Génocide, dites-vous…

Quand j’ai présidé le procès sur génocide Rwanda (1994, 800 000 morts, deux millions de blessés et cinq millions de personnes errant sur les routes) en 2008-2010, je me suis demandé tout au long du procès comment une population aussi sympathique, attachante, voire pacifique avait pu en arriver à de telles extrémités.

La ministre de la Condition féminine, membre du Barreau rwandais, encourageait ses concitoyens à violer les femmes tutsies avant de les tuer. Elle a été condamnée à la prison à vie, tout comme son fils. Son mari était le recteur de l’Université de Butare. Le fils était diplômé universitaire, tout comme la personne que j’avais à juger au Canada.

Dans un certain nombre de conférences que j’ai été appelé à donner après le procès tant à Genève qu’au Canada, je posais toujours la même question : est-ce qu’une telle abomination pourrait arriver ailleurs, voire au Canada ? Dans mes conférences au Québec et en Ontario, tous s’insurgeaient devant ma conclusion qu’un tel débordement pourrait arriver au Canada.

Les motifs des Hutus de s’attaquer aux Tutsis étaient relativement simples. Ils sont une race inférieure et l’on doit s’en débarrasser avant qu’ils ne s’attaquent à nous. Bon nombre d’intellectuels adhéraient à cette thèse simpliste.

Mais quand un intellectuel tel Andrew Potter, directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill, conclut à propos de la tempête de neige survenue à Montréal la semaine dernière :

« Compared to the rest of the country, Quebec is an almost pathologically alienated and low-trust society, deficient in many of the most basic forms of social capital that other Canadians take for granted. This is at odds with the standard narrative ; a big part of Quebec’s self-image — and one of the frequently-cited excuses for why the province ought to separate — is that it is a more communitarian place than the rest of Canada, more committed to the common good and the pursuit of collectivist goals. »

Au commencement des troubles survenus au Rwanda, des gens se sont persuadés que les Tutsis étaient vraiment un peuple différent, aliéné et socialement déficient dont il fallait se méfier.

Dans toutes mes conférences, je rappelais que nulle société n’est à l’abri de telles dérives. Les génocides au XXe siècle en sont la preuve : les Hereros en Namibie (1904-1905), l’Arménie (1915-1918), l’Holocauste (1939-1945), le Cambodge (1975-1979), les Balkans (1990), le Rwanda (1994).

Pas même le Canada. Prudence, Monsieur Potter.

17 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 23 mars 2017 07 h 31

    Personne à l'abri

    M.Denis,

    Vous avez tout à fait raison. Aucun pays, aucun peuple n'est à l'abri d'une dérive génocidaire. La pente des préjugés, de la xénophobie, de la haine de l'autre, bref du mal, est bien facile à prendre. Les généralisations négatives à l'égard de tout peuple sont à éviter. Tout mot a son poids et tout intellectuel devrait le savoir.


    Michel Lebel

    • André Nadon - Abonné 24 mars 2017 05 h 10

      Je suis d'accord avec vous, M. Lebel.
      Cependant, une fois n'est pas coutume.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 23 mars 2017 09 h 20

    Génocide et ethnocide

    Mr Andrew Potter (originaire du Manitoba) après seulement quelques mois à la tête de "McGill Institute for the Study of Canada", devrait démissionner ou être démis de ce poste par les hautes autorités de l'Université car par ses propos injurieux, indignes, injustifiables sont déshonorants pour l'auteur d'abord et pour l'Université qu'il représente ensuite.

    Des excuses et des regrets ne sont pas suffisants pour tenter d'effacer des propos haineux basés sur l'ethnicité. Des propos semblables envers les amérindiens où les noirs auraient semé une vague d'indignation dans le monde entier et aurait porté le discrédit sur tous les Canadiens. Démission.

    • Claire Doran - Abonnée 24 mars 2017 11 h 08

      M.Potter vient apparemment de démissionner de son poste de dirscteur de l'Institut des Études canadiennes, mais l'université McGill, elle, ne lui a pas retiré ce poste de direction, et il continuera à être professeur. En tant qu'ancienne de cette université je dis haut et fort: HONTE À McGILL.
      Et certainement aussi : honte au magazine MacLean!
      Merci à M. Denis de nous rappeler que ce genre d'événement n'est pas anodin, au contraire.
      Claire Doran, abonnée

  • Diane Germain - Abonné 23 mars 2017 09 h 56

    Merci !

    Merci pour votre texte, bien qu’il m'inquiète un peu car il est vrai que trop souvent on se sent immuniser contre l'abrutissement des gens se pensant dans une société dite "évoluée". M. Porter vient de nous prouver qu’il y a des électrons libres qui peuvent menacer cette paix sociale et cela est d'autant plus inquiétant compte tenu du poste qu’il occupe. Au fait, devrait-il le maintenir ?

  • Jean Jacques Roy - Abonné 23 mars 2017 09 h 58

    Pas même le Canada....

    ... Prudence!

    Votre exposé, espérons, portera à réfléchir. Espérons aussi que les autorités interviendront pour obliger ce triste personnage à présenter des excuses publiques.

  • Pierre Raymond - Abonné 23 mars 2017 10 h 08

    Rien de neuf !

    Le cas de Mr. Potter n'est qu'une autre manifestation de la Race supérieure qui se conforte en portant un jugement négatif sur ses Sujets.