Merci, Jacques Chabot!

Jacques Chabot, ex-directeur de l’information du Devoir, nous a quittés, subitement, il y a quelques jours. Il venait d’avoir 72 ans.

Les lecteurs le connaissaient peu, bien évidemment, car il fut surtout un artisan de l’ombre, mais ils lui doivent tout de même beaucoup.

Jacques Chabot a dirigé l’information du milieu des années 1980 au début des années 1990. Il exerçait avec passion ce métier ingrat mais néanmoins capital. Le directeur de l’information est au journal ce que le metteur en scène est au théâtre ou le chef d’orchestre à la grande musique.

On dit parfois que l’actualité s’apparente à un grand fleuve au flot ininterrompu. Il faut savoir où jeter ses filets pour dégager l’essentiel dans ce tourbillon incessant et Jacques Chabot maîtrisait merveilleusement cet art, lui qui possédait une culture générale exceptionnelle. Tout l’intéressait et c’est pourquoi il excellait au pupitre, cette gare de triage.

Jacques parvenait mieux que quiconque à titrer un texte ou à le restructurer de manière à le rendre plus clair et à en arriver à l’amorce la plus rigoureuse. Il était animé avant tout par le souci du lecteur. Il avait un jugement éditorial sûr et insistait pour séparer la nouvelle — sa seule véritable passion en information — du commentaire. Il aimait citer la devise du New York Times : All the news that’s fit to print (« Toute l’information digne d’être publiée »).

Il possédait aussi un flair unique quand venait le temps d’enrichir la rédaction de nouvelles signatures. Il a débusqué plusieurs des belles plumes qui ont fait et font toujours les beaux jours du Devoir, dont Odile Tremblay et Isabelle Paré.

C’était aussi un maître de la maquette, un mot qui, en ces jours de révolution numérique, renvoie à la préhistoire. Minutieux, il avait un sens de l’esthétique assez prodigieux, ce qui le servait quand il faisait de la mise en page. Il est l’un de ceux à qui l’on doit les fondements de l’actuelle toilette graphique du Devoir « papier », si souvent récompensée. Si la photographie occupe tant de place dans ce quotidien, c’est aussi beaucoup grâce à lui. Il prenait un temps fou à choisir « la » photo, celle qui informe, qui ajoute du sens et qui émeut à la fois.

Comme presque tous ceux qui ont oeuvré au Devoir, il ne s’est jamais tout à fait remis de son départ.

Au nom de tous ceux à qui il a fait confiance et transmis une partie de son immense savoir, je tiens à lui dire un vibrant merci. Je garderai avant tout en mémoire ces sourires satisfaits que nous nous échangions parfois quand, autour de 23 h, un messager venu de l’imprimerie nous livrait les premiers exemplaires, encore tachés d’encre, de l’édition du lendemain.

1 commentaire
  • Jean Royer - Inscrit 15 juillet 2016 22 h 06

    Très bel hommage

    J'appuie ce bel et juste hommage de Pierre Cayouette à notre ex-collègue Jacques Chabot. Jacques a été un directeur de l'information très précieux durant les années difficiles du Devoir. Il a su aussi animer la relance. C'était un homme de qualité, parti trop tôt.

    Jean Royer