Les corbillards américains

On s’y attendait depuis le 19 avril 2015 ; les trois policiers encore impliqués dans la mort de Freddie Gray n’avaient rien à craindre, le procureur a abandonné les chefs d’accusation. Freddie Gray, faut-il le rappeler, un Américain de 25 ans, est mort à la suite d’une fracture des vertèbres cervicales qu’il aurait subie dans un fourgon alors qu’il était enchaîné par les jambes sans ceinture de sécurité.

Ce qu’on vient encore une fois d’officialiser à travers cet abandon judiciaire, c’est que le contrat social est rompu envers une partie de la population américaine. Que ceux ayant pour rôle de protéger les citoyens peuvent les assassiner en cours de route à l’abri des regards et des caméras indiscrètes.

Les statistiques parlent autant que les fourgons ; 11 % des Afro-Américains âgés de 20 à 34 ans sont actuellement incarcérés dans une prison. Ils sont probablement passés par un de ces fourgons. Alors pas étonnant qu’ils soient partout, ces fourgons, et pas qu’à Baltimore. Il faudrait s’attarder au comportement de ceux qui les conduisent, ces fourgons, certes, mais aussi à ceux qui les confectionnent. Ils viennent d’où, ces fourgons ? Pas de Detroit, ville morte de l’automobile. Non, c’est d’abord à Washington qu’on fabrique ces moteurs ségrégationnistes. Car cette décision vient nous rappeler que toutes ces récentes déclarations politiques promettant de revoir les relations entre la police et les communautés noires n’étaient en fait qu’une vulgaire farce. Ces fourgons sont surtout ceux qui emprisonnent et annihilent le rêve américain. Où pensent-ils se rendre, ces fourgons, si ce n’est dans une impasse effrayante, un cul-de-sac meurtrier ? Il faudrait peut-être penser à leur crever les pneus au lieu de crever à répétition des hommes. Car d’ici là, les fourgons garderont des airs funestes de corbillards.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 29 juillet 2016 15 h 03

    Selon moi, ses vertèbres étaient fracturées avant d'entrer dans le fourgon

    Il faut revoir la vidéo. La tête et le cou de Gray sont droits comme une barre. Il a beau être déplacé sans ménagement, sa tête ne bouge pas, et cela tout juste avant d'être introduit dans le fourgon.