Aérodrome de Saint-Cuthbert: moi aussi, j’ai des rêves

J’ai longtemps rêvé de retisser des liens avec le village de mes ancêtres. De vivre une vie où je cueille les fruits des arbres que j’ai plantés. En vieillissant, je me suis mis à rêver de mes enfants qui courent le samedi matin, dans la rosée et le chant des oiseaux. De leurs yeux éclatants lorsqu’ils cueillent une fraise ou une carotte, nés du soleil et d’un sol riche.

Ce rêve d’un rapport plus sain avec la nature est partagé par beaucoup de mes voisins. Ils ont tous leur variante personnelle ; il y a une herboriste, il y a un amoureux des chevaux, il y a celui qui court les foires pour que les enfants caressent ses chèvres. Leur rêve n’est pas une chimère, ils l’ont réalisé. Ils ont fait les choix qui s’imposaient pour y arriver. Ils ont cherché et trouvé une communauté où il serait accepté.

Ils n’ont pas eu besoin d’avoir un recours quasi théologique aux instances supérieures et opaques du gouvernement fédéral. Ils ont fait plus que suivre les règles, ils ont compris l’importance d’insérer leur projet personnel dans une communauté, tout en la respectant. Ils ont compris que leur rêve ne devait pas ruiner celui des autres.

Cette maturité nous apparaît comme évidente. Pourtant, le promoteur du projet d’aéroport à Saint-Cuthbert n’hésite pas à invoquer son propre rêve pour nous l’imposer. Et nos rêves ? Le gouvernement du Canada va-t-il l’autoriser à les détruire ?

2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 16 mai 2016 10 h 57

    L'aéronavophobie, les petits et les gros oiseaux

    « Ma belle-soeur à Saint-Hubert qui fortillait comme un ver
    Tout d'un coup a voit l'R-100 voilà qu'a veut sauter d'dans »

    Madame Bolduc, 1930, et on la refait jouer au moins une fois l'an dans le temps des Fêtes.

    J'étais enfant quand mes parents aimaient me raconter que tout le village sortait dehors pour voir passer le R-100, entre le rêve, la crainte de l'inhabituel et la fascination.

    J'étais enfant ou jeune ado quand mes parents mettaient sous le sapin de Noël, des livres qui avaient pour titre Vol de nuit, Courrier Sud, Terre des Hommes, Mes vols, et pour auteur, Saint-Exupéry, Jean Mermoz... Je les lisais, les dévorais, trois fois plutôt qu'une. Il y avait dans ces récits d'aventure un mélange de rêve et d'esprit de dépassement qui n'était pas si pervers que ça.

    J'étais enfant quand une de mes tantes m'a aussi donné un livre, un livre d'oiseaux. Je les connaissais par cœur. J'aimais particulièrement les plus grands, ceux qui longeaient infatigablement la falaise sous les vents d'automne, sans battre des ailes, ou d'autres qui faisaient de grands cercles, mystérieusement poussés vers le ciel par une force invisible.

    Un oiseau, ce n'est pas qu'un tas de plumes qui fait couicoui dans l'herbe mouillée. C'est aussi un animal ailé, un animal qui vole, qu'on envie parfois non pas par ses couicouis, mais par cette liberté que lui procure sa capacité à voler.

    Adulte, j'ai appris à voler et mieux, à le faire avec les oiseaux. Voler en formation (très près) avec un pygargue, une buse, un aigle royal, un urubu ou un simple goéland, c'est un peu partager leur esprit de liberté. Admirer de si près ces grands volatiles à 1000 ou 2000 mètres au-dessus de la terre, en plein ciel, ça ne se décrit qu'à moitié.

    Si un jour je dois me poser hors piste et qu'un ti-cul de Saint-Cuthbert vient me trouver, je lui dessinerai non pas un mouton, mais un oiseau. Les enfants ont besoin qu'on leur donne des ailes, pas des chaînes... Sinon, je lui parlerai de l'R-100.

    • Jean Richard - Abonné 16 mai 2016 11 h 04

      Je lui parlerai de l'R-100 et d'un village qui levait les yeux au ciel pour le voir passer. Je lui apprendrai le nom des oiseaux, celui des nuages, des étoiles, des planètes, pour qu'il sache voir plus loin que son nombril.