Non au virage à droite au feu rouge

Au fil des décennies, on a assisté à la multiplication des camionnettes et des VUS dans notre paysage routier, un phénomène singulièrement marquant en milieu de grande densité urbaine, comme Montréal. Ces véhicules ont la particularité de gêner gravement la visibilité, ce qui peut expliquer en partie l’incidence des accidents mortels tant chez les piétons que chez les cyclistes. Il n’est pas étonnant que des villes comme Montréal et New York aient choisi de ne pas autoriser le virage à droite au feu rouge.

La révélation récente qu’une quinzaine de maires souhaitent l’autorisation du virage à droite au feu rouge me paraît plus relever d’une sorte de populisme routier qui plaira aux électeurs que d’une préoccupation d’efficacité de la circulation.

Il faut imaginer la situation suivante qui se manifeste des milliers de fois par jour à Montréal : deux véhicules se retrouvent en arrêt côte à côte à un feu rouge et celui de gauche est justement une camionnette ou un VUS, qui restreint sérieusement la visibilité du conducteur de la voiture à droite. Ce dernier brûle d’impatience de tourner à droite au feu rouge, même si son voisin de gauche l’empêche de voir si des véhicules arrivent de la gauche au feu vert. Il sera fortement tenté de prendre le risque de tourner à droite sur hypothèse et non sur garantie que la voie transversale est libre.

Soyons francs : Montréal compte hélas beaucoup de chauffeurs susceptibles de courir ce type de risque. Ce qu’il faut craindre en outre pour un piéton âgé comme moi, c’est que le virage à droite au feu rouge sollicite tellement l’attention du chauffeur sur ce qui vient à gauche qu’il en vienne à négliger le piéton qui traverse au feu vert sur sa droite.

Autoriser le virage à droite au feu rouge comme le font nos maires, c’est comme offrir de la tarte au sucre à une bande de diabétiques.

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 20 décembre 2016 08 h 10

    Visibilité

    Moi aussi j'en ai contre les VUS et pickups géants, très hauts et peu vitrés, qui me bloquent la vue. Si vous avez une voiture ordinaire, avez-vous essayé de reculer hors de votre place de stationnement dans un centre commercial si vous êtes coincé entre deux gros VUS? Vous risquez non seulement de vous faire tamponner par un autre véhicule mais de frapper un pauvre client returnant à pied à sa voiture.

  • Marc Therrien - Abonné 20 décembre 2016 18 h 00

    Une solution simple: redoubler d'attention

    La conduite automobile est certes un comportement complexe qui nécessite beaucoup d'attention et de concentration; la marche en ville, un peu moins, mais quand même assez. Je ne vois qu'une solution au problème que vous décrivez et qui est commune à l'automobiliste et au piéton: redoubler d'attention et ne pas s'engager dans une intersection s'il n'est pas sécuritaire de le faire. Encore une fois, un gouvernement paternaliste insécure renforce l'irresponsabilité de la minorité des personnes négligentes en les protégeant tandis que la majorité des conducteurs prudents et vigilants attendent au feu rouge pour rien. Qu'est-ce que les citoyens conducteurs et piétons de Montréal ont de "spécial" que les autres en Amérique du Nord n'ont pas? Et est-ce qu'il y a de quoi être fier et se pavoiser de cette spécificité exceptionnelle? En ce qui me concerne, chaque fois que je visite Montréal, je dois redoubler d’attention et surtout de mémoire, pour ne pas virer à droite au feu rouge qui est maintenant pour moi un réflexe bien intégré que j’exécute sécuritairement depuis 10 ans partout où je vais en Amérique du Nord, sauf à New York bien entendu, que je me contente de toute façon de visiter à pied, en transport en commun ou en taxi.

    Marc Therrien