Être immigrant dans son propre pays

Depuis plusieurs années, même si je suis citoyen canadien depuis toujours, j’ai l’impression d’être immigrant dans mon propre pays. Mes parents viennent de la Corée du Sud et sont arrivés ici il y a maintenant 50 ans. Je n’ai jamais eu l’impression de venir d’ailleurs, sauf depuis quelques années, alors qu’un clivage entre les gens d’ici et les autres s’installe insidieusement. Pour la première fois de ma vie, j’ai entendu un jeune homme dire à une femme de retourner dans son pays. Oui, oui, ici à Montréal, pas dans le pays de Donald Trump. Est-ce qu’une vague d’extrême droite se prépare ici aussi, je ne sais pas, mais il est temps de s’attaquer au problème maintenant avant que cela ne dégénère.

Mes parents me parlent souvent de la Corée et de la division créée par la guerre froide. J’ai de la difficulté à imaginer un même peuple se séparer pour des chicanes qui les dépassent eux-mêmes. Prendre sa place, c’est une chose, mais imposer une place à l’autre, c’est autre chose.

J’aime le Canada et le Québec et comme tout le monde, je comprends la réalité de plus en plus concrète de la radicalisation. Les communautés doivent agir ensemble pour ne pas laisser monter les préjugés. Les partis politiques, tous les partis politiques, doivent faire un examen de conscience. L’exemple part d’en haut. On a tous un devoir moral d’agir et de se rapprocher de l’autre.

Je n’aime pas penser que je ne suis pas à ma place ici. Quand on fait des remarques à une personne par rapport à sa culture, on la heurte profondément. On est tous humains et jamais on n’a résolu un problème sans une bonne communication ! Les médias y ont aussi un rôle à jouer.

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11 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 13 juillet 2017 01 h 35

    Le peuple Québécois est le plus accueillant au monde!

    Je suis fatiguée d'entendre les plaintes de racisme, ad nauseam, de la part de quelques immigrants. Les Québécois sont le peuple le plus accueillant au monde. Le premier juif pratiquant jamais élu à une assemblée législative au Canada était Ezekiel Hart, élu député de Trois-Rivières le 11 avril 1807, pendant que l'université Mc Gill refusait d'intégrer les étudiants juifs. Contrairement aux Anglo-Saxons, les Québécois ont épousé les autochtones en grands nombres. De plus, Normand Brathwaite, un noir, à dit: « Le Québec est l'endroit le moins raciste au monde. »
    Il faudrait que les immigrants fassent aussi leur part de s'intégrer au lieu d'exposer leurs différences en portant des habilles ostentatoires provenant du 7e siècle.

    • Bernard Terreault - Abonné 13 juillet 2017 08 h 00

      Cette fois-ci vous déraillez Madame Alexan. Le Québec n'est ni l'Enfer ... ni le Paradis. L'auteur de la lettre ne faisait qu'exprimer ses impressions, justifiées ou non.

    • Joane Hurens - Abonné 13 juillet 2017 09 h 08

      C'est bien beau tout ça mais ça ne change au rien au quotidien de l'auteur qui se fait apostropher parce qu'il a l'air de venir d'ailleurs. La moindre des choses serait de manifester un minimum de sympathie pour ceux et celles qui ont le malheur de rencontrer des imbéciles qui rendent la vie misérable à des gens qui ne demandent qu'à vivre en paix. M. Sinon ne dit pas autre chose. Il ne s'agit pas d'attaque contre les Québécois mais d'un témoignage. Le reconnaître n'est pas dire que les Québécois sont racistes mais c'est entendre un appel à une certaine humanité. On ne peut malheureusement renvoyer les imbéciles "chez eux" parce que leur pays semble être partout. Reconnaissons donc qu'il y en a ici aussi et qu'ils empoisonnent le quotidien de nos concitoyens. La bonne conscience ne doit pas nous rendre sourds aux appels de personnes qui soufrent du manque de savoir-vivre ensemble ambiant.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 13 juillet 2017 09 h 16

      @M. Terrault

      "Cette fois-ci"?

      Mais ça fait des mois. Il y a une sursensibilité envers la critique qui empêche toute remise en question et fait basculer toute discussion autour de faits (discrimination en emploi, incidents haineux, populisme) à de grandes questions idéologiques où il faut être "avec le peuple" ou un "idiot utile".

      Plusieurs se cramponnent à quelques anecdotes qui cachent la forêt, et réagissent à des études plus systémiques en criant à l'autoflagellation. Bon sang, ça dure depuis des années, si bien qu'il devient impossible de réfléchir à la question avec nuance.

      Cette polarisation encouragée est véritablement délétère pour notre discussion démocratique. Il faudrait changer de sujet à un certain point, plutôt que de multiplier les slogans vides....

    • Marc Therrien - Abonné 13 juillet 2017 10 h 34

      Il fait partie de la capacité d'être accueillant de pouvoir accepter que l'autre, pour toutes sortes de raison qui lui sont bien siennes, réagisse parfois de façon timorée à nos demandes empressées de s’intégrer. M. Sinon aborde un peu ce sentiment d’extranéité que peut parfois éprouver l’étranger qui arrive ici de l’étranger et qui peut poser une barrière à son intégration. Ce sentiment peut s’exprimer comme suit : « Qu’est-ce que je fais ici, ce monde n’est pas pour moi ».

      Marc Therrien

    • Jacques Tremblay - Inscrit 13 juillet 2017 11 h 11

      Le Québec fait certainement partie des pays les moins racistes mais surtout uns des moins sexistes du monde ce qui n'est pas rien car cela touche filles, mères, sœurs, belles-sœurs, tantes et amies soit statistiquement plus de la moitié de notre humanité. On n'a qu'à regarder comment ça se passe ailleurs où les femmes sont systématiquement privées d'éducation et ça c'est quand elles ne se font pas garrocher des roches sur le chemin de l'école alors qu'ici nos Facultés universitaires les plus prestigieuses donnent accès, en reconnaissance de leurs mérites académiques, à plus de femmes que d'hommes. Il y aura toujours quelque part un imbécile qui dira à une femme de retourner dans sa cuisine voire encore à une personne même native d'ici de retourner dans un pays qu'elle n'a finalement jamais réellement connu cependant tous les deux ont droit à l'égalité de leurs chances pour s'instruire et avoir une certaine forme de contrôle sur leur avenir respectif. À ne regarder systématiquement que l'arbre on ne perçoit plus l'évidence de la forêt qui a pourtant été jardinée depuis des générations par l'ensemble des Québécois. Qu'on soit femme, fils ou filles d'immigrants ou de Premières Nations avoir un ADN sensible au point de monter en épingle une situation et de sentir le besoin de l'écrire dans un journal ne fait que heurter l'ensemble de la population qui croit à l'égalité des chances pour toutes et tous et va finalement à l'encontre des objectifs visés, je l'espère, par vos propos. Lorsque vous dites que pour la première fois de votre vie vous avez entendu un jeune homme dire à une femme de retourner dans son pays c'est bien sûr une première fois de trop. Pourquoi cherchez-vous à mettre au pilori toute une population alors que pour ce qui est de votre expérience personnelle c'est une stupide anecdote de gamins digne d'une cour d'école secondaire? Au-delà de ce manque de savoir-vivre a-t-on privé quelqu'un de son travail voire de son logement?
      Jacques Tremblay
      Sainte-

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 13 juillet 2017 11 h 14

      @M. Therrien

      "Pour toutes sortes de raison qui lui sont bien siennes"....

      L'auteur dénonce d'abord que "pour la première fois de (sa) vie, (il) ait entendu un jeune homme dire à une femme de retourner dans son pays". Tout humaniste devrait réagir de la même façon à cette mode arriérée. Tout Québécois partageant mes valeurs, comme l'auteur de la lettre, a raison de réagir de cette façon. Mettre cela sur le compte du "sentiment d'extranéité ue peut parfois éprouver l'étranger" contribue à dévaloriser le sentiment exprimé.

      Enfin, l'auteur affirme aussi que "quand on fait des remarques à une personne par rapport à sa culture, on la heurte profondément", ce que les Québécois savent depuis longtemps. Dommage qu'ils ne savent pas toujours percevoir dans leurs discours ce qu'ils dénoncent chez les autres....

  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 13 juillet 2017 08 h 24

    Sensibilité identitaire

    Les peuples se définissent plus par des tensions et des enjeux que par des "valeurs".

    En ce sens, on pourrait dire que, depuis au moins une dizaine d'années, le Québec se reconnait et se déploit autour de cette fâcheuse question de l'"identité", associée à la pureté, au bien-être, à la défense face aux menaces du monde, aux "valeurs"...

    Tout cela ne veut rien dire, évidemment, sinon qu'un bouc émissaire est plus facile à démoniser.

    Les groupes d'extrême-droites (allez lire un peu sur Atalante Québec, la Meute, la Fédération des Québécois de souche, le Mouvement républicain du Québec) ont beau jeu d'accuser l'immigration de tous les torts, avec un pubic docile et préparé à se faire dire qu'un crime commis pas un immigrant est plus grave que commis par une vieille souche.

    D'un autre côté, ces mêmes groupes, appuyés par de nombreux commentateurs zélés en ces pages et ailleurs, viennent gémir contre les méchants gauchistes islamofascistes qui tentent de modérer le débat, criant à la censure, à la bien-pensance, affirmant que "le peuple québécois est le plus accueillant au monde", etc.

    Comme si le civisme était dépassé, comme si l'esprit critique était inutile dans cette guerre idéologique.

    On tombe dans les absurdités de devoir démontrer l'absence de menace là où la dynamique millénaire de l'immigration est en action. À ce point, il serait souhaitable de cesser de gratter le bobo, plutôt que de nous rappeler que les Québécois n'aiment pas les religieux donc vont bouder le NPD ; plutôt que de forcer le débat désinformé sur le cimetière musulman de Saint-Apollinaire et d'en faire un enjeu de civilisation, etc.

    Les polarisations sont figées. Ça fait jaser et vendre du papier, mais ça ne fait pas évoluer....

  • Pierre Raymond - Abonné 13 juillet 2017 11 h 52

    J'adore !

    Madame Hurens, si vous le permettez, je reprendrai à mon compte votre phrase
    « On ne peut malheureusement renvoyer les imbéciles "chez eux" parce que leur pays semble être partout. » J'adore !

    • Joane Hurens - Abonné 13 juillet 2017 23 h 22

      Je vous en prie.

  • Lise Bélanger - Abonnée 14 juillet 2017 09 h 32

    Ce texte me rappelle ce que certains vietnamiens constatent au Québec. Arrivés dans les années '70 ils se sont bien intégrés. Autant à Montréal que dans la région limitrophe. Pas de racisme. Les vietnamiens nés ici ou arrivés tôt se sentent québécois à part entière. Excellente intégration.

    Mais en déménageant à Cartierville ou Saint-Laurent, les vietnamiens se ne sentent plus chez eux au Québec. La communauté arabe y exerce une présence qui ne correspond pas à la culture québécoise. Pour la première fois, les vietnamiens se sentent étrangers au Québec. Mais ce ne sont pas les québécois qui amènent ce mal de vivre.

    Ceci je ne l'invente pas, ce sont des propros que je rapporte seulement.

    Le peuple québécois vit une situation difficile avec l'anglicisation de Montréal, seule ville importante française en Amérique. Nous sommes confrontés à une disparition probable ce qui est le moins qu'on puisse dire, stressant. Et malgré cela, les anglophones peuvent vibre en unilingues à Montréal dans la paix. Ça c'est unique au monde. Le peuple québécois n'est pas raciste, mais agonisant dans sa langue et culture et il demeure doux comme un agneau. Trouvez ça ailleurs!

    Alors se plaindre du racisme à Montréal, il faut bien regarder d'où vient le problème avant de pointer le doigt. Chose certaine, partout en Occident, l'arrivée en masse d'immigrants qui refusent de s'adapter amène des conflits, qui se vivent de toutes sortes de façon comme le vit l'auteur de ce texte.

    Les sociétés occidentale vont devenir de moins en moins tolérantes avec les étrangers car la faiblesse de nos gouvernements à refuser de maintenir une discipline dans l'interprétation des lois, à jouer à l'acceptation déraisonnable du monde musulman sous prétexte d'égalité fera souffrir tout le monde y compris les immigrants. C'est un cancer entretenu, une situation malsaine qui va amener plein d'irritants secondaires et malheureux tel que décrit dans le commentaire.