Quelle issue pour les bons maîtres?

Un animal de compagnie n’est pas un bien de consommation dont on peut se départir en un claquement de doigts. Élever un chien, c’est lui apprendre à être propre, à être discipliné, à faire des tours. Quiconque ayant déjà eu à en élever un est conscient du lot de sacrifices que représente ce compagnon, que ce soit par l’entremise des nombreuses marches, des rencontres chez le dresseur ou de la nourriture achetée. Pas plus tard qu’en décembre dernier, le gouvernement du Québec n’avait-il pas voté la loi 54, qui déclarait que « les animaux ne sont pas des biens », mais « des êtres doués de sensibilité » qui « ont des impératifs biologiques » ?

Monsieur Labeaume affirme qu’en tant que parent, il est de notre devoir d’assurer la sécurité des enfants. Or, pour plusieurs, un chien est un membre de la famille à part entière. Pour certains maîtres, c’est même le bébé qu’ils n’auront jamais, le compagnon indéfectible à travers les contrecoups de la vie et un remède à la solitude. De quelle façon pourront se départir les propriétaires des pitbulls qui ont adéquatement élevé leur chien, sans jamais mettre personne en danger ? L’euthanasie ? L’abandon ? Il s’agit de questions cruciales à régler. Combien de victimes supplémentaires pourraient résulter d’un relâchement inadéquat de ces bêtes anxieuses dans la nature et dans l’environnement ?

Quelques jours après les terribles incidents, plusieurs médias révélaient la criminelle négligence du maître du pitbull et son indécente irresponsabilité. La présente missive ne vise ni à ce qu’on approuve le règlement en question ni à ce qu’on s’y oppose ; il s’agit d’un autre débat. Elle invite simplement l’administration Labeaume à prendre des mesures transitoires dans sa détermination à vouloir éliminer la race, plutôt que d’agir de façon aussi péremptoire et impulsive. Car au bout du compte, ce n’est pas ces chiens qui souffriront le plus, mais bien de nombreux maîtres qui, en 6 mois, perdront une source intarissable d’amour, d’affection et de réconfort avec laquelle ils ont parfois passé de nombreuses années et prévoyaient souvent en vivre plusieurs autres.

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8 commentaires
  • Louis-Philippe Tessier - Abonné 18 juin 2016 10 h 42

    Merci.

    Merci baucoup!

  • Céline Delorme - Abonnée 18 juin 2016 12 h 14

    responsabilité 101

    Cela fait au moins 20 ans qu'on parle régulièrement de l'interdiction possible des pitbulls. C'est donc un "risque" qui est pris volontairement, et en toute connaissance de cause, par les gens qui désirent cette race de chiens réputés agressifs.

    SVP tous les bons maitres qui désirent avoir un ami fidèle à 4 pattes, affectueux, joyeux, amical et docile: Savez vous qu'il existe au moins 50 autres races de chiens,de toutes grosseurs et de toutes couleurs, qui ne seront pas interdits: Cessez d'accuser les autres pour les inconvénients de vos propres décisions!

  • Jacques-Olivier Brassard - Abonné 18 juin 2016 15 h 23

    Grosse corvette, p’tite …….

    Je ne crois pas me tromper en affirmant que les amateurs d’armes à feu « de défense » et de chiens dangereusement agressifs sont eux-mêmes des agressifs refoulés, peureux, couards, et pissous. Des gens qu’on aurait peut-être intérêt à stériliser…

    • Maryse Veilleux - Abonnée 18 juin 2016 18 h 17

      J'adore votre remarque, cette discipline se nomme l'eugénisme. J'ai été scandalisée à l'étudier mais quand on regarde le résultat social, on commence à voir les bons côtés que cela pourrait avoir.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 18 juin 2016 15 h 31

    Les handicapés canins

    Vous illustrez très bien, dans votre 2e paragraphe, la relation du maître avec le chien et la projection émotive qu'il fait sur lui. C'est exactement cela le problème. Donner une symbolique émotive à un animal et le regarder à travers sa lunette en perdant de vue qu'il est un animal et peut avoir des réactions imprévisibles. Quand je vois des chiens être humanisés par leurs maîtres, les voir les vêtir, et les décorer de toutes sortes d'articles propres à l'humain, on passe de l'amour des animaux à la névrose. Pour les propriétaires ils ne sont jamais dangereux, ce sont tous des toutous en peluche à les entendre, mais ils n'ont aucune perception réelle de ce qu'ils ont entre les mains. C'est précisément ce qui fait que les chiens sont dangereux.

  • François St-Pierre - Inscrit 18 juin 2016 19 h 50

    Les « bons » maîtres?

    L’animal de compagnie est au départ privé de sa liberté. Il est en captivité. S’il est condamné à vivre en ville, il est forcé de vivre enfermé. Quand il sort, il est en laisse. On parle maintenant de le contraindre à être muselé afin de le rendre moins dangereux. Bien sûr, on le castre. On lui fait subir je ne sais trop quelle chirurgie pour le rendre aphone ou conforme à nos critères de beauté.

    Il me semble que les « bons » maîtres sont par définition égocentriques. Aimer les animaux, c’est n’en pas avoir.