Le refus de la mort désirée

Divers médias relatent les propos de médecins réfractaires à l’aide médicale à mourir qu’ils qualifient d’euthanasie. Je peux comprendre avec empathie qu’il soit impossible pour beaucoup d’entre eux de se sortir de leur logique situationnelle pour penser autrement. L’acte de hâter la mort entre en complète contradiction avec leur mission fondamentale de soigner pour prolonger la vie. Ceci étant dit et compris, j’accepte difficilement qu’on fasse preuve de tant de mauvaise foi et d’exagération en employant le mot «euthanasie» à tort et à travers alors que les médecins savent très bien que ce n’est pas le terme exact pour nommer autrement l’aide médicale à mourir. Cet euphémisme est utilisé pour adoucir cette pénible réalité dont on est obligé de parler, c’est-à-dire ici la mort désirée et volontaire des personnes qui jugent que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue jusqu’au bout lorsqu’elle n’est que souffrance absolue sans espoir de soulagement. Ainsi, l’aide médicale à mourir sert à ne pas parler de suicide assisté, alors que l’euthanasie réfère directement à l’acte d’abréger la vie ou de hâter la mort d’une personne contre son gré et sans son consentement libre et éclairé. Les médecins réfractaires au suicide assisté n’ont pas besoin de détourner ainsi le sens de cette intervention pour continuer de promouvoir le développement des soins palliatifs qui ont certes besoin de mourants souffrants volontaires de participer au perfectionnement de cette science, art ou technique. Il y a suffisamment de monde pour pouvoir offrir deux portes de sortie. En toute cohérence, il me semble que si on a aidé l’humain qui n’a pas demandé à naître à franchir la porte d’entrée de ce monde, on devrait pouvoir accompagner dans le couloir menant vers sa sortie le moribond à bout de forces vitales qui en fait la demande en toute autonomie et lucidité. Ainsi, la question éthique fondamentale est de savoir si une personne est le sujet de sa vie ou un objet de soins et en pratique, de trouver des médecins pour occuper chacune de ces postures.

8 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 9 décembre 2016 09 h 21

    L'acceptation du mourir éclairée et libre

    C'est le seul intérêt de la personne en fin et à la fin de SA vie qui compte, qui unifie, qui pacifie, qui sécurise, qui sérénitéise, qui donne les santés aux soignants et aux proches.

    C'est le respect qui honore notre compassion et notre humanité.

    Merci Marc pour ce bon et beau texte! Il t'honore!

  • Jacques Tremblay - Inscrit 9 décembre 2016 10 h 25

    Il serait sans doute possible de trouver dans toute la province 35 autres professionnels de la santé qui cette fois se prononceraient contre la pratique de l'avortement et pourtant, fort heureusement, la société dans sa sagesse a tranché en faveur du choix des femmes d'avoir une grossesse désirée. C'est sûr que "L'aide médicale à mourir" est tout un changement de paradigme pour beaucoup de médecins. J'espère cependant que l'inconfort éthique des uns ne devienne pas une espèce de loi corporative tacite pour tous les médecins. Moi qui ai assisté directement en soins dits palliatifs au décès de trois de mes proches quelque temps avant la fameuse loi, j'espère que le moment venu j'aurai la chance de pouvoir compter sur deux professionnels de la santé suffisamment compatissants devant l'inéluctable pour m'accorder cette dernière faveur, celle de rester jusqu'à la fin dignement en contrôle de mon existence.

    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

  • Jacques Tremblay - Inscrit 9 décembre 2016 10 h 26

    Partir avec dignité


    Le Moment Venu
    S'il arrivait que je devienne faible et fragile
    Que la souffrance me tienne en état de veille
    Le moment venu...
    Feras-tu ce qui doit être fait
    Pour cette dernière bataille,
    Celle qui ne peut être gagnée?
    Tu seras triste je le sais
    Surtout ne laisse pas l'amertume t'envahir
    Car en ce jour plus que tout autre
    Ton amour, ton amitié, doivent me soutenir
    En souvenir de toutes ces années heureuses
    Que la souffrance ne doit pas ternir,
    Le moment venu
    Je t'en prie accepte qu'il soit temps
    Pour moi de partir.
    Accompagne-moi
    Là où toute souffrance disparaît
    Me parlant, me rassurant
    Jusqu'à ce que mes yeux se ferment à jamais.
    Le moment venu
    Je sais que tu comprendras
    Que cet ultime geste envers moi
    Est le plus grand.
    Souviens-toi seulement
    Lorsque te semblera cruelle mon absence
    Que toi seul pouvais m'épargner
    De pires douleurs et souffrances
    Le moment venu
    Tu as fait ce qu'il fallait
    Et si tu pleures, sois sans regret
    Pour ce chemin de vie partagé
    Dans l'affection et l'amitié.
    Auteur inconnu

  • Yvon Bureau - Abonné 9 décembre 2016 11 h 22

    D'une amie de Belgique,

    Nathalie Andrews, à sa demande :

    «L’euthanasie n’est pas un acte pour abréger la vie ou hâter la mort d’une personne « contre son gré et sans son consentement libre et éclairé », mais bien au contraire, est le choix consenti et éclairé d’un être humain qui est accompagné jusqu’à la dernière minute par ses proches et par un médecin…médecin qui ainsi pratique un soin ultime à son patient.
    Un médecin ne doit pas seulement être un « sachant » mais aussi et surtout un « accompagnant » en fin de vie. Pour cela, ceux qui accompagnent ont tout mon respect car non seulement cela demande un sérieux engagement vis-à-vis du patient, mais aussi une profonde réflexion sur leur propre rapport à la mort ! Je respecte aussi les soignants qui s’y refusent et qui se tourneront vers un confrère plus à même de répondre à la demande. Cet apprentissage prendra un certain temps chez nombre de médecins et c’est normal.»

    • Marc Therrien - Abonné 9 décembre 2016 12 h 48

      Merci M. Bureau.

      Vous connaissez comme moi l'importance de bien définir les termes quand on se met à développer des politiques et procédures en matière de santé et de consentement libre et éclairé aux soins. Ainsi, à la lumière de cet apport venant d'Europe, si j'avais à réécrire ce texte pour y apporter plus de précision dans la définition des termes, je parlerais alors d'euthanasie involontaire qui décrit l'acte pratiqué sur un individu qui a eu l'occasion d'exprimer une opposition explicite, ce qui est alors assimilé à un meurtre. C'est cette dérive que craignent tant les opposants à l'aide médicale à mourir, car beaucoup de gens pensent alors directement à l’eugénisme qui a atteint son point culminant avec le Troisième Reich et l’holocauste de la population juive. C’est pourquoi j'ai l'impression qu’on utilise parfois la connotation très négative du mot euthanasie dans le débat qui a cours actuellement sur l’aide médicale à mourir, qui est somme toute un concept bien défini finalement.

      Marc Therrien

  • François Beaulé - Inscrit 9 décembre 2016 12 h 51

    L'euthanasie est le bon terme

    Au contraire, c'est le terme « aide médicale à mourir » qui est mal formé. La médecine ne peut pas causer la mort délibérément. Il y donc une contradiction insupportable dans ce terme pour un esprit rigoureux.

    L'euthanasie n'implique pas qu'elle soit provoquée contre la volonté de la personne qui la subit.

    http://www.cnrtl.fr/definition/euthanasie

    Un autre terme, utilisé par les Français dans ce cas, est un euphémisme qui manque de rigueur. Il s'agit de l' « interruption volontaire de la grossesse ». « Interruption » signifie que la grossesse pourrait être poursuivie après un certain délai. Ce qui n'est évidemment pas le cas, le fœtus étant éliminé.

    Ces deux expressions sont utilisées pour cacher la réalité. L' « IVG » est un avortement volontaire. L' « aide médicale à mourir » est une forme d'euthanasie.