Des notes scolaires gonflées

On apprend que, par un mécanisme statistique, le ministère de l’Éducation donne automatiquement la note de passage à un élève qui n’a par exemple que 58 %. On sait que les faiseurs de sondages nous ont habitués à la nécessité pour eux de tenir compte d’une marge d’erreur. Par ailleurs, l’astrophysicien et philosophe Aurélien Barrau fait une critique virulente de la mentalité à courte vue selon laquelle il n’y a de vérité que chiffrée (De la vérité dans les sciences, 2016).

L’extension des lois statistiques au monde de l’éducation est en porte-à-faux. D’abord, elle a comme présupposé que la note de 58 % est le fruit de l’erreur humaine. De plus, l’évaluation des professeurs n’est pas une opération chiffrée, mathématique ou statistique. Elle varie selon l’atteinte d’objectifs d’apprentissage. S’il y a erreur, c’est aussi en ces termes qu’elle doit se corriger et s’afficher.

La note chiffrée ne peut avoir valeur de signe que rattachée explicitement à l’apprentissage. S’il y a erreur, ce n’est donc pas aux fonctionnaires qu’il appartient de la corriger par une baguette statistique magique, mais aux pairs de l’enseignement et, de préférence, par des procédés qui instruisent l’élève. Quant à la pertinence de normaliser, c’est par ses effets stimulants ou au contraire lénifiants qu’il faut en juger. Notre sympathique ministre Proulx aurait avantage à parler de psychopédagogie plutôt qu’à jouer les apprentis sorciers en statistiques.


 
2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 1 mai 2017 08 h 19

    Idéalement

    Il faudrait 100% pour réussir le secondaire, c'est à dire que l'élève serait jugé maîtriser vraiment les maths, la langue et les sciences à un niveau suffisant pour se débrouiller dans la vie. Par exemple, estimer mentalement ce que lui coûterait chaque mois une hypothèque de 200000$ à 4%, lire La Presse, rédiger un rapport compréhensible sur son travail de la dernière semaine, savoir en gros la différence entre vitamines, protéines, gras, féculents, sucres et minéraux. Au lieu d'un chiffre plutôt arbitraire, il me semble qu'on devrait laisser l'enseignant juger si l'élève "passe" ou ne passe pas. Les chiffres ne serviraient que de guide pour l'aider ensuite à choisir s'il continuera au cegep et dans quelle spécialité.

    • François Laforest - Abonné 1 mai 2017 19 h 43

      "....lire La Presse,..."Hum! Plutôt le Devoir vous voulez dire, je présume?