ECR 2.0, vraiment?

Le plaidoyer des enseignants Beaudoin et Dubreuil en faveur du maintien du programme ECR (Idées, 28 décembre 2016) ressemble en tout point à un manifeste syndical pour la préservation d’emplois en péril. La superficialité de ses arguments de fond ne convaincra certainement pas ceux auxquels il s’adresse, les auteurs de La face cachée du cours ECR (Leméac), dont je ne suis pas. J’ai complètement décroché quand j’ai lu «[…] on se retrouverait avec la situation absurde où des enseignant(e)s formés adéquatement pour enseigner la religion ne le feraient plus dans leur champ disciplinaire, alors que des enseignant(e)s peu ou non formés sur la religion auraient à l’intégrer artificiellement à leur discipline ». Combien d’enseignants formés en français ou en géographie enseignent les maths et l’anglais en raison de l’application de l’ancienneté pure et dure ? Et le chat est sorti du sac subrepticement : ces profs surspécialisés, nous dit-on, « enseignent la religion » et non la « compréhension du phénomène religieux » (qui est quoi au juste ?).

On voit bien qu’après presque dix ans d’application de ce programme mal défini, mal compris et mal intégré, on est incapable de le qualifier dans sa juste perspective. Comment peut-on user d’esprit critique à propos de « comportements promus par les religions qui vont à l’encontre des valeurs québécoises… » sans juger et dévaloriser la plupart des croyances religieuses où les notions d’égalité des personnes et des droits ne sont absolument pas promues ? Et ce n’est pas parce que 84 % de la population mondiale « se dit croyante » que croire en un ou plusieurs dieux représente la valeur identitaire ou rassembleuse suprême — c’est plutôt le contraire !

Enseigner aux jeunes la beauté du monde (l’art sous toutes ses formes), la responsabilité, le civisme, le partage, la solidarité me semble infiniment plus important. Quelle est la finalité de l’éducation publique ? Perpétuer l’idée que la destinée humaine (fatum) relève d’une puissance supérieure, que la causalité ultime est d’essence divine, que la spiritualité et le dépassement ne peuvent s’inscrire que dans une religion ou une secte ? On revient au Moyen Âge, ou quoi ?

Je veux bien croire que l’on nous dit être arrivé à l’ère de la « postvérité » — c’est-à-dire du mensonge généralisé —, mais il faudrait quand même que l’école publique se garde une petite gêne !

28 commentaires
  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 janvier 2017 08 h 24

    Entre procès d'intention et caricature


    Les signataires sont animés par des motifs corporatistes.
    Les cours d'ÉCR visent à nous ramener au Moyen Âge.

    Madame Dufresne se sera fait plaisir. Tant mieux pour elle.

    • Serge Morin - Inscrit 4 janvier 2017 09 h 10

      Et que retient-on des vos 17 interventions dans ce dossier particulier ?
      Le plaisir de prendre à contrepied les intervenants qui n'ont pas votre épaisseur intellectuelle.
      Tant mieux pour vous.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 janvier 2017 09 h 51

      Vous m'auriez obligé (mais ne le souhaitiez manifestement pas) en évoquant le contenu de mes 17 interventions, ou en m'indiquant en quoi j'avais tort comme je l'ai fait à l'endroit de madame Dufresne. Tant pis pour la discussion sur ce dossier.

    • Serge Morin - Inscrit 4 janvier 2017 19 h 19

      Ce n'était pas une discussion mais une condamnation aliénante de Mme Dufresne.
      Notez que je n'ai ni bac ni doctorat ni même fréquenté Nietzsche.
      Soyez indulgent pour les autodidactes.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 janvier 2017 07 h 10

      Merci, monsieur Morin. En matière de « condamnation », celle de madame Dufresne donnait le ton. C'est ce que je voulais relever. Pour ce qui est de l'indulgence, il n'est pas toujours facile de la distinguer de la détestable condescendance. Je vous offre donc mes respects.

  • Bernard Terreault - Abonné 4 janvier 2017 08 h 29

    Aux parents et enseignants croyants

    Vous avez la chance, au Québec, d'avoir des écoles privées confessionnelles SUBVENTIONNÉES, ce qui est loin d'être le cas dans la grande majorité des pays, états ou provinces. Alors, n'essayez pas d'imposer de manière détournée l'enseignement de la religion dans les écoles publiques.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 4 janvier 2017 08 h 49

    Lorsqu'on n'aime pas le message on s'en prends aux messagers.

    L'auteure de cet article semble faire rapidement abstraction qu'au primaire il n'y a pas de spécialistes en ECR, donc qu'aucune position syndicale potentiellement sérieuse se tienne. Mais encore, qui peut le mieux parler du cours ECR que les enseignants eux-mêmes, surtout après près de 10 ans d'implantation? Peut-on vraiment chanter les vertus des données probantes pour favoriser une approche pédagogique plus scientifique de la part des enseignants et du même coup leur refuser toute crédibilité lorsqu'ils osent parler de ce qu'ils vivent quotidiennement? Le cours de ECR semble être comme un canard qui s'envole dans une clairière entourée de chasseurs: tous l'attendent pour lui tirer dessus en même temps! L'article publié le 28 décembre dernier (ECR 2.0) semble démontrer tout l'utilité du cours ECR qui est aussi un lieu privilégié pour semer un début de doute afin de réduire l'impact de certains discours radicaux qui prennent beaucoup trop de place dans notre société. Vous ne trouvez pas cela plus que justifié par les temps difficiles que nous traversons? Qui sont au juste ces chasseurs de ECR aux tirs groupés? Devant un tel acharnement il semble ici que les ennemis de leur ennemi soient devenus leurs amis! Je soupçonne que la plupart de ces chasseurs ont des intérêts religieux ou non religieux cachés et totalement en contradiction les uns avec les autres. Cependant je suis d'avis que le bien commun doit passer bien avant les discours très orchestrés des lobbyistes religieux, agnostiques ou athées.
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 janvier 2017 10 h 24

      Vous êtes bien soupçonneux, vous... Je partage.

    • Serge Morin - Inscrit 4 janvier 2017 19 h 27

      Quand on travaille avec un pis-aller , on a des mécontents tout le temps.
      On pourrait demander à RMD de nous pondre une programme multiculturel à son goût .

  • Cyril Dionne - Abonné 4 janvier 2017 09 h 18

    Bravo!

    Bravo pour votre lettre Mme Dufresne. Les amis imaginaires et extraterrestres de l'espace sidéral n'ont pas leur place au secondaire et encore moins au primaire. Les idéologies religieuses divisent les gens au lieu des ressembler. Les religions posent une étiquette artificielle sur le front des jeunes disant que celui-ci ou celle-ci appartiennent à ces croyances loufoques, dignes des meilleurs conte du Père Noël.

    Lorsqu'on y pense vraiment, la plupart de ces enfants qui arrivent à l'école sont déjà etiquettés avec une croyance toute préfabriquée, non pas à cause d'un choix judicieux de leur part, mais à partir de l'odieux concept de filiation. La liberté de penser ne s'applique pas ici.

    Avec toutes les matières qu'ils doivent assimiler afin de mieux comprendre le monde qui les entoure, enseigner officiellement des sornettes de ce genre va à l'encontre de la mission pédagogique de l'école. La religion a été, est, et sera toujours du domaine de la sphère privée, vous savez, le phénomène spirituel qui se passe entre les deux oreilles d'une personne. Pourquoi ne pas enseigner un cour d'éthique ou même d'histoire qui reflète la réalité au lieu de s'en tenir à combien d'anges peuvent tenir sur la tête d'une épingle?

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 4 janvier 2017 09 h 22

    Merci Mme Dufresne

    Vos deux derniers paragraphes me touchent beaucoup. J'espère que votre point de vue est partagé par de nombreux québécois.

    Tout le monde a droit à ses croyances religieuses, y compris celle d'un athéisme humaniste. Mais je demeure convaincu que c'est une affaire personnelle.

    L'État doit être laïque et son système d'éducation doit enseigner ces valeurs que vous mentionnez dans ces paragraphes. Et les écoles privées devraient elles-aussi respecter cette orientation.