L’enterrement de première classe d’un cimetière

Entretenir un discours haineux contre l’islam est une chose, empêcher le projet de cimetière musulman dans Saint-Apollinaire en est une autre. À cet effet, 49 riverains potentiels du cimetière dans cette municipalité de 6000 habitants ont procuré un « enterrement de première classe » au projet, 19 votant contre, 16 pour.

À mes yeux, il y a quelque chose de « bizarre » dans le fait qu’on empêche une communauté quelconque, qu’elle soit musulmane ou autre, d’enterrer ses morts sur un terrain légalement acquis sous le simple prétexte qu’elle soit musulmane. En effet, comment un lieu réservé à des morts et à qui on souhaite qu’ils reposent en paix constitue-t-il un danger public quelconque ?

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard a fait adopter en juin le projet de loi 122, qui accorde plus de pouvoirs aux élus municipaux — et qui permettra notamment aux municipalités d’être exemptées de l’obligation de tenir ces référendums si elles se dotent d’une « politique de participation publique ». Toutefois, ce futur cadre de « politique de participation publique » n’est pas encore connu.

Or, des leaders de la communauté musulmane de Québec veulent maintenant demander aux élus d’invoquer les dispositions de la nouvelle loi adoptée le 15 juin et de ramener le projet au conseil municipal aussitôt que le cadre de cette politique sera défini par Québec…

Une saga qui risque de rebondir !

28 commentaires
  • Eric Vallée - Inscrit 21 juillet 2017 00 h 23

    Parlant de cimetière

    Le cimetière Saint-Grégoire-de-Nazianze, situé à Buckingham, a été vandalisé à deux reprises dans les dernières semaines. À part les journaux locaux en Outaouais, les autres médias n'en parlent pas. Un lourd silence qui en dit long... La mosquée de Québec reçoit un colis? Le premier ministre s'en mêle. Un cimetière catholique est vandalisé, ça m'émeut personne.

    • François Beaulne - Abonné 21 juillet 2017 09 h 57

      Vous avez raison d'attirer notre attention sur ce pillage d'un cimetière catholique, tout aussi répréhensible que les affronts aux lieux de respect des autres religions. Deux poids, deux mesures de la part des autorités et des médias! Serait'il maintenant devenu suspect de faire partie de la majorité silencieuse qui, elle aussi, demande qu'on la respecte.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 juillet 2017 13 h 57

      Il est normal de réprimer plus sévèrement les crimes haineux que les simples méfaits. Briser un monument funéraire simplement par stupidité est une chose. Briser le même monument funéraire parce qu'on déteste le groupe ethnique auquel vous appartenez en est une autre.

      C'est différent parce que la haine a un début mais n'a pas de fin. Et pour éviter qu'elle fasse tâche d'huile les forces répressives de l'État doivent s'y attaquer impitoyablement.

      Lorsqu'on laisse faire, la société glisse lentement vers les abîmes qu'on a connu dans les années 1930.

      Et à l'époque, certains prenaient plaisir à convaincre la majorité qu'elle était victime de sa minorité. Avec le résultat qu'on sait.

    • Marc Lévesque - Inscrit 21 juillet 2017 14 h 30

      "Un cimetière catholique est vandalisé, ça m'émeut personne."

      C'est sur que le vandalisme d'un cimetière n'est pas une bonne chose mais votre comparaison n'a pas de sens.

      D'un côté, un colis haineux de menaces faites aux Musulmans à l'endroit même ou il y a eu une fusillade et 6 morts. De l'autre côté, du vandalisme de la nature qu'on en voit souvent commis par de jeunes délinquants.

    • Christiane Gervais - Abonnée 22 juillet 2017 12 h 58

      En vous basant sur quelle réalité, Jean-Pierre Martel, décrétez-vous que du vandalisme dans un cimetière autre que musulman est un fait divers alors que dans un cimetière musulman ça devient un crime contre l'humanité? Que savez-vous de ceux qui ont vandalisé le cimetière chrétien?

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 juillet 2017 15 h 13

      À Christiane Gervais : Très bonne question.

      Les tribunaux, qui sanctionnent plus sévèrement les crimes haineux, les distinguent au fait que le méfait du crime haineux s'accompagne d'un message destiné à offenser ou à menacer la cible humaine du crime haineux.

      En somme, la cible réelle d'un crime haineux n'est pas l'objet saccagé, mais les personnes détestées à qui le message s'adresse.

      En d'autres mots, des pierres tombales chrétiennes saccagées sont un fait divers sauf si ce saccage s'accompagne d'un graffiti dans le style "Morts aux sales Catholiques. Retournez donc chez-vous".

  • Pierre Grandchamp - Abonné 21 juillet 2017 06 h 19

    Que les gens de Québec mettent leurs culottes!

    Les musulmans de ce coin-là vivent à Québec. Je comprends facilement que les gens de St-Apollinaire aient refusé que des gens d’ailleurs viennent enterreur leurs morts chez eux.

    Que le maire de Québec mette ses culottes! Pourquoi pas un cimetière à Sillery, St-Roch, Cap Rouge?

    Que diriez-vous si on installait un cimetière, dans votre quartier, pour des hindouistes?

    • André Labelle - Abonné 21 juillet 2017 11 h 48

      Rien !

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 juillet 2017 14 h 00

      À Pierre Grandchamp :

      Les vivants sont beaucoup plus dangereux que les morts. À votre place, je cesserais de regarder les films d'horreur.

    • Stéphanie Deguise - Inscrite 21 juillet 2017 18 h 17

      Je ne conçois pas que ça puisse déranger quelqu'un.

    • Michel Blondin - Abonné 21 juillet 2017 21 h 10

      La gestion des morts comme de la vie est une question de droit de société. Ce droit est exercé par les tribunaux et les organismes d’État et repose sur des lois diverses telles le Code civil, la common law, les lois d’urbanisme, le code des villes, etc.
      Si plusieurs réagissent, c’est qu’ils sentent sous l’aspect débonnaire, une forme de peur mortifère.
      Imaginez si la gestion de ces droits était sous la férule et la responsabilité d’iman ou de chef religieux hindouiste. On parle de code de droit de la sharia et des codes religieux ou de toutes autres règles religieuses.
      Nous avons décidé de séparer l’aspect religieux de l’État, non seulement il faut être conséquent, mais aussi, cohérent.
      L’excès n’est jamais visible pour se profiler. Quand elle est installée à demeure, tous le regrettent sauf les zélotes.

      Le film d’horreur existe réellement et date d’avant le 11 septembre. Avec égards, ceux qui veulent revenir au moyen âge, ne sont pas de ce monde ou ne sont pas du monde.

    • Marc Lévesque - Inscrit 22 juillet 2017 10 h 26

      Les horreurs existent vraiment, mais la religion n'implique pas le recul en arrière tout comme l'athéisme n'implique pas le retour de Joseph Staline ou de Mao Zedong.

  • Jacinthe DiGregorio - Abonnée 21 juillet 2017 06 h 55

    Cimetières

    Ou enterre-t-on les musulmans morts depuis des dizaines d'années? Depuis quand cette question de cimetière est-elle devenue un problème?

    • Marc Lévesque - Inscrit 21 juillet 2017 14 h 12

      "Depuis quand cette question de cimetière est-elle devenue un problème?"

      Pour la plupart des Musulmans depuis toujours, pour la plupart des autres c'est seulement depuis que les médias en parle.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 juillet 2017 08 h 16

    ... bizarre ?!?

    « Entretenir un discours haineux contre l’islam est une chose, empêcher le projet de cimetière musulman dans Saint-Apollinaire en est une autre. » ; « À mes yeux, il y a quelque chose de « bizarre » dans le fait qu’on empêche » (Henri Marineau, Québec)

    En effet, c’est comme « bizarre » mais, si on se fie à cette référence (A), risque-t-on de comprendre et de saisir l’importance de ce qui se déroule sous nos yeux ?

    Vraiment comme …

    … bizarre ?!? - 21 juillet 2017 -

    A : http://www.journaldemontreal.com/2015/04/25/un-cim (En passant, on-dit de ce site qu’il serait géré par le Centre islamique du Québec, oups !).

  • Michel Blondin - Abonné 21 juillet 2017 09 h 03

    La gestion de la vie et la mort de l'État doivent demeurer laïque

    Avant d’être un danger quelconque, enterrer ses morts sur un terrain quelconque, tout comme construire un édifice quelconque, exige dans toute société civilisée un droit de le faire. À Alger, New York ou Hong-kong, c’est une obligation.

    La loi sur l’urbanisme exige ce droit. Aucune municipalité ne voulait sauf une.
    Il fallait modifier le zonage qui suit un cheminement normalisé. Le référendum consultatif possible n’a jamais force légales. D’où, le ridicule d’enlever cette consultation par la nouvelle loi 122 mentionnée et de remplacer le tout par « on se sait quoi » et dont des gens au pouvoir réclamaient l’abolition, à mauvais titre.

    La population concernée selon la loi a donné son avis. Point à la ligne.

    Alors, une promesse d’achat ou un achat d’un terrain dans ces conditions est un geste risqué de nature privée. En conclure une généralité « qu’on empêche une communauté quelconque, qu’elle soit musulmane ou autre, d’enterrer ses morts sur un terrain légalement acquis sous le simple prétexte qu’elle soit musulmane » est un peu fort !
    S’il y a « chose bizarre » c’est le fait non médiatisé que depuis cinquante ans nous déconfessionnalisons les institutions publiques pour séparer l’église de l’État. Elle était, on l’a drôlement vécu, partout. Au point tel que Radio-Canada, en français, réglait ses émissions sur l’horaire du chapelet avec le Cardinal tous les soirs.

    C’est par des droits aux privilégiés et surtout discrètement pour ne pas être enterrés avec ces Canayens que les cimetières se sont diversifiés dans la cour des églises dès 1763.
    Comme peuple ouvert nous devons déconfessionnaliser les cimetières plutôt que les rendre exclusifs. Fini les privilèges religieux. L’Égalité des citoyens devant la vie et la mort est une gestion de l’État qui date de l’ordonnance dite Villiers-Cotterêts de François 1er en 1539. L’État romano civiliste doit séparer l’État de la religion tout comme elle doit faire une séparation à la Montesquieu des pouvoirs.

    • Marc Lévesque - Inscrit 21 juillet 2017 14 h 48

      M. Blondin,

      "Il fallait modifier le zonage qui suit un cheminement normalisé"

      Il n'y a pas eu de changement de zonage:

      "Établissement d’un cimetière à cet endroit loin du centre-ville, entre une zone industrielle et une zone agricole, ne nécessitera toutefois pas de changement de zonage."

      http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1017892/cimeti

      Le lot fait même parti des terrains du cimetière Harmonia.

    • Michel Blondin - Abonné 21 juillet 2017 22 h 03

      M Lévesque,
      La référence est en février 2017. Le maire disait qu’il pouvait procéder sans problème. Erreur du maire?

      Si la ville a fait un référendum, c’est qu’elle ne pouvait faire un changement d’usage quelconque autrement et sans l’autorisation préalable de la population. Un processus qui va jusqu’au référendum.

      Le registre à cet effet, lors d’un projet de règlement modifiant l’aménagement du territoire est un changement de zonage, a été signé par le nombre requis de citoyens pour faire une consultation populaire. La loi sur l’aménagement et l’urbanisme du Québec, A-19.1 (avant 2017) que vous pouvez consultez est claire.


      Ce que j'ai écrit est des plus pertinents et relié aux articles de la loi elle-même.

    • Marc Lévesque - Inscrit 22 juillet 2017 10 h 10

      Merci M. Blondin,

      Après un peu plus de recherche je comprends mieux maintenant.

      "Le maire disait qu’il pouvait procéder sans problème. Erreur du maire?"

      Je crois que le maire voulais dire que la question de zonage n'était pas problématique car le terrain, qui appartient à l'entreprise funéraire Harmonia dans le but d'être utilisé comme cimetière, était loin des résidences, longeait la route 20, avec un terrain industriel d'un côté et un terrain agricole de l'autre.

      Dans ce context je ne crois pas que c'était en soit une erreur du maire de croire ce printemps qu'il n'y aurait pas assez de gens qui signerait le registre pour forcer une un mini-référendum simplement parce que le terrain allait être utilisé par des Musulmans plutôt que par des Catholiques.