Demain?

Voir le documentaire Demain est une expérience à la fois inspirante et irritante. Les réalisateurs-présentateurs Cyril Dion et Mélanie Laurent vont à la rencontre de personnages ou de mouvements qui secouent les dogmes contribuant au péril écologique. Parmi les pistes de solution, on évoque les mérites de toutes les diversités (sur les plans biologique, social, culturel)… sauf, semble-t-il, la diversité linguistique. Cette dernière ne semble pas une préoccupation puisque les textes de la musique qui accompagne le film — des pièces originales de Fredrika Stahl ou des reprises de Rufus Wainwright — sont invariablement en anglais. À croire que le français ne réussit pas à exprimer l’angoisse, puis la résilience et l’imagination véhiculées par les protagonistes de ce documentaire.

S’agissant d’un documentaire français où l’on ne résiste pas à exposer sa fascination pour les États-Unis (ou plutôt pour les « USA », telles qu’on présente les villes américaines visitées), on pourrait simplement hausser les épaules pour distiller l’exaspération. Mais puisque le choix de pièces en anglais pour accompagner les films de masse ou d’auteur est un phénomène galopant en France ou ailleurs, certains pourraient également louer le caractère visionnaire d’un film qui conjugue « demain » en anglais, avec la lucidité de celui qui sait quelles sont les véritables priorités devant les maux qui guettent la planète ! N’empêche que la diversité linguistique contribue à la richesse de l’humanité et que, en exprimant les périls qui guettent le monde dans une seule langue, on appauvrit le discours et sa capacité à nous interpeller.

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15 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 11 juillet 2016 05 h 49

    Bravo !

    Demain, qui aura donc participé activement à notre appauvrissement culturel collectif et qui l'aura, au contraire, enrichi ?
    Faudrait peut-être que nos intellectuels se le demandent de temps à autres ?
    En plus que le sous-titrage en toutes langues est largement possible...

    Bravo Monsieur Deneault !
    Votre esprit est clair et selon moi, vous parlez juste.

  • Hélèyne D'Aigle - Abonnée 11 juillet 2016 06 h 41

    Point pertinent !


    Il me semble aussi " que la diversité linguistique contribue

    à la richesse de l'humanité . . . " ( Luc Deneault )

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 juillet 2016 08 h 43

      C'est d'ailleurs ce que défendent les espérantistes.

    • Gilles Théberge - Abonné 11 juillet 2016 10 h 43

      Tout pour passer outre au problème soulevé qui est l'unilinguisme de document.

      N'est-ce pas monsieur?

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 11 juillet 2016 07 h 44

    Merci

    Vous exprimez très bien mon irritation pour la trame sonore de ce film par ailleurs très pertinent.

    Et c'est bien vrai que cette manie constitue une épidémie dans les films français... à un point tel que je tends à les éviter.

    C'est triste parce que la culture française recèle plein de belles musiques, avec paroles ou instrumentales.

    Faut croire que les français sont vraiment plus colonisés que nous. Vu d'ici, ça tombe carrément sur les rognons.

  • Jean Richard - Abonné 11 juillet 2016 07 h 45

    La diversité ? Pas pour les Français

    Les Français, au nom de la république, ont tué la diversité linguistique sur leur propre territoire. Exit l'occitan, l'euskara, le breton : la république ne devait parler que français. En Espagne, le général Franco a tenté d'imiter la France en interdisant les langues autres que le castillan, mais il a rencontré de la résistance, en particulier chez les Basques et les Catalans.

    Et maintenant que la république a atteint sa cible d'uniformité linguistique, elle retourne son arme vers elle, dans un geste suicidaire. Animés d'une américanophilie puérile et naïve, les Français renoncent maintenant à leur identité linguistique et prêchent pour l'uniformité à l'échelle de la planéte.

    Et pendant que les Français se suicident – ils se font même laver sur leur propre territoire au soccer – les Catalans et les Basques rêvent de liberté et d'indépendanc, les motifs linguistiques et culturels faisant partie de ce désir. À noter toutefois que contrairement à la France, l'Espagne castillane est restée hispanophone, dominée il est vrai par ceux qu'elle a conquis il y a quelques siècles.

    Le Québec a la lourde responsabilité de la survie du français en Amérique du Nord. Pour y faire face, il doit en découdre avec la France suicidaire et plutôt s'inspirer des peuples résistants. Mais la partie est loin d'être gagnée...

    • Jeannine Laporte - Abonnée 11 juillet 2016 09 h 08

      Spectacle de l'Euro, chanson-thème de l'Euro, en anglais. Artistes invités anglophones au Stade de France, en France, faut le faire.
      Bientôt, ce sera La Marseillaise qu'ils chanteront en anglais.

      Ici, au Québec, nous sommes sur la même voie. Regardez ce qui se passe au Festival d'été de Québec. Qui sont les g r o s s e s vedettes annoncées en grande pompe?

      Et que dire des chansons en anglais de nos téléséries, même La Galère, de nos films et l'affiche de Coderre pour le 375e de Montréal que le jovialiste Rozon justifie honteusement en disant que c'est pour attirer les touristes. Les touristes ne viennent pas à Montréal pour retrouver la même chose que ce qu'ils ont chez eux mais pour notre caractère, notre culture francophones. Montrons-leur ce visage. Tenons-nous debout, en français!

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 juillet 2016 10 h 38

      Et les Anglais respecteraient mieux la diversité? Qui parle encore gallois, cornique, mannois, gaéliques irlandais et écossais? Et le respect des francophones hors-Québec, et même au Québec, puis 1760? Le melting-pot américain?

  • Eric Lessard - Abonné 11 juillet 2016 09 h 26

    Bof...

    J'ai vu ce documentaire auquel on pourrait faire bien des reproches, entre autres d'être gauchiste, utopiste et irréaliste, mais lui reprocher sa trame sonore anglaise me semble bizarre.

    Il faut bien comprendre qu'au niveau des libertés individuelles, les pays occidentaux anglophones en font une priorité ce qui les met à gauche par rapport aux nationalismes europééens, souvent populistes et d'extrème-droite.

    On ne pouvait tout de même pas chanter La Marseillaise ou les chansons de Michel Sardou sur ce genre de problématique, de gauche et internationaliste par définition.

    Par ailleurs, les Français ne vivent pas dans l'obsession de l'insécurité linguistique. À un moment donné, arrêtons de se regarder le nombril!

    Mais ne vous inquitez-pas, la musique française continue à exister. Certains vidéos de Maitre Gims ont été vus plus de 100 millions de fois sur YouTube. Par ailleurs, je suis un grand amateur de chanson française et de musique francophone.

    J'ai d'ailleurs fait la suggestion à un cinéma de projeter le film Camping 3, une excellente comédie française.

    • Yves Côté - Abonné 11 juillet 2016 10 h 02

      "On ne pouvait tout de même pas chanter La Marseillaise ou les chansons de Michel Sardou sur ce genre de problématique, de gauche et internationaliste par définition.", en v'là un vrai argument rataplan qui laisse en plan toute possibilité de contestation !
      "J'ai d'ailleurs fait la suggestion à un cinéma de projeter le film Camping 3, une excellente comédie française.", et paf !, un autre de la même hauteur académique et philosophique pour illustrer l'insignifiance supposée de la langue d'un texte et de musiques.
      Après une telle réplique, moi ce qui me semble bizarre, ce sont les reproches que vous lui faites d'être "entre autres... gauchiste, utopiste et irréaliste".
      Mais au fait, votre commentaire ne serait-il pas simplement droitiste, réductioniste et illusioniste ?
      Me le demande bien...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 11 juillet 2016 11 h 42

      @ YC ne vous tracassez pas pour "un rien"...ce monsieur est un spécialiste du négativisme...un simplet simpliste.

    • Yves Côté - Abonné 11 juillet 2016 12 h 42

      Un clin d'oeil amicale à vous, Madame Sévigny...