Quelle est la véritable urgence?

Malgré les critiques de nombreux experts, les sérieuses réserves du BAPE et les questions demeurées sans réponse, le gouvernement libéral et la mairie de Montréal font preuve d’une détermination sans faille : le Réseau électrique métropolitain proposé par la Caisse de dépôt et placement du Québec se réalisera, et ce, sans délai. Lorsqu’on se questionne sur cette ferme volonté et cet empressement, on nous répond : « On fera le REM car il faut le faire », sur un ton signifiant que tout est dit.

Quelle est la véritable urgence ? Faut-il rappeler que la communauté scientifique nous presse de réduire sans tarder et considérablement nos émissions de GES, à défaut de quoi les changements climatiques auront des conséquences catastrophiques, allant jusqu’à menacer la pérennité même de nos sociétés ? Cela exigera une transition importante, dont plusieurs ne mesurent pas encore l’ampleur. À cet effet, tout projet de transport ou d’aménagement devrait être désormais soumis à un « test climatique », afin de s’assurer qu’il contribue à l’ambitieuse réduction de GES maintenant nécessaire. Malheureusement, le REM ne réussit pas ce test. Selon l’évaluation de la CDPQ, on peut espérer une diminution d’environ 35 000 tonnes/an. Si l’on ajoute les émissions liées à la construction du réseau (que la CDPQ a ignorées), il faudra au minimum 20 ans avant que le bilan carbone du REM devienne négatif. Afin d’atteindre l’objectif que Montréal a fixé pour 2050, il faudra à terme réduire nos émissions de 8,1 millions de tonnes/an. Pour 6 milliards, le REM ne contribuera qu’à 0,4 % de cet objectif ; c’est trop cher payé pour un gain si minime. D’autres options existent, qui permettaient des réductions de GES beaucoup plus grandes.

Contrairement à ce que certains prétendent, les gens impliqués dans la lutte contre les changements climatiques ne s’opposent pas à un réseau électrique métropolitain. Au contraire, ils croient qu’il s’agit d’une nécessité. Par contre, ils n’appuient pas la proposition de la CDPQ, car celle-ci n’entraînera pas de réduction de GES, visant avant tout toute chose de procurer un rendement sur l’investissement de la Caisse. Comme il s’agit du « bas de laine » des Québécois, cela n’est pas en soi une mauvaise chose. Mais aujourd’hui, l’urgence est ailleurs ; il est grand temps de le réaliser.

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5 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 27 janvier 2017 02 h 01

    C'est assez le gaspillage de l'argent des contribuables!

    Il me semble que la CDPQ et le gouvernement ont perdu la tête. Ils veulent instaurer un autre éléphant blanc comme celui du CHUM et de l'aéroport Mirabel. C'est assez le gaspillage de l'argent des contribuables pour faire plaisir à quelques amis milliardaires!

    • André Joyal - Inscrit 27 janvier 2017 20 h 17

      Quand on est né pour des petits pains, on ne pense pas à de grands pojets.

      Le métro, l'expo 67 et les olympiques prouvent que l'on aurait dû s'en passer. Il en va de même pour le REM: trop gros pour nous. Penser grand? Pas pour un petit peuple en voie de disparition (dans 2 générations) qui se préccupe de la rainette faux-grillon.

    • Marc Lévesque - Inscrit 29 janvier 2017 11 h 38

      Mirabel est peut-être bien un exemple de ce qui arrive quand on nous dit qu'il faut procéder rapidement avec un projet et qu'il doit être accepté tel qu'il est, comme cela semble être le cas avec le REM.

      Le métro, l'expo 67 et les olympiques prouvent que les Québecois sont ouverts au grands projets, et le REM contient de bonnes idées, mais il faut prendre le temps qu'il faut pour bien l'adapter aux besoins de la population.

  • Jean-François Trottier - Abonné 27 janvier 2017 07 h 42

    Rendement sur investissement ?

    Il est possible qu'en effet le REM soit un bon investissement pour la Caisse. Toutefois, tout ce projet sent le PPP à mille miles.
    En général depuis ma naissance j'ai vu que les grands projets Libéraux allaient tous dans le même sens. Dois-je dire lequel ? Dans tous les cas les entrées à la caisse ne dérougissent pas, tout comme mes joues, de honte.

    Depuis l'autoroute 440 dans les années '60 aux grands projets d'infrastructure de Charest, le CHUM de Couillard et la prétendue Caisse Verte actuelle, sans parler des cafouillages aux Transport qui laissent respirer ce qui ronronnne doucement partout, on le voit, on le sent, on bougonne mais on ne peut prouver.
    C'est d'ailleurs le défi que Couillard, sûr de lui, a lancé il y a quelques mois. Il a condiance en ce système parfaitement rodé.

    Le REM va se faire après quelques ornemantations destinées à rassurer l'électorat. La tâche des journalistes commencera à ce moment : tracer chaque jour, à chaque moment, les innombrables détours que prendra l'argent des contrats pour satisfaire les bonnes personnes (Couillard a clairement défini ce qu'est un "bon libéral" suite aux fuites à la CAQ) et les bonnes caisses. Mais dois-je dire que les tractations ont commencé il y a longtemps dans les coulisses?

    Le PLQ doit faire vite s'il veut que le flot débute avant la campagne électorale... mais peut-ête n'est-il pas pressé selon que les deux caisses sont plus ou moins garnies.
    Les bonnes affaires sont celles qui aboutissent vite.

    Jamais Couillard ne proposera un seul projet sans tout d'abord penser aux "vraies affaires".

  • Robert Beauchamp - Abonné 27 janvier 2017 17 h 22

    Le fin mot

    Le fin mot nous vient de notre maire libéral Coderre qui clame à l'emporte-pièce comme lui seul sait le faire: ''Le BAPE n'est pas le PAPE''. Comme formule ex-cathedra, difficile de trouver mieux. En langage plus moderne, on appelle ça de la dictature. Il n'a rien à cirer de l'avis des experts, le peuple n'a qu"à suivre.