Trump, menteur vrai

Ainsi, l’accession stupéfiante de Donald Trump au titre prestigieux de président des États-Unis a ébranlé plusieurs personnes. On lui reproche, entre autres, d’avoir menti effrontément. En y repensant bien, si on examine les multiples significations du mot « vérité », la question suivante peut nous heurter : et s’il avait dit vrai, mais d’une manière non conventionnelle ?

En effet, on découvre que Trump n’a pas fait appel à la même définition objective de la vérité que les journalistes utilisent, soit la concordance des dires avec les faits. Il s’est plutôt appuyé sur sa dimension subjective ou expérientielle, qui se réfère au sentiment de ce qui est réel et à l’expression sincère de ce que l’on ressent, qui est tout à fait vrai pour soi.

Sous cette forme, la vérité intersubjective devient donc beaucoup plus relative et intangible. Lorsqu’elle s’éprouve par excès de sincérité, elle n’est pas toujours avouable ou recevable pour l’entourage. C’est pour cela, par exemple, qu’on apprend très tôt dans la vie, comme jeune enfant qui prend beaucoup de plaisir à se mêler aux conversations des adultes, que « toute vérité n’est pas bonne à dire ».

Ainsi, même en mentant selon la définition de la vérité des journalistes, Trump disait vrai autrement en démontrant une qualité d’être et de dire qui lui a permis de se distinguer d’Hillary Clinton, c’est-à-dire la parrêsia, une vertu antique. Elle s’exprime par le courage de s’exposer tel que l’on est, quitte à se faire rejeter par un entourage conformiste, de même que par celui du « vrai-dire » et du franc-parler sans ménagement pour l’auditoire en assumant le risque de rupture de la cohésion sociale.

Enfin, quand on sait que le mensonge, les faux-semblants et les demi-vérités font partie de l’arsenal des politiciens professionnels, on peut conclure paradoxalement que Donald Trump, arrivé de l’extérieur et étranger au système politique, a fait preuve d’une grande sincérité dans l’exercice du mensonge.

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