Éthique et culture religieuse: une étude partiale

Le but du volet culture religieuse du programme Éthique et culture religieuse (ECR) au primaire est de décrire simplement les éléments principaux des traditions religieuses présentes au Québec. Il n’a pas pour objectif de faire l’apologie de ces traditions ni de les condamner. À la question posée par un enfant de savoir si l’archange Gabriel existe vraiment, il n’appartient pas à l’enseignant d’affirmer si cela est vrai ou faux, mais il doit rappeler simplement le fait que de nombreux croyants (chrétiens ou musulmans) partagent cette conviction.

L’étude de Nadia El-Mabrouk sur le traitement de l’islam dans les manuels du primaire d’ECR pose de nombreux problèmes. Elle mélange régulièrement des images de manuels approuvés par le ministère de l’Éducation (à la suite d’un rigoureux processus) et celles de cahiers d’exercices qui ne font pas l’objet d’un tel processus d’approbation (ni relativement à leurs contenus, leurs auteurs ou leurs maisons d’édition).

De plus, le fait de prendre des images décontextualisées sans fournir aucun cadre d’analyse, ni expliciter ses objectifs de recherche ne relève pas d’une démarche intègre et rigoureuse sur le plan scientifique et l’indignation d’une mère, qui se fonde sur des propos rapportés, ne saurait se substituer à une réflexion sérieuse basée sur une analyse objective. Enfin, faire des inférences à partir d’un seul document iconographique constitue une généralisation abusive (sophisme contre lequel le programme ECR met lui-même en garde). Les résultats de cette analyse sont donc parfois outranciers.

Ainsi, conclure que, sur la base d’images tirées des publications consultées, les femmes musulmanes, montrées trop souvent voilées, sont stigmatisées, ou que les enfants sont invités à « faire du profilage ethno-religieux » relève de la fiction ! Mais, plus largement, ce qui m’apparaît le plus préoccupant est que, sur des thèmes faisant l’objet de débats de société aussi importants que la laïcité, les religions (l’islam en particulier), la place des femmes dans notre société, ce sont bien souvent des indignations vertueuses qui se substituent à des débats rigoureux, argumentés et contradictoires, des discours idéologiques qui tiennent lieu d’analyses intellectuelles, y compris dans le monde universitaire.

Aussi est-ce l’art de la discussion, le sens des nuances et les exigences de penser la complexité de la réalité qui sont les grands perdants, au profit de la polarisation excessive des opinions et de la moralisation, perte dont on ne peut que se désoler.

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