Je suis intolérant

Je suis intolérant. Mon père est Syrien, ma mère est Marocaine et plusieurs membres de ma famille sont musulmans, à des degrés différents de fondamentalisme, toutefois, je suis intolérant. Je suis intolérant lorsque je vois des fillettes qui ne connaissent même pas leur corps le cacher, sans savoir pourquoi. Je suis intolérant lorsque je vois des discours remettant en question le droit des femmes de décider de mener ou non un enfant à terme, ou remettant en question l’existence du phénomène de réchauffement climatique. Je suis intolérant lorsque je vois scander ces mêmes discours au cours de protestations ou écrits sur les infrastructures de nos campus universitaires. Je suis intolérant lorsqu’une école qui rejette des valeurs constitutionnelles reçoit le droit de reprendre ses activités, et je suis intolérant lorsqu’une congrégation religieuse drogue leurs plus jeunes afin de les faire traverser les frontières d’une province à l’autre pour enfin s’enfuir du pays. Je suis intolérant lorsque je vois des projets de ghettos musulmans tout neufs.

Je suis donc intolérant. Intolérant, parce que je crois que de telles croyances et actions n’ont pas leur place dans notre société. Je suis intolérant, mais je tolère, parce que je crois qu’il est possible, si la jurisprudence et l’État le permettent, de voir ces discours et pratiques disparaître. C’est pour voir sa petite-fille l’enlever que je désire qu’on permette à sa grand-mère de porter le voile et c’est pour les voir s’éduquer et nuancer leurs propos que je désire qu’on permette aux protestataires de fréquenter les campus. Je suis intolérant, mais j’ai de l’espoir.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

2 commentaires
  • Jacques Tremblay - Inscrit 19 novembre 2016 08 h 38

    Dans ces temps plutôt trouble ce qu'il nous faut c'est de la solidarité entre être humain.

    C'est un très beau message.
    Je crois qu'il faut être aussi intolérant envers les rituelles religieux qui sacralisent des comportements antisociaux. Pour s'assurer d'une clientèle les religions cherchent à diviser les êtres humains alors que plus que jamais les êtres humains ont besoin de solidarité. Et pour paraphraser notre grand poète national Gilles Vigneault, tous les humains sont de ma race.
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

  • Marc Therrien - Abonné 19 novembre 2016 10 h 43

    Les limites de la tolérance

    Content de vous compter parmi nous Monsieur Jamali. Votre propos illustre maginifiquement comment s'établissent les limites de la tolérance qui sont intimement liées aux limites de la liberté individuelle. On peut être compréhensif et indulgent envers les façons d'être et de faire des autres si différentes des nôtres jusqu'à ce que celles-ci nous affectent personnellement au point de nous empêcher de bien vivre avec soi-même. Arrive alors l'obligation de la négociation libre.

    Un peu de l'espoir que vous avez se trouve avec "Tolérer l’intolérable au nom de la diversité culturelle est une forme de colonialisme"- Claude Ber, poète et dramaturge qui avec Wassyla Tamzali: "La culture, « c'est le droit de ne pas être ce que je suis » , nous aident à placer les balises permettant le vivre ensemble solidaire.

    Marc Therrien