce qui n'est pas antinomique à un libre-échange à la condition d'accepter le principe de la balance financière compensatoire plutôt que leur fichu chaos commercial ou leurs interminables débats devant des tribunaux et autres instances.

    Elle devrait aussi tenir compte de la distance pour favoriser les marchés de proximité, et se développer selon des profils particuliers selon les grandes régions plutôt que cette non-négociation qui ressemble de plus en plus à l'instauration d'un Empire.

    L'ALENA est un déni du droit des gouvernements à légiférer sur leur propre production, commerce et surtout environnement, étant entendu que "le marché se régule lui-même" et qu'il a réponse à tout. Wow!

    On a le choix : on complique la vie des négociateurs, ou bien nous abdiquons immédiatement toute valeur lie à la démocratie.

  • Pierre Raymond - Abonné 24 juillet 2017 14 h 46

    Poursuites judiciaires...

    Je ne souscrirai jamais à un traité de libre échange dans lequel il est prévu que les multinationales peuvent poursuivre les gouvernements. Jamais.