Trump, menteur vrai

Ainsi, l’accession stupéfiante de Donald Trump au titre prestigieux de président des États-Unis a ébranlé plusieurs personnes. On lui reproche, entre autres, d’avoir menti effrontément. En y repensant bien, si on examine les multiples significations du mot « vérité », la question suivante peut nous heurter : et s’il avait dit vrai, mais d’une manière non conventionnelle ?

En effet, on découvre que Trump n’a pas fait appel à la même définition objective de la vérité que les journalistes utilisent, soit la concordance des dires avec les faits. Il s’est plutôt appuyé sur sa dimension subjective ou expérientielle, qui se réfère au sentiment de ce qui est réel et à l’expression sincère de ce que l’on ressent, qui est tout à fait vrai pour soi.

Sous cette forme, la vérité intersubjective devient donc beaucoup plus relative et intangible. Lorsqu’elle s’éprouve par excès de sincérité, elle n’est pas toujours avouable ou recevable pour l’entourage. C’est pour cela, par exemple, qu’on apprend très tôt dans la vie, comme jeune enfant qui prend beaucoup de plaisir à se mêler aux conversations des adultes, que « toute vérité n’est pas bonne à dire ».

Ainsi, même en mentant selon la définition de la vérité des journalistes, Trump disait vrai autrement en démontrant une qualité d’être et de dire qui lui a permis de se distinguer d’Hillary Clinton, c’est-à-dire la parrêsia, une vertu antique. Elle s’exprime par le courage de s’exposer tel que l’on est, quitte à se faire rejeter par un entourage conformiste, de même que par celui du « vrai-dire » et du franc-parler sans ménagement pour l’auditoire en assumant le risque de rupture de la cohésion sociale.

Enfin, quand on sait que le mensonge, les faux-semblants et les demi-vérités font partie de l’arsenal des politiciens professionnels, on peut conclure paradoxalement que Donald Trump, arrivé de l’extérieur et étranger au système politique, a fait preuve d’une grande sincérité dans l’exercice du mensonge.

12 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 17 novembre 2016 08 h 31

    Conclusion

    La conclusion qui s'impose après l'élection de monsieur Trump est la suivante : aux USA, l'éducation post-secondaire n'est accessible qu'à la minorité des (très) bien nantis. Veux, veux pas, l'ensemble de la population rejoint le marché du travail après le "high school"; ça fait beaucoup de "white angry men".

    • Jean Breton - Abonné 17 novembre 2016 10 h 22

      Oui, il est vrai que les études postsecondaires aux É.U sont hors de prix, ce qui limite leur accès... Toutefois, fréquenter l'Université ne donne pas nécessairement la culture, i.e. la capacité à prendre une distance critique en s'appuyaant sur des faits.

      A preuve, il y a une statistique gênante que l'on cache dans les médias sérieux : 45% des électeurs états-uniens détenant un diplôme universitaire ont voté Trump. Ça trumpe énormément.

  • Michel Lebel - Abonné 17 novembre 2016 08 h 44

    Des sommets atteints!


    Oui! La politique est souvent faite de demi-vérités. Mais avec Trump, nous avons atteint des sommets inégalés dans le mensonge, la vulgarité et l'ignorance. Je suis toujours sidéré que bien des Américains ont voté pour pareil individu. Cela en dit long sur le jugement et la culture politique de ces Américains. Proprement navrant!


    M.L.

    • François Dugal - Inscrit 17 novembre 2016 10 h 02

      L'électeur typique qui a voté "Trump" voulait un non-politicien à la tête de son pays, ce qui en dit long sur la perception du politicien "professionnel", que représentait madame Clinton, par l'ensemble de la population. Malheureusement, ce "non-politicien" est un inculte total, doublé d'un roublard de première classe : ses électeurs se reconnaissent en lui, ce qui, vu du nord de la frontière, est "navrant", j'en conviens, monsieur Lebel.

  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 17 novembre 2016 11 h 24

    Cruelle méprise

    Comment un commentaire aussi confus peut être publié?

    Si Trump a été "vrai" dans ses commentaires exprimant ses jugements, ce que l'auteur présente naïvement comme "l’expression sincère de ce que l’on ressent", on ne peut dire de même que sa manipulation des informations factuelles serait du domaine de l'intégrité anticonformiste! M. Trump a sciemment menti, dans le domaine de l'adéquation entre une vérité factuelle qu'il connait (ses propos passés, son mépris pour les femmes et pour les Noirs, le rôle de M. Obama comme "fondateur" de ISIS, ses déclarations de revenu, sa fortune, etc.) en niant avoir tenu certains propos, en glorifiant ses actions passées, en présentant des thèses absurdes comme des informations valides (le lien entre Ted Cruz et l'assassinat de Kennedy!).

    Trump a été "honnête" dans la manifestation de son agressivité, de ses émotions, mais en aucun cas il n'a présenté des informations valides, mentant sur des domaines dont il connaissait portant la dimension factuelle. On ne parle plus de subjectivité alors, et dans le domaine intersubjectif M. Trump a brouillé l'adéquation avec ce qui fait consensus des sens et de la raison.

    Mélanger les deux dimensions, comme le fait l'auteur, ne contribue qu'à brouiller encore plus la compréhension de l'attitude Trump, et conforte ses thuriféraires....

  • Hélène Paulette - Abonnée 17 novembre 2016 12 h 20

    Vous n'y êtes pas du tout.

    L'élection de Trump ressemble à un putsch tellement la désinformation sur toutes les plateformes médiatiques a été orchestrée à un haut niveau. Comment expliquer qu'il mente impunément et accuse son adversaire mensongèrement et qu'il soit cru? Par une campagne occulte, via les réseaux sociaux, propageant de fausses nouvelles, ciblant les électeurs potentiels.

  • Raymond Labelle - Abonné 17 novembre 2016 13 h 08

    Parmi le vertus à acquérir par l'éducation...

    ...savoir distinguer les faits de ses préférences subjectives.

    Vouloir chercher ce qui est vrai plutôt que de se laisser aller à sa subjectivité.

    Ne pas vociférer sa subjectivité sans avoir le souci de la vérité de ce que l'on affirme, en général et encore plus quand ceci peut impliquer de la violence envers des personnes ou des groupes de personnes.

    Ne pas exiger une éthique chez l'autre plus exigeante que celle que l'on applique soi-même.

    Malheureusement, M. Trump vient de démontrer que de ne pas se soucier d'agir selon ces vertus peut permettre l'exercice des plus hautes fonctions qui, paradoxalement, devraient les exiger davantage que même pour le simple citoyen.

    Je ne suis pas un partisan de la supposée "authenticité" qui vient cautionner l'absence de la retenue et de la réflexion nécessaires à une action bien orientée. Et je n'associe pas cette authenticité ou "vérité subjective" à la vérité qui dépasse notre petit moi. Et encore plus lorsque de cette action dépend le sort de millions, voire de milliards, de personnes.