Pour une didactique du français ouverte sur le monde!

Dernièrement, un enseignant du primaire remettait en question, dans les pages du Devoir, le fait que des enseignantes et des enseignants du Québec s’inspirent d’approches novatrices en provenance des États-Unis pour alimenter leur enseignement de la lecture et de l’écriture. À première vue, on peut être tenté de souscrire à son propos… Cela dit, je tiens ici à nuancer quelques aspects de la situation soulevée par notre collègue.

Étant spécialiste de la didactique du français depuis presque 20 ans, je peux affirmer ceci : ce n’est pas d’hier que la didactique du français, comme discipline de recherche, d’intervention et de formation, s’ouvre aux autres langues et emprunte des propositions issues de travaux du monde entier, francophones ou non. N’en déplaise à certains, les recherches et les pratiques exemplaires anglophones inspirent les didacticiens du français (pensons ici, pour l’anglais, aux écrits sur les « book clubs », les « response-logs », etc.), tout comme les travaux menés dans d’autres langues (l’allemand, l’italien…). Des associations internationales réunissent d’ailleurs des chercheurs qui s’intéressent, par exemple, à l’enseignement et à l’apprentissage des langues premières, et ce, peu importe la langue en question. Des livres majeurs, publiés au Québec depuis plus de 25 ans, par Jocelyne Giasson notamment, vulgarisent très bien des approches et des pratiques mises en place par des Américains.

Bien sûr, restons vigilants et sensibles à la question de la survivance du français en Amérique ; bien sûr, usons abondamment en classe du primaire d’oeuvres et de textes écrits et publiés au Québec, en français, pour nourrir notre propre culture ; mais, de grâce, ne nous enfonçons pas dans un cul-de-sac pédagogique et didactique en ignorant des découvertes scientifiques provenant d’une autre langue que la nôtre.

Comme le mentionnait Yves Nadon : « S’inspirer de meilleures pratiques, sans des ornières de frontières, pour le bien de notre langue, n’est-ce pas ce qu’il y a de mieux ? » La question est lancée.

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3 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 11 juin 2016 09 h 55

    Le monde...

    Le monde, c'est plus que les États-Unis! Et le français n'est pas l'anglais.

  • Jean Richard - Abonné 11 juin 2016 10 h 42

    Et s'il n'y avait qu'une saine méfiance ?

    « provenant d’une autre langue que la nôtre » – Remplacez cette expression par « provenant des États-Unis » et vous aurez probablement une meilleure compréhension des craintes de l'enseignant.

    Les Américains auraient-ils dans leurs veines ou du moins dans leur culture une prédisposition pour la vente ? Pour eux, le monde représente quelques milliards de clients et il suffit d'inventer n'importe quoi pour qu'ils achètent.

    Et ce qui se vend bien, trop bien, ce sont les recettes miracles menant au bonheur. Or, en éducation, on s'est souvent laissé vendre des recettes miraculeuses capables de transformer une classe de cancre en une classe de petits génies, taux de réussite de 100 % garanti.

    Après maintes réformes sans résultats tangibles, le milieu de l'éducation pourrait en avoir soupé, du moins chez les enseignants, des recettes magiques. La méfiance devient alors une forme de sagesse.

    Par ailleurs, sachant que le monde anglo-saxon est resté profondément colonisateur et qu'il semble être parmi ceux qui ne croient pas en la diversité linguistique (et culturelle), il vaut peut-être mieux choisir ses mots, histoire de conserver certaines nuances. Et il y a une nuance importante entre « une découverte scientifique provenant d'une autre langue » et une découverte provenant d'UNE langue donnée, l'anglo-américain dans ce cas-ci.

    Il y a un discours trop entendu qui répète que certains Québécois francophones se fermeraient à d'autres langues en refusant de passer à l'anglais. Or, c'est justement l'anglais qui se ferme aux autres langues. Les pays les plus unilingues en Occident sont les pays anglophones (États-Unis, Canada, Royaume-Uni...).

    En théorie, la linguistique est neutre. En pratique, elle donne lieu à diverses écoles qui elles, ne le sont pas.

  • Cyril Dionne - Abonné 11 juin 2016 20 h 13

    Il n'y a pas de science en sciences de l'éducation

    Devenir tellement ouvert jusqu'à perdre sa langue. Franchement. Et les États-Unis n'ont rien à nous apprendre en éducation. Même s'ils dépensent plus que la plupart des pays riches par élève, ils sont bons derniers en fait de rendement scolaire parmi les pays développés.

    Il faudrait y penser. Toutes les sciences farfelues de l'éducation, comme le socioconstructivisme, émanent de nos voisins du sud. C'est tout simplement un fiasco. Ceux qui peuvent apprendre sans intervention de l'État progressent, et l'autre 90% piétinent et font du surplace quand ce n'est pas un recul. Brillante stratégie.