Une électrification improbable

On apprenait récemment que Québec désire instaurer l’obligation d’une borne de chargement à voiture électrique dans chaque construction résidentielle neuve dans la foulée du plan d’électrification des transports prévoyant la présence de 1,2 million de véhicules de ce type en 2030.

Un voeu louable, mais qui se heurte malheureusement à la réalité économique d’un marché du pétrole et de l’automobile peu enclin à une telle mutation de la flotte véhiculaire au Québec et même ailleurs.

En effet, il demeure peu probable que l’industrie et les consommateurs amorcent volontairement ce changement de cap avec les aléas du cours du pétrole : primo, la hausse éventuelle du prix de l’essence fait engranger des milliards de dollars de profits aux pétrolières acoquinées avec les constructeurs automobiles qui n’ont qu’à maintenir le statu quo à leur avantage au lieu de provoquer une transformation du secteur ; secundo, advenant la baisse du coût du carburant fossile, les clients retardent l’achat d’une voiture plus « verte » et vont même jusqu’à se procurer des véhicules utilitaires sport dispendieux pourtant très énergivores au grand bonheur des industriels.

Un cercle vicieux du marché qui ne se brisera qu’avec une conscientisation véritable de la population et une volonté politique concrète d’en finir avec le pétrole ou ultimement avec une crise environnementale telle que l’urgence de la situation forcera un changement de paradigme dans le domaine des énergies du transport.

3 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 25 avril 2016 10 h 38

    L'automobile individuelle électrique ? Une fausse piste

    L'automobile électrique qu'on essaie de nous vendre – ou pire de nous donner aujourd'hui, elle est issue de la même philosophie, de la même politique que celle des années 50. Elle fait saliver les constructeurs automobiles, qui aujourd'hui y perdent, mais la grosse machine aidant, deviendra rentable un jour. Elle fait saliver les sociétés minières qui font tout pour détourner l'électrification vers le rechargeable, donc les tonnes de batteries remplies de lithium, de cobalt et de terres rares. Enfin, elle fait saliver les sociétés productrices d'électricité – tantôt celles des mégastructures comme l'hydraulique, tantôt celle du nucléaire, et tantôt, sans que ça paraisse, celle du gaz. Taire que l'électricité est majoritairement produite à partir des énergies fossiles, c'est un peu mentir.

    Avec presque 8 milliards d'êtres humains sur la terre, la forte urbanisation est un incontournable. Or dans une ville, il faut se déplacer. Et même dans une ville comme Montréal, encore loin d'être une mégapole, l'automobile individuelle devra laisser sa place et non pas en prendre deux fois plus. Dans une ville comme Montréal, l'automobile individuelle monopolise environ 25 mètres carrés seulement pour se garer et bien davantage pour circuler. Elle est donc encombrante, très encombrante, et la congestion en fait foi.

    L'automobile individuelle rechargeable pourrait être encore plus encombrante car elle créera une pression à la hausse sur l'augmentation des cases de stationnement. C'est donc tout sauf une bonne idée.

    Toutes ces Tesla qu'on veut nous vendre, ce sont des Chevrolet 1950, soutenues par les constructeurs automobiles, par les pétrolières (oui, l'électricité vient majoritairement du gaz, du charbon et du pétrole), par l'industrie de la construction et les gigantesques chantiers routiers et... par les minières de l'or blanc (le lithium). On ne fait qu'ajouter des joueurs profiteurs à ceux qui sont déjà en place. L'or blanc et l'or noir déguisés en or vert...

    • Jimmy St-Gelais - Inscrit 25 avril 2016 14 h 39

      Je crois que les deux doivent coexister avec un penchant plus fort pour le transport en commun. certes. Mais, il est difficile pour une famille de vaquer à ses occupations (école, travail, activités culturelles et parascolaires, sports des enfants...) avec le simple transport en commun, aussi efficace soit-il.

  • Pierre Raymond - Abonné 25 avril 2016 10 h 44

    Et les tours ?

    À mon retour à la maison le soir, où vais-je charger les piles de mon auto si je demeure au 14e étage d'un bloc de condos ? À ce qu'on me dit, même les tours actuellement en construction n'offriront pas de places de garage pourvues de station de recharge.

    Pierre Raymond, Montréal