Une note de 2 % qui représente… la vie

Quel malheur de constater que certains enseignants et directions d’écoles secondaires permettent à certains étudiants de réussir leur année scolaire en revoyant à la hausse leurs notes finales de quelques points ! Imaginez, faire passer un étudiant à 60 % alors qu’il a obtenu en réalité 58 % ? La fraude du siècle, loin devant celle des abris fiscaux ou des malversations dans le milieu politique. Concentrons donc nos efforts à ce problème endémique en créant une nouvelle commission d’étude chapeautée par le gouvernement libéral.

Dans les faits, vous savez ce que représentent ces 2 % ? La vie. Celle de ces jeunes adolescents qui, malgré des difficultés majeures sur le plan de l’apprentissage, persévèrent tant bien que mal, insistent pour ne pas décrocher, faute de soutiens appropriés en matière de mesure d’appui. Une vie qui, sans diplôme d’études secondaires, est vouée à de bien plus grandes difficultés ; un emploi précaire sous-rémunéré, une estime de soi de plus en plus faible liée au sentiment profond de ne pas pouvoir mener à terme ses plus grands rêves, ceux entretenus depuis l’enfance. Voilà ce que représentent ces 2 %, un diplôme assurant un certain seuil décent dans la société.

Soyons donc justes et empathiques envers ces étudiants qui en « arrachent » déjà assez pour ne pas leur signifier en plus que nous sommes insensibles à leur situation. Ces jeunes qui obtiennent 58 % ont souvent des problèmes neuro-développementaux (troubles d’apprentissage, TDAH, DI légère, etc.) qui expliquent leur sous-rendement. Au lieu de les punir en les faisant échouer pour 2 %, nous devrions les valoriser et les remercier d’être toujours là, aux études, dans la douleur d’apprendre. Vous en connaissez beaucoup de personnes qui restent affairées à une tâche douloureuse, année après année ? Félicitons-les et cessons d’adopter une règle comptable, froide et austère.

Ces 2 % doivent être abordés de façon qualitative, et non quantitative. Ne « scions pas les jambes » à ces enfants courageux et persévérants avec nos principes rationnels d’adulte qui incitent à la performance. Ces comités de parents performants qui se plaignent de cette immonde injustice. Ceux qui inculquent à leur enfant non pas l’importance du dépassement de soi, mais l’importance du dépassement des autres.

14 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 16 mai 2017 04 h 26

    Nos enfants méritent...

    Oui Monsieur Bernèche, nos enfants méritent bien mieux que d'être largués par un système d'éducation contrôlé par des complices politiques de notre servitude politique.
    Malheureusement, notre "maîtres" en pouvoir n'ont que faire de l'école publique puisqu'ils donnent à leurs propres enfants de fréquenter les écoles privées et que de leur étroitesse de vue, ils ne savent que favoriser en gouverne ce qui les favorise en quotidienneté personnelle...
    Merci de votre texte, Monsieur.

    • Robin Bouchard - Abonné 16 mai 2017 09 h 05

      En plus, il faudrait les féliciter !!!!!! Je crois que vous n'êtes pas allé dans une école secondaire depuis longtemps

      Robin Bouchard

    • Yves Côté - Abonné 16 mai 2017 13 h 20

      Merci Monsieur Bouchard de votre interpellation.
      Je comprends très bien votre réaction. D'ailleurs, je ne dis pas qu'il faut accepter l'ignorance, loin de là.
      Je dis qu'il y a mieux pour instruire que les passages par des normes qui de manière chiffrée, dé-qualifient, démotivent, découragent parfois, en somme qui déconsidèrent l'enfant parce qu'il n'a pas encore acquis telle ou telle connaissance ou compétence.
      Et j'ajoute, parce que je parle de ces maîtres qui nous dirigent aux gouvernements et non de ceux qui nous enseignent, je pense que vous l'avez bien compris, que toute chose qui amoindrie la valeur des enfants à leurs yeux et aux yeux de leurs parents et proches, est condamnable. Autant parce que la chose en question donne raison à celles et ceux qui déterminent normale notre domination depuis deux siècles et demi, que parce qu'elle alimente la détestation de ce que tout être humain est à ses propres yeux.
      En résumé, une note ne vaut que pour la société de référence à laquelle elle conforme les catégories et les niveaux de ses propres exigences. Ce qui, dans le cas actuel de la discussion, doit être pris en compte de manière absolue il me semble.
      Merci de votre lecture, Monsieur Bouchard.

  • Michel Laforge - Abonné 16 mai 2017 06 h 25

    Donner une note est une punition?

    Mon cher monsieur, vous êtes tellement loin du compte. Un élève qui a 58% n'a pas réussi le cours. C'est un peu comme un test de glycémie. Si ma glycémie est à 12 et que je ne prends pas les moyens pour régler la situation, je risque de mourir.

    Donc le 58% est un diagnostique et non une punition. Je suis dans une école de raccrocheurs et mes élèves subissent de jour en jour les mauvais diagnostiques qui ont été faits depuis trop longtemps. Beaucoup d'entre-eux non pas fait leurs mathématiques de 3 ni celles de 2, et pourtant, ils sont dans ma classe de science de 4. À force de les faire passer, au lieu de les aider, ils se retrouvent en sciences avec aucune possibilité de réussite. Ce qui est très, très, très malheureux.

    Mais leur résilence est grande. Ils le savent que trop bien que quelque chose ne va pas. Ils ne sont pas bêtes et ils en souffrent. Bien sûr, beaucoup parmi eux ont des diagnostiques de toute sorte. Je ne vous les nommerais pas étant sûr que vous les connaissez.

    Il ne faut pas voir la note comme une punition en se projetant en lui, et, faire preuve d'une empathie malsaine ressemblant plus à du mimétisme, mais plutôt, comme une aide, ou un signal d'alarme afin de pouvoir fournir soin nécessaires.

    • Jean-Philippe Delorme - Abonné 16 mai 2017 13 h 52

      Depuis quand, à part peut-être en mathématiques et encore (...), la note scolaire est-elle une mesure 'absolue' de l'apprentissage?
      Tout comme le QI est surtout une mesure de la capacité...à passer des tests de QI...

    • Patrick Provost - Abonné 16 mai 2017 19 h 10

      Quelle est la différence entre une glycémie de 7.0 (note de passage pour les diabétiques) et une de 7.2? La marge d'erreur de l'appareil! Dans le système d'éducation, quelle est la précision des notes? On peut parler d'une seule question mal répondue (ou mal posée), ou d'un problème d'apprentissage non-assisté, dû aux coupures de plus d'un milliard de dollars par les Gouvernements au pouvoir, principalement Libéraux. Que faire quand un élève qui a besoin d'aide, mais qui n'en n'a pas à cause des mesures d'austérité du Gouvernement Libéral, obtient 58? On s'attaque à cet élève, on le fait redoubler, on ouvre une Commission d'enquête et on fait diversion? Ou la population demande des comptes et des explications aux Libéraux, qui n'ont pas permis qu'on vienne en aide à cet élève?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 16 mai 2017 06 h 45

    Bref !

    « Ces jeunes qui obtiennent 58 % ont souvent des problèmes neuro-développementaux (troubles d’apprentissage, TDAH, DI légère, etc.) qui expliquent leur sous-rendement. Au lieu de les punir en les faisant échouer pour 2 %, nous devrions » (Frankie Benèche, Ph.D, professeur, psychologie)

    Bien sûr que certes, mais lorsque ces « élèves » ont 19-20-21 ans et qu’ils se retrouvent, d’exemple, en secondaire 3 avec des jeunes (surtout dans les années ’70, voie allégée), ou dans des classes d’adultes (depuis l’an 2000 environ), leur démarche scolaire vers une diplomation devient plus difficile à vivre, à assumer , notamment lorsqu’elle rencontre le monde des préjugés ou des étiquettes, un monde comme impossible à contourner !

    De plus et compte tenu de la vie adulte à venir, avec ou sans note de 2% pour rejoindre le chiffre magique de 50 ou de 60 %, ces élèves peuvent être « diplôméEs », même si leur parcours scolaire possèderait une note d’environ 33% (arts et métiers : découverte) et de 45% (enseignement général de base : français, histoire, géographie) !

    Bref ! - 16 mai 2017 -

  • Céline Delorme - Abonnée 16 mai 2017 09 h 42

    Maintenir les analphabètes fonctionnels.

    Je vous réfère à un autre titre sur le même sujet, en page 1: "Analphabètes fonctionnels" section Economie.
    Vous avez raison, du côté psychologique: au niveau de l'estime de soi des étudiants à la fin du secondaire, mais la réalité les rattrape vite...
    J'ai travaillé longtemps à titre de professionnel de la santé avec de jeunes adolescents et jeune adultes en difficulté: Un grand nombre d'entre eux avaient des difficultés neurologiques; dyslexie et autres. Ils n'ont pas obtenu les services d'éducation spécialisée requis dans leur parcours scolaire (Et ces évaluations très chères en privé ne sont plus disponibles dans le réseau public après 18 ans.)
    On fait croire aux jeunes et aux parents que les études sont réussies, car les écoles ont l'ordre de diminuer les taux d'échec. C'est ainsi que nos décideurs élus peuvent couper les services d'orthopédagogues et autres professionnels sans trop de protestations.

  • Claude Gélinas - Abonné 16 mai 2017 10 h 36

    Évaluation du rendement général !

    Et si le systéme de notes était dépassé et ne devrait pas être remplacé par une évaluation du rendement permettant à un élève de réussir sa vie.

    Considéré l'effort, le progrés, l'intégration, la socialisation, le comportement général, l'implication dans son milieu parmi les critères d'évaluation.

    Tout cela pour dire que je souscris à l'opinion de l'auteur et considère que l'ajustement de la note à la hausse n'a rien de scandaleux.

    • Hermel Cyr - Abonné 16 mai 2017 20 h 38

      Vous soulignez la complexité de l'évaluation, des facteurs qui souvent ne sont pas tenus en compte. Très pertinent.

    • Jacques Nadon - Abonné 17 mai 2017 00 h 31

      Le problème c'est que ce n'est qu'en partie mesurable ou observable. Les gens aiment quand c'est mesurable et observable.
      L'effort... comment va-t-on la mesurer? L'intégration est un double problème. Si je ne m'intègre pas c'est parce que je ne veux pas ou que les autres me rejettent. Le seul des critères, qui pourrait être objectif, et que vous proposez est le progrès. Les autres sont une appréciation.
      Il faut revoir les finalités de l'évaluation et les pratiques. Ce n'est pas demain la veille qu'on verra cela au Québec. On a tenté de le faire, lors de l'implantation de la Réforme. Que disait-on dans les médias? Que disaient les parents? les enseignants? Le syndicats? Et qui a réintroduit le bulletin chiffré avec la moyenne...