Pour une didactique du français ouverte sur le monde!

Dernièrement, un enseignant du primaire remettait en question, dans les pages du Devoir, le fait que des enseignantes et des enseignants du Québec s’inspirent d’approches novatrices en provenance des États-Unis pour alimenter leur enseignement de la lecture et de l’écriture. À première vue, on peut être tenté de souscrire à son propos… Cela dit, je tiens ici à nuancer quelques aspects de la situation soulevée par notre collègue.

Étant spécialiste de la didactique du français depuis presque 20 ans, je peux affirmer ceci : ce n’est pas d’hier que la didactique du français, comme discipline de recherche, d’intervention et de formation, s’ouvre aux autres langues et emprunte des propositions issues de travaux du monde entier, francophones ou non. N’en déplaise à certains, les recherches et les pratiques exemplaires anglophones inspirent les didacticiens du français (pensons ici, pour l’anglais, aux écrits sur les « book clubs », les « response-logs », etc.), tout comme les travaux menés dans d’autres langues (l’allemand, l’italien…). Des associations internationales réunissent d’ailleurs des chercheurs qui s’intéressent, par exemple, à l’enseignement et à l’apprentissage des langues premières, et ce, peu importe la langue en question. Des livres majeurs, publiés au Québec depuis plus de 25 ans, par Jocelyne Giasson notamment, vulgarisent très bien des approches et des pratiques mises en place par des Américains.

Bien sûr, restons vigilants et sensibles à la question de la survivance du français en Amérique ; bien sûr, usons abondamment en classe du primaire d’oeuvres et de textes écrits et publiés au Québec, en français, pour nourrir notre propre culture ; mais, de grâce, ne nous enfonçons pas dans un cul-de-sac pédagogique et didactique en ignorant des découvertes scientifiques provenant d’une autre langue que la nôtre.

Comme le mentionnait Yves Nadon : « S’inspirer de meilleures pratiques, sans des ornières de frontières, pour le bien de notre langue, n’est-ce pas ce qu’il y a de mieux ? » La question est lancée.

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