La nation ne fait pas le pays

La notion de nationalisme indépendantiste est aujourd’hui largement acceptée comme un pléonasme. Pourtant, l’association de ces deux mots est toute récente et beaucoup moins solide qu’il n’y paraît. Historiquement, plusieurs organisations politiques ont avancé un nationalisme québécois sans soutenir la souveraineté. Ce fut le cas de l’Union nationale, de l’ADQ, de la CAQ, voire même du Parti conservateur du Canada. Pareillement, la question du nationalisme a déjà été très ambiguë chez des indépendantistes radicaux tels que Vallières, Gagnon, Chartrand et bien d’autres.

Le pléonasme liant nationalisme et indépendantisme a donc une naissance postérieure à l’idée d’un Québec souverain et rien ne garantit qu’il perdurera bien longtemps. En fait, l’actualité semble même aller dans un tout autre sens, car la mondialisation libérale, les luttes altermondialistes, l’immigration, le tourisme, Internet ainsi que le multiculturalisme contribuent à faire pâlir les frontières. Il est évident que le vieil État-nation monadique agonise.

Certes, les pays en tant que tels ne cessent pas d’exister, mais leur soubassement identitaire s’efface pour laisser place à un nouveau paradigme en construction. Dans de telles conditions, faut-il nécessairement se résigner à l’abandon du projet indépendantiste ? Je ne crois pas. Cependant, il faudra faire le deuil du nationalisme. Cela implique qu’au lieu de partir d’une revendication nationaliste aboutissant à une séparation étatique couronnée par une constitution nouvelle, il faudra probablement commencer par la constitution comme projet politique. L’avantage d’une telle façon de procéder est qu’un projet de constitution permettrait de faire du Québec un pays résolument avant-gardiste avec des idées adaptées à son époque et cela, tout en se passant du nationalisme anachronique.

De toute évidence, le diagnostic de la mort de l’État-nation moderne implique une modification profonde du paradigme souverainiste. L’indépendance du Québec reste malgré tout une bonne idée à condition que le projet reste dynamique et réponde aux défis du moment que sont notamment l’appauvrissement, la dégradation de l’environnement et la perte de pouvoir collectif sur l’économie mondialisée. C’est pourquoi l’abandon du fardeau nationaliste est un passage obligé afin de pouvoir renouveler le projet d’émancipation de la population québécoise.

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