De l’importance de la culture religieuse

Dans son dernier avis, le CSF nous apprend qu’Agar, la servante de Sarah, épouse d’Abraham, a été violée par ce dernier. Or ce n’est nullement ce que dit le texte biblique (Genèse, 16), qui souligne, au contraire, que c’est Sarah qui prend l’initiative d’envoyer son époux dans le lit de sa propre servante afin que celle-ci soit en mesure de lui donner un fils, fils que, selon la coutume de l’époque, Sarah sera en mesure d’adopter puisqu’elle-même ne peut concevoir d’enfant. Fière d’avoir enfanté un fils avec Abraham, Agar se montre méprisante à l’égard de sa maîtresse stérile, au grand dam de celle-ci, qui la fait expulser.

Ce qui est intéressant dans ce récit, c’est que c’est Sarah qui décide des choses, Abraham suivant ses recommandations, mais surtout, c’est que ces deux femmes vont donner naissance, l’une (Agar) à Ismaël, l’ancêtre du peuple arabe, et l’autre (Sarah) à Isaac, l’ancêtre du peuple juif, faisant ainsi d’Abraham la figure du patriarche commun aux trois monothéismes que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam. Agar n’est donc pas la victime d’Abraham, mais la mère d’une grande nation voulue par Dieu (Genèse, 16, 9-12).

Rappelons de plus que, dans la perspective culturelle du programme d’éthique et de culture religieuse, la valeur de ce type de récit réside non dans leur historicité, mais dans leur dimension symbolique et métaphorique, voire, comme c’est le cas ici, dans la grande fécondité religieuse, philosophique, littéraire et artistique de la figure paradoxale d’Abraham, à travers les siècles.

Cet exemple illustre bien les risques d’un révisionnisme historique et idéologique où l’on juge le passé à l’aune de valeurs actuelles, exercice qui mène droit à des anachronismes et à des erreurs de compréhension. Un peu de culture religieuse, au sens de connaissances sur les religions, ne serait peut-être pas inutile ici.

Plus largement, les propos de cet avis du CSF s’inscrivent dans un certain discours très critique à l’égard des religions (surtout de la religion catholique), dont il faudrait, à l’école, nous apprend-on, surtout dénoncer le caractère sexiste. Certes, les violences faites aux femmes, au nom de la religion, constituent une réalité à combattre, hélas encore aujourd’hui. Mais il faut être vigilant, à une époque éprise de discours vertueux parfois simplificateurs, si ce n’est trompeurs, de ne pas remplacer une doxa par une autre.

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