Il faut revoir en profondeur le rôle de l’État-providence

Dans une lettre d’opinion parue dans Le Devoir le 6 juillet, le président de la CSN se désolait des surplus budgétaires engrangés par le gouvernement du Québec. De mon côté, je m’en réjouis. Les déficits sont des vols intergénérationnels où les bénéficiaires présents vivent au-dessus de leurs moyens aux crochets des générations futures de contribuables.

Par contre, M. Létourneau a raison de dire que le vrai record, c’est que la population est tarifée plus que jamais. C’est en effet le contribuable qui a été le plus mis à contribution pour atteindre le surplus. Les revenus autonomes de l’État ont augmenté de 4,4 % en 2015-2016. Or, l’inflation au Québec a à peine dépassé 0,7 % d’avril 2015 à mars 2016. C’est donc dire que le rythme de croissance des revenus puisés dans les poches des contribuables a été de six fois celui de l’inflation. Par ailleurs, les revenus des quelque 60 organismes non budgétaires (par exemple : la Société d’habitation du Québec, la Financière agricole, la RAMQ, la SAAQ et l’Agence métropolitaine de transports) ont bondi de 5,8 %, huit fois l’inflation !

L’austérité sauvage dont parle M. Létourneau doit être relativisée. Il n’y a pas eu de coupes dans les dépenses de programmes depuis deux ans. Quand on ajoute la croissance de celles-ci à la hausse des dépenses des organismes non budgétaires, on constate une hausse de 2,3 milliards de dollars en deux ans, un taux de croissance près de la moitié plus élevé que l’inflation au Québec pendant cette période.

Mais la dette du Québec, elle, a continué d’augmenter de belle façon depuis deux ans. Le plus récent budget prévoyait une hausse de 3,7 milliards de la dette brute, excluant l’augmentation de la dette des universités, des municipalités et des autres entreprises sous la responsabilité finale du gouvernement. Depuis deux ans, la dette brute aura augmenté de près de 10 milliards et elle devra être remboursée par des impôts futurs.

La triste réalité, c’est que l’État québécois sera toujours inefficace à livrer les services à la population. Seule une réflexion en profondeur sur le rôle de l’État-providence pourra nous sortir du cul-de-sac dans lequel nous nous trouvons, où les contribuables sont saignés à blanc et où la qualité des services ne cesse de diminuer.

19 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 juillet 2016 06 h 07

    Comment ???

    « Seule une réflexion en profondeur sur le rôle de l’État-providence pourra nous sortir du cul-de-sac dans lequel nous nous trouvons, où … . » (Adrien Pouliot, chef, PCQ)

    Bien sûr que oui, mais comment réfléchir ce dit rôle de l’État qui aime, sans l’accord de l’Électorat, augmenter sa dette nationale (Dette actuelle du Québec : 200 milliards de $), et ce, avec des mesures d’austérité via cette fastidieuse quête liée à l’équilibre budgétaire ?

    Comment ??? - 8 juillet 2016 -

    • Benoit Toupin - Abonné 8 juillet 2016 16 h 16

      Un véritable état ne peut être que providence au sens protecteur, gardien de la justice et visionnaire. En ce sens, il doit garder sa pleine potentialité, sa pleine capacité de fournir à ses citoyens et à la collectivité la sécurité, le développement personnel et collectif et la justice. Les états qui ont opté pour un autre rôle voit croître les inégalités, voit un nombre croissant de leurs citoyens vulnérables ou miséreux et feront inévitablement face à la vulnérabilité collective.

      La vrai richesse d'une collectivité ou d'un état, c'est l'addition du potentiel de chacun et la capacité de partager ce potentiel pour le bien-être collectif et individuel. Le progrès n'est pas l'affaire d'un génie isolé mais bien d'une intelligence développée dans l'état avec les ressources collectives et le savoir partagé.

      Monsieur Pouliot, conme monsieur Couillard, intrumentalise le langage sur le déficit et la dette pour en arriver à la conclusion probable que l'état doit se faire petit et laisser la place au privé comme fournisseur de service public.

      Les déficits et la dette... La dette n'évolue pas seulement en fonction des déficits mais surtout en fonction des investissements publics (infrastructures de toute sorte et autres investissements). L'équité intergénérationnelle n'est pas qu'une affaire de dette; il y a aussi l'obligation de leur laisser une société structurée et développée apte à perpétuer le développement collectif. Sur la base de prémices douteuses et biaisées monsieur Pouliot tente d'établir le reste de son discours; faible à sa base, le reste du discours titube...

      Certes, il faut se pencher sur la meilleure façon de fournir les services publics; ne rien exclure, pas même la privatisation ou l'étatisation, mais tout considérer, tout analyser en partant sur des bases objectives et non dogmatiques. Les solutions dogmatiques de gauche comme de droite sont prévisibles; elles ne sont pas nécessairement les meilleures.

  • Denis Paquette - Abonné 8 juillet 2016 06 h 47

    Des pouvoirs dits de divin

    Il ne faut pas se faire d'illusions, avec la mondialisation, l'état providence va-être de plus plus difficile a administrer, la terre ne peut pas etre la propriété que de quelques'uns , en fait je crois que la notion de propriété va etre de plus en plus dépassée, le Brexit en est la preuve évidente, l'Angleterre très habille dans l'expropriation l'est de moins en moins, pauvre royaume qui s'éffrite de plus en plus, comme ils nous ont dominés a l'os, je n'en ai peut de peine, j'en éprouve un certain plaisir de l'effritement de ses pouvoirs dits de divin

  • Jacques Lamarche - Abonné 8 juillet 2016 07 h 02

    L'État québécois restera toujours inefficace à livrer ... Ouf!

    Donc il fallait couper et réduire la palette de services! Belle logique! Au final, il en restera quoi!

    Quel Etat est en mesure de livrer les services à la hauteur des beoins? Les Etats-Unis ou la Suède? Là où l'on a coupé ou là où les taxes sont élevées!

    L'État-providence, c'est-à-dire responsable, doit être pensé dans le sens du partage et de la solidarité! Votre discours semble vouloir aller dans une autre direction, celle d'un gouvernement rabougri qui fera l'affaire des mieux nantis! Et rien ne dit qu'il en coûtera moins cher, au total, pour se faire soigner ou s'éduquer si le système s'en remet davantage au privé!

    Je vous ferais remarquer que les Québécois ne paient pas plus d'impôts que les autres Canadiens compte tenu que le ROC n'a pas à contribuer pour un service public de garderies, ce qui le désole de plus en plus!

  • Bernard McCann - Abonné 8 juillet 2016 07 h 40

    Mauvaise perception des faits...

    Il n'y a pas eu de coupes dans les programmes depuis deux ans!!!... alors que les budgets de tous les organismes sont révisés à la baisse... Mais, il est vrai que les petits contribuables sont saignés à blanc... car, les années Charest ont vues les impôts indirects croître de façon démesurés et que nos amis actuels y vont allègrement dans les augmentations de tarifs...avec pour résultat des jeunes familles qui ont peine à arriver. Et, ce n'est pas en détruisant l'État-providence que 'on va améliorer le bien-être des citoyens...

    Ce qu'il faut au Québec c'est un bon gouvernement qui 1) améliore l'efficacité des différents programmes et services gouvernementaux avec l'aide de ses employés; 2) révise les différents programmes de manière à assurer l'équité entre les différentes strates de la population et 3) révise la fiscalité, afin que chaque contribuable participe à la hauteur de ses moyens à l'effort financier de l'État. Ce n'est pas le cas actuellement...

    • Pierre Bernier - Abonné 8 juillet 2016 09 h 33

      Et cela doit s'inscrire dans le cadre d'une évaluation continue des programmes, et des lois qui les autorisent ?

      Évaluation couplée avec celle de l'efficacité des modes de production et de prestation des services qu'ils génèrent ?

      Voilà un rôle que doivent assumer les députés dans le cadre de commissions parlementaires dédiées ?

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 juillet 2016 07 h 49

    Démonstration boiteuse

    M. Pouliot écrit : "la Société d’habitation du Québec, la Financière agricole, la RAMQ, la SAAQ et l’Agence métropolitaine de transports) ont bondi de 5,8 %, huit fois l’inflation !"

    Si on enlève la majoration du salaire des médecins (payés par la RAMQ) et qui récompense la classe sociale des principaux dirigeants de l'État québécois, que reste-t-il de l'argumentation de M. Pouliot ?

    La dette du Québec, il est vrai, a augmentée. Toutefois M. Pouliot ne tient pas compte de la contributon annuelle de trois milliards au "Fonds des générations", un fonds créé par les Libéraux et qui permet à l'État de spéculer à la bourse avec notre argent. Si le fonds était aboli (avant que n'éclate la présente bulle spéculative boursière) la dette du Québec serait immédiatement réduite d'autant.