À propos de la nation: et si Trudeau avait raison?

Le mot « nation » n’est pas des plus aisés à utiliser politiquement car il est polysémique et peut servir à désigner plusieurs types de groupes humains. Les nationalistes québécois sont montés aux barricades à la suite de la déclaration de Justin Trudeau lors de la fête du Canada parce qu’il a dit qu’il y avait une nation au Canada. Trudeau a utilisé le sens juridique du concept de nation, et non son sens sociologique dont se réclament les nationalistes québécois. Il emploie le mot « nation » pour désigner un ensemble de citoyens qui est titulaire de la souveraineté, ce qui est exact pour désigner le Canada qui est reconnu comme tel par les autres nations.

Les nationalistes québécois soutiennent pour leur part que le Québec forme aussi une nation dans le cadre du Canada, mais il ne s’agit pas du même type de nation ou du moins ce n’est pas une nation au même titre que le Canada. Il s’agit d’une nation virtuelle et qui ne le deviendra de plein droit que lorsque les Québécois décideront de sortir du Canada et de devenir à leur tour souverains. Les nationalistes entretiennent l’ambiguïté et semblent vouloir jouer sur deux tableaux en revendiquant une double identité : canadienne et québécoise.

Il est intéressant de comparer la prose du 1er juillet avec le discours prononcé par Trudeau à l’occasion du 24 juin. Le premier ministre canadien entretient lui aussi l’ambiguïté, car il ne nie pas une forme de spécificité québécoise dans la mesure où il parle de la fête nationale du Québec, en y associant aussi la fête de la Saint-Jean-Baptiste pour inclure les Canadiens français dans ses voeux. En plus, il reconnaît explicitement que les Québécois forment un peuple : « Aujourd’hui, à l’occasion de la Fête nationale du Québec, nous célébrons l’histoire dynamique du Québec, ainsi que la culture et l’identité uniques de son peuple. »

Quand un peuple devient-il une nation ? Quand il est titulaire de sa pleine souveraineté. Trudeau ne reconnaît-il pas implicitement que si les Québécois veulent être une nation, ils n’ont qu’à le décider ? Tant qu’ils ne le feront pas, ils font partie de la nation canadienne. Son message est clair et plus cohérent que celui des nationalistes.

3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 6 juillet 2016 07 h 57

    Pas que juridique ou sociologique

    "Nation" est aussi employé dans un sens ethnique assez étroit. En fait ce mot à la belle consonance et aux connotations émotives a toutes sortes de sens, et le sens que lui donne le récepteur peut bien différer de celui que veut lui donner le locuteur ! Et sans compter que la Nation française peut avoir un sens un peu différent de celui de la Nation britannique, ou de la version USA, ou de la Nacion, ou de la Nazione.

  • André Labelle - Abonné 6 juillet 2016 12 h 22

    Alors pourquoi tant d'opposition ?

    Qu'est-ce qui pousse les fédéralistes à tant vouloir empêcher par tous les moyens, même s'ils sont illégaux, la création d'une Nation québécoise ?

    J'ai grandi dans une famille qui, à mon avis, n'était pas disfonctionnelle. Le moment venu j'ai manifesté ma volonté d'assumer ma pleine autonomie. Comme je l'espérais, ma famille n'a pas semé d'embuche à la réalisation de mon projet de vie. Au contraire ! J'ai pu jouir de son plein support ainsi que de ses voeux de réussite à l'égard de mes aspirations.
    Mais contrairement à d'autres, ma famille n'était pas disfonctionnelle...
    JDD

  • Cyril Dionne - Abonné 6 juillet 2016 16 h 44

    Il y a plus de 50 nations et groupes linguistiques amérindiens au nord du 45e parallèle

    Comment allez-vous expliquer le sens juridique du concept d'une seule nation aux Premières Nations ? Je suis persuadé que, comme pour tous les Canadiens français devenus Québécois, les Amérindiens ont sursauté en entendant notre Justin "Get out of my f*** way" Trudeau dire qu'il y avait seulement une nation au Canada. En fait, les autochtones forment plus de 50 nations et groupes linguistiques au nord du 45e parallèle. Lorsqu'un peuple partage la même histoire, la même culture et la même langue dans un territoire défini, eh bien, c'est une nation dans le sens juridique et sociologique du terme.