Message aux élus: il y a urgence dans le Nord

Monsieur Barrette, cette lettre s’adresse à vous puisque vous avez été nommée responsable de la santé de tous les Québécois. Monsieur Proulx, elle vous est aussi adressée puisque vous êtes responsable de l’éducation de nos jeunes. Quant à vous, Monsieur Lisée, le hasard a voulu que vous soyez mon député.

À tous les trois, j’aimerais vous parler de Tasiujaq, un petit village de 300 âmes situé juste au nord de Kuujjuaq. Durant les deux dernières années, et ce, jusqu’en juin passé, j’ai eu l’immense chance, avec ma conjointe, d’y travailler en tant qu’enseignant. On parle souvent des problèmes du Nord, mais on oublie de dire à quel point c’est magnifique, à quel point les gens peuvent être fantastiques. Depuis que je suis revenu à Montréal, il n’y a pas eu une journée où cela ne m’a pas manqué. Étrange, non, d’avoir le mal du pays quand on est de retour chez soi ?

Au moins, j’ai gardé contact avec mes jeunes. Quand une école secondaire compte une trentaine d’élèves, ils sont tous nos jeunes.

Il y a un peu plus d’une semaine, j’ai appris que W. s’était enlevé la vie. Il était en 3e secondaire, était un passionné de hockey et venait de participer à une expédition de plusieurs jours en ski. Il avait une famille géniale. Il m’avait appris à dépecer un caribou.

Et puis, mercredi passé, L. m’a appelé. Je savais qu’elle filait un mauvais coton. Je lui ai parlé des belles choses de la vie : de la fois où elle était venue nous voir à Montréal, de sa soeur qu’elle adorait, des gens qui l’aimaient. Quelques heures plus tard, elle se suicidait. Elle était en 2e secondaire et elle avait un sourire fantastique. Elle m’appelait aniapik (frère). Je l’appelais najak (soeur).

Durant la dernière année, les villages du Nord, dont Kuujjuaq, ont connu leur lot de suicides chez les jeunes. Quand un si petit milieu perd tant de ses enfants, il y a quelque chose de foncièrement malsain. Et puis, ce sont nos enfants.

Présentement, les leaders du Nunavik appellent à l’aide sur les réseaux sociaux. Ils demandent l’état d’urgence. Pas uniquement d’autres fonds. Pas une séance photo. Pas des mots de sympathie. Ils demandent, nous demandons, une mobilisation de tous. Comme vous ne les avez probablement pas dans vos amis Facebook, je relaie le message.

Si le gouvernement a réussi à collaborer afin de se doter de l’aide à mourir, peut-être pourrait-il se pencher sur l’aide à vivre ?

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