La «science» du nombre de bains pour aînés

Dernièrement, les médias rapportaient que le ministre de la Santé et des services sociaux, Gaétan Barrette, s’était basé sur des recherches scientifiques que le nombre de un seul bain par semaine était suffisant pour nos aînés en CHSLD. La recherche existe, et démontre effectivement qu’on peut s’en tenir à cette fréquence sans mettre en péril la santé physique des patients, si on fait un bain au lit les autres jours (Radio-Canada, 26 mai).

Le problème avec cette «science», c’est qu’elle traite nos aînés comme des planchers ou des rebords de fenêtres. Étant moi-même à mes premiers balbutiements en recherche, j’apprécie l’importance des données probantes quand vient le temps de prendre des décisions politiques. Si laver un plancher une fois par semaine est plus économique et aussi sécuritaire en terme de prévention des infections que de le laver à tous les jours, vous me verrez promouvoir ce point de vue avec enthousiasme.

Pour déterminer la fréquence de bains qu’un humain a besoin cependant, la science n’a pas sa place. La dignité est plus importante que les données probantes ici. Juste parce qu’une étude dit qu’il est sécuritaire de prendre un bain une fois par semaine, les Québécois ne se mettront pas à suivre ce conseil, notre ministre inclus. Pourquoi? Sommes-nous déraisonnables? Renions-nous la science? Pas du tout, car la décision de donner un bain ou une douche à tous les jours, ou aux deux jours, ou deux fois par semaine est basée sur la perception de nos propres besoins.

Prendre une douche n’est pas un luxe. En CHSLD, le bain est devenu le dernier rituel qui démontre qu’on respecte encore minimalement les gens qu’on est censés être en train de soigner. Le rituel de laver le corps, dans un bain ou une douche, comme on le fait chez soi, est le dernier relent de dignité qui sépare les CHSLD des oubliettes où on enverrait des gens qui n’ont plus de valeur aux yeux de notre société.

La fréquence des bains doit être déterminée par les patients et leurs famille, et non par des données probantes. Les institutions ne devraient imposer aucune fréquence uniforme et universelle à des humains différents des uns des autres. On ne peut envisager l’hygiène humaine comme le nettoyage d’un comptoir. C’est la différence entre de la science qui se respecte et de la science qui devient un outil pour justifier des pratiques dégradantes et inhumaines.

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