Témoins de Jéhovah et chirurgie

Le drame que représente la mort prématurée d’une jeune patiente témoin de Jéhovah exige de remettre en perspective une situation délicate et difficile de la pratique chirurgicale.

Lorsqu’une intervention élective permet d’obtenir un consentement éclairé, le chirurgien a l’occasion de discuter avec le patient et les proches, et il peut même demander un avis légal. En situation d’urgence, le chirurgien agit selon sa conscience et son éthique professionnelle, avec les informations dont il dispose, se rappelant le droit absolu du patient de refuser un traitement.

J’ai personnellement opéré quelques cas en chirurgie cardiaque, compte tenu du fait que les témoins de Jéhovah acceptent la circulation extracorporelle pourvu qu’il n’y ait pas de transfusion.

La première patiente était anémique avant l’intervention. Malgré le fait qu’on ait dû intervenir rapidement, sa décision était éclairée et ferme, sachant que le risque opératoire était augmenté et qu’elle pouvait mourir du fait qu’on ne puisse transfuser. En postopératoire, sa figure était aussi blanche que sa jaquette d’hôpital, mais elle affichait un large sourire de reconnaissance et de bien-être.

Ce que j’ai compris de leurs témoignages, c’est que le témoin de Jéhovah qui est transfusé et qui survit a perdu son âme, se voit littéralement ostracisé par les disciples de la famille et de son entourage, et rejeté comme apostat.

Dans le cas présent, il est concevable que cette jeune mère qui venait d’accoucher de son premier enfant et qui aurait crié sa volonté de vivre ait changé d’avis. Les directives médicales anticipées peuvent toujours être modifiées tant que la personne est apte à décider. Comme il y a litige quant à cette aptitude et au consentement éclairé, il faut laisser les enquêtes se poursuivre et avoir de la compassion pour la famille et l’enfant orphelin de mère.

Les chirurgies requièrent de moins en moins de transfusions, et on accepte des hémoglobines basses qui se corrigent durant la convalescence. Toutefois, si opérer sans le filet de sécurité de pouvoir transfuser exige un certain courage, c’est surtout d’avoir à accepter qu’une personne puisse mourir, alors qu’on pourrait lui sauver la vie, qui en exige le plus.


 
1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 26 octobre 2016 09 h 06

    Excusez mon langage

    Je reconnais à chacun le droit au suicide, mais je répugne à penser qu'une mère veuille faire de son enfant un orphelin. Les Témoins de Jéhovah sont des obscurantistes, il faut le dire. Croient-ils aussi que la Terre est plate et a été créée il y a 4000 ans?