Quels genres d’élèves forme-t-on au juste?

Jeune, évidemment, et plein d’illusions, évidemment, je suis devenu professeur au secondaire et, évidemment, la vie allait se charger de me ramener dans le réel.

Ma désillusion m’est apparue quand j’ai réalisé ce que la société attendait de moi. Je n’étais pas là pour travailler à la formation de l’homme de demain. Ou plutôt si, mais pas comme je l’avais imaginé pendant mes années d’études à l’école normale.

Mon rôle dans la pièce était de dresser la bête pour qu’elle devienne monnayable, qu’elle ait une valeur exploitable sur le marché de l’emploi. Aujourd’hui, on dirait formater la personnalité.

À l’époque, car cela fait déjà 47 ans, je me voyais comme un sergent-major qui devait casser des recrues. Mais ce n’est qu’en écoutant récemment un philosophe (Jean-Claude Michéa) parler de l’enseignement de l’ignorance que j’ai compris. Il fallait occuper ce petit monde, les préparer à vivre ensemble des vies de dominés.

Aldous Huxley dans Le meilleur des mondes fait une classification des humains allant des Alfas (A) aux… Epsilon (E), la caste la plus basse. Dernier prof arrivé pour les derniers. J’étais un syndiqué du secteur public. Est-ce que j’avais la couenne assez épaisse pour faire les 35 ans avant la retraite ?

Heureusement, j’ai pu m’évader par des chemins de traverse. Et ces enfants qui sont maintenant devenus des quadragénaires avancés sont en passe d’être remplacés par des robots avec plein de bras. Mais tout cela était-il déjà écrit dans le ciel ? Je me le demande.

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