Crédibilités relatives

Ayant participé aux manifestations étudiantes lors du printemps érable, puis au mouvement de contestation élargi contre l’adoption par le gouvernement Charest de «lois spéciales» controversées, il m’avait été donné d’être témoin — aux premières loges, dans la rue — du pouvoir que j’avais alors jugé démesuré des forces policières et des décideurs politiques. Les événements de l’époque avaient provoqué chez moi une profonde réflexion sur la nature des fondements de la démocratie et leur fragilité lorsque mis à mal dans des circonstances exceptionnelles. Plusieurs avaient à l’époque dénoncé le pouvoir démesuré des forces policières, que l’on soupçonnait, ou accusait, de profilage et d’espionnage de personnes ou de groupes en raison de leurs opinions politiques. Mais tout cela n’avait guère ému les médias, ni la classe politique, ni la majorité dite silencieuse, qui n’avaient vu dans ces constats et lancements d’alertes qu’atermoiements d’étudiants excités et ruades dans les brancards de carrés rouges, d’anarchistes et de casseurs. Or voilà qu’aujourd’hui la confrérie journalistique médusée se voit elle aussi confrontée à la réalité « surprenante » du pouvoir démesuré que s’accordent les forces policières et le politique, et, qui plus est, avec ce qui pourrait ressembler à une certaine complaisance du pouvoir judiciaire. Il est à espérer que les commissions et autres enquêtes promises permettent d’enfin mettre au jour des pratiques éminemment condamnables et restées trop longtemps discrètes.

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